Cours Stage - La puissance des États-Unis dans le monde

Composition - La puissance des États-Unis

L'énoncé

Sujet de composition : La puissance des États-Unis aujourd’hui, une puissance contestée ?

 


Question 1

Rédiger une introduction.

[Accroche et présentation générale du sujet]

Les dernières évolutions des conflits syrien et afghan, ou la percée technologique récente de la Chine dans des domaines comme la 5G (Huawei) ou l’intelligence artificielle avec les BAXT, peuvent facilement donner l’impression que la puissance hégémonique des États-Unis héritée du XXe siècle est contestée, voire bientôt dépassée. 

[Définition des termes du sujet]

Par puissance des États-Unis il faut entendre leur capacité à influer par des moyens directs ou indirects sur le comportement des autres acteurs au niveau mondial dans un sens favorable à leurs intérêts.

[Annonce de la problématique]

En quoi le nouveau contexte géopolitique et géoéconomique, de toute évidence moins favorable aux États-Unis, remet-il en cause la prééminence mondiale du pays à l’échelle de la planète ?

[Annonce du plan]

Rappelons avant toute chose que la puissance américaine est toujours une réalité tangible dans bien des domaines (I), mais que cette puissance est fragilisée et contestée dans un contexte multipolaire (II) et enfin que cette puissance cherche, non sans hésitation sur la méthode, à surmonter et conjurer un déclin tant de fois annoncé. (III)

Rappel des 4 étapes :

- Accroche et présentation générale du sujet

- Définition des termes du sujet

- Annonce de la problématique

- Annonce du plan


Un sujet vaste comme celui-ci sur la puissance des États-Unis et sa contestation peut mobiliser des arguments et des exemples tellement nombreux que cela peut décourager. Il ne faut pas. Le corrigé proposé est un exemple de réponse au sujet et en aucun cas un modèle. Une excellente copie sur ce sujet est possible avec des arguments différents, et surtout un plan et plus encore des exemples eux aussi très différents. Faites-vous confiance et ne négligez pas la phase initiale d’analyse du sujet. Tous les sujets qui intègrent le titre « la puissance des États-Unis aujourd’hui » (titre de l’objet de travail conclusif du thème 2) ne sont pas interchange

Question 2

Proposer un plan détaillé.

I. Une puissance mondiale toujours dominante...

 

1. La puissance militaire

Évocation de différents aspects :

- Format des armées ; budgets colossaux ; niveau technologique ; types d’armement (tous, dont les forces nucléaires stratégiques) ; industrie de défense et puissance à l’exportation

- Surtout insister sur les capacités de projection des forces (ex : douzaine de porte-avions nucléaires)

- Evoquer la notion de hard power en lien avec le point suivant (l’économie)

 

2. La puissance économique  

- Une monnaie internationale (dollars) encore sans rivale (monnaie de réserve, d’échange) et pouvoir qui en découle (ex : extraterritorialité du droit américain sur la base de l’utilisation du dollar par des acteurs économiques étrangers)  

- Avance historique dans les nouvelles technologies dont celles de la communication et d’Internet - JALON : puissance des GAFA(M) à présenter rapidement

- Capacité à définir de nouveaux modèles économiques (réseaux sociaux, Uber, Netflix, Tesla) et de nouveaux objets universellement adoptés (smartphones, tablettes)

 

3. La capacité à fédérer

- 1er réseau diplomatique, place dans les organisations internationales (ex : ONU, FMI, BM)

- Réseau de bases militaires (sur tous les continents)

- Alliances militaires (dont OTAN) et partenariats stratégiques multiples (y compris avec puissance émergentes comme l’Inde)  

 

4. La puissance culturelle

- Evoquer et définir le soft power (sans approfondir)

- Anglais langue mondiale (JALON) ; Hollywood et séries américaines ; attraction du mode de vie américain et de la culture populaire de masse et mondialisée (exemple au choix)

- Attraction aussi de la culture savante et du système universitaire mondialisé : hégémonie des universités américaines dans le classement de Shanghai

 

Transition : Il est toutefois frappant de constater que tous les facteurs de puissance évoqués plus haut, pour être bien réels et tangibles, n’en sont pas moins tous aujourd’hui fragilisés ou contestés, à des degrés divers, dans un contexte international structurellement moins favorable à la superpuissance.

 

II. … mais une puissance fragilisée et contestée dans un nouveau contexte multipolaire moins favorable à la superpuissance

 

1. L’échec des interventions militaires : les limites du hard power

- Guerres en Irak et en Afghanistan : victoire tactique à court terme de la superpuissance militaire, puis enlisement voire défaite politique et stratégique à long terme. Exemple : Talibans reconnus comme interlocuteurs officiels par les États-Unis et aux portes du pouvoir à Kaboul après en avoir été chassé par la force en 2001.

 

2. Une capacité à fédérer amoindrie : les limites du soft power

- Intervention en Irak sans le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU en 2003

- Isolement diplomatique inédit des États-Unis (accord de Paris sur le climat ou désaveu par le Conseil de sécurité de l’Onu en 2018 de la position américaine sur la reconnaissance de Jérusalem capitale d’Israël par 14 voix contre 1)

- Coup porté à l’exemplarité/légitimité des États-Unis par les mensonges sur les ADM en Irak ; la prison de Guatanamo ; les bavures en Irak ; les révélations d’E. Snowden sur la surveillance généralisée de la NSA, etc.  

- Défiance massive et inédite (mesurée par des sondages) envers l’action des États-Unis et son président.

- Perte d’influence y compris auprès d’alliés traditionnels (Europe de l’Ouest, Philippines Turquie)

 

3. L’essor de concurrents économiques et technologiques : le cœur de la puissance contestée

- Basculement/rééquilibrage de l’économie mondiale

- Déficits (budgétaires et commerciaux) et endettement de l’État fédéral abyssaux

- Emergence de la Chine => Chine devant les États-Unis pour la production manufacturière ou le PIB mesuré en PPA, montée en gamme des productions et de la technologie chinoises (IA, 5G, énergies verte, spatial)

 

4. La remise en cause de l’ordre international du XXe bâti autour de États-Unis

- Configuration du monde au XXIe siècle de plus en plus multipolaire et défavorable à la superpuissance 

- Multiplication des puissances militaires régionales (Chine en Asie)  

- Convergence d’intérêt de puissances émergentes (divisées par ailleurs) sur leur objectif commun de contester l’ordre international précédent jugé trop favorable aux États-Unis => Groupes BRICS > 2009  

- Remise en cause d’équilibres géopolitiques régionaux de l’époque précédente et garantis par la puissance américaine (Statut de Taïwan, Liberté de circulation en mer de Chine)

 

Transition : La contestation de la puissance est donc bien engagée, mais les États-Unis n’ont clairement pas renoncés pour autant à prolonger au XXIe siècle, fût-ce sous une forme renouvelée et moins hégémonique, leur puissance acquise au XXe siècle après leurs victoires dans les trois principaux conflits du siècle.

 

III. … et qui cherche, non sans hésitation sur la méthode, à surmonter et à conjurer un déclin tant de fois annoncé

 

1. Le « smart power », une réponse conceptuelle des États-Unis à la contestation de leur puissance

- Présentation de la notion de « smart power » mise en avant à la fin des années 2000 : Capacité à utiliser « intelligemment » les différentes dimensions de la puissance, en particulier les « hard et soft power », en fonction de chaque situation => pragmatisme > idéologie

 

2. Le pivot asiatique, une réponse stratégique de long terme au défi chinois

- Le « pivot asiatique », expression associée à l’administration Obama : redistribution en direction de la région Asie/Pacifique des moyens et des priorités (forces armées, économie, diplomatie) => Endiguement de la puissance chinoise (ex : rapprochement stratégique avec l’Inde)

 

3. Des stratégies fluctuantes mais un objectif commun

- Différences entre B. Obama et D. Trump sur la stratégie à suivre pour prolonger la puissance américaine (JALON : unilatéralisme et multilatéralisme)

- Unilatéralisme exacerbé de D. Trump (America First) jusqu’à s’opposer frontalement aux alliés historiques (ex : Allemagne sur question commerciale ou le financement de l’Otan)

- Et davantage de multilatéralisme avec Obama (accords sur le climat et l’Iran en 2015), relations plus pacifiées et sereines avec les alliés traditionnels du G7 (Canada, Europe, Japon)

 

4. Les États-Unis « Primus inter pares » : de la superpuissance à la domination partagée

- La résilience de la puissance américaine, en particulier dans les domaines militaire (capacité de projection) et culturel (langue anglaise, Hollywood)

- Absence d’alternative au niveau mondial à la puissance globale des États-Unis : la Chine n’a ni l‘ambition ni surtout les moyens d’accéder à la position d’unique superpuissance

- Déclin américain compatible avec le maintien d’une domination, au prix d’un renoncement à l’idéologie de « l’exceptionnalisme américain » (une évolution déjà assumé par D. Trump qui ne prétend pas exporter le modèle américain ni mettre en avant le rôle indispensable de l’Amérique) => Hypothèse : États–Unis redevenus une puissance comme les autres, mais la première parmi ses pairs (primus inter pares)

Le sujet oriente clairement la réflexion sur la contestation de la puissance plutôt que sur les facteurs, les fondements ou les manifestations de cette puissance. Il faut certes évoquer ces aspects, mais relativement rapidement afin de garder du temps pour expliquer en quoi ces aspects sont, éventuellement, remis en cause.

Question 3

Rédiger une conclusion.

Fragilisée et contestée, la puissance américaine connait un déclin évident, mais un déclin encore relatif dans un monde où la puissance sera certainement de plus en plus partagée du fait de la multiplication des acteurs étatiques et non étatiques en capacité de faire valoir leurs intérêts. Une théorie géopolitique très commentée actuellement, « le piège du Thucydide », du politologue américain G. Allison, évoque les risques inhérents à une transition de puissance conflictuelle entre les États-Unis et la Chine au XXIe siècle. Le piège serait une situation qui voit une puissance dominante entrer en guerre contre une puissance émergente, en référence au passage de La Guerre du Péloponnèse dans lequel Thucydide (Ve siècle. av. J.-C.) affirme : «  C’est la montée d'Athènes et la peur que cela inspira à Sparte qui rendit la guerre inévitable ». Pourtant en 2016, Obama affirmait encore à ses concitoyens que « celui qui assure que nous sommes […] en déclin comporte une fiction […] Les États-Unis d’Amérique sont la nation la plus puissante du monde. Point final. » Mais peut-être est-ce justement parce que ce n’est plus si évident qu’il convient de le rappeler avec autant de force.