Cours Entreprise, institution, organisation
Exercice

L'énoncé

Document : Air France : Les trois dates qui marquent la fracture entre direction et pilotes

Les tensions se sont brutalement aggravées chez Air France, lundi, en marge du comité central d’entreprise (CEE) au cours duquel la compagnie aérienne a détaillé un nouveau plan de réduction d’emplois (2 900 au total), le quatrième en quatre ans. Les incidents qui ont émaillé ce CCE traduisent la singulière dégradation des relations sociales à l’oeuvre au sein de l’entreprise depuis un an. Tout particulièrement entre direction et pilotes, longtemps habitués à « co-gérer » la compagnie. Trois dates marquent ce durcissement des rapports sociaux.

• Septembre 2014 : la très longue grève

Du 15 au 28 septembre, les pilotes, emmenés par le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), majoritaire, débrayent. Ils réclament un contrat unique aux conditions d’Air France pour aller travailler sur Transavia, filiale à bas coût de la compagnie. Une revendication inacceptable pour la direction. Ils ne parviendront à un accord formel qu’en novembre, au terme de la plus longue grève de l’histoire de la compagnie et de longues négociations. Coût pour Air France : 500 millions d’euros.

• 15 juin 2015 : la direction déclare la guerre aux pilotes

La direction annonce qu’elle engage « une procédure juridique en référé » contre le Syndicat national des pilotes de ligne. Air France lui reproche de ne pas avoir mis en œuvre la totalité des engagements du plan Transform 2015. Ce plan d’économies, de trois ans, prévoyait 20 % d’efforts de compétitivité pour toutes les catégories de personnel. Trois ans plus tard, les personnels au sol ont atteint 100 % des objectifs. Avec 96 %, les hôtesses et stewards sont près du but. Seuls les pilotes seraient loin du compte : 67 % de mise en œuvre seulement, déplore la direction. Le 3 juillet, le juge des référés du tribunal de grande instance de Bobigny se déclare incompétent et renvoie l’affaire sur le fond.

• 30 septembre 2015 : l’échec des négociations

Date butoir, fixée par la direction de la compagnie aérienne, pour obtenir la signature par les organisations de pilotes – le SNPL et le Syndicat des pilotes d’Air France (SPAF) –, d’un accord de productivité et lancer le plan Perform 2020. Air France réclamait 17 % d’effort de productivité supplémentaire à ses navigants, tandis que les pilotes ne voulaient pas aller au-delà de 4 %.

Faute d’accord, la direction a annoncé, lundi 5 octobre, la mise en place d’un « plan B » qui prévoit, notamment, 2 900 suppressions de poste et une réduction de 10 % de l’activité long-courrier. C’est l’élément déclencheur des violences survenues lundi 5 octobre, en marge du comité central d’entreprise, qui ont fait sept blessés, dont un grave, et donné lieu à des dépôts de plainte d’Air France et à une série de réactions politiques.

LeMonde.fr, 06/10/2015


Question 1

À partir du texte, analyser les motifs de la discorde entre les syndicats représentants des pilotes et la direction générale de l’entreprise Air France, discorde qui a donné lieu à des actes physiques de violence.

L’opposition extrêmement vive entre salariés et cadres dirigeants d’Air France, est un exemple catégorique de conflit et de rapports sociaux très difficiles au sein d’une entreprise.

La colère éclate après la décision du Comité Central de l’Entreprise (CCE) le 5 octobre 2015 de la suppression de 2 900 postes. La récurrence de ce type de mesure à ce moment-là « le quatrième [plan de suppression de poste] en quatre ans » est un premier élément d’explication de la frustration des salariés.

Toutefois tel que l’article le développe, la progression des tensions s’articule autour de trois phases, « Trois dates marquent ce durcissement des rapports sociaux » au cours desquelles les intérêts divergents des pilotes et des dirigeants d’Air France n’ont pu se concilier avec l’établissement d’un compromis entre les deux parties.

Il y a donc une dégradation progressive des rapports sociaux avec en premier lieu une grève des pilotes en septembre 2014 réclamant « un contrat unique aux conditions Air France pour aller travailler sur Transavia ». La grève se conclue par des négociations longues et difficiles. En juin 2015, dans un second temps, le conflit se produit en justice. Tandis que fin septembre 2015 les négociations échouent et le conflit éclate violemment dans les jours qui suivent.

Le bras de fer d’une année présentée ici entre syndicats et direction illustre l’opposition frontale de deux intérêts antagonistes. Les syndicats représentent les salariés et défendent les conditions de travail de ceux-ci afin qu’elles leur soient le plus favorable possible. Par contraste, la direction générale de l’entreprise cherche à mettre en place les conditions pour que la rentabilité de l’entreprise soit elle aussi la plus favorable.

Enfin, si cette opposition d’intérêts explique l’éclosion de conflits, elle ne justifie pas leur hystérisation. C’est l’échec des négociations et de la possibilité de trouver un accord entre les deux parties qui empêche la résolution de l’antagonisme. Sa perpétuation se traduit par une opposition qui éclate de manière très virulente.