Cours Stage - Avancées et reculs de la démocratie (Espagne, Portugal, Chili)

Exercice - Discours de Salvador Allende au Chili

L'énoncé

Répondre aux questions en quelques phrases sur le document qui suit. 

Document : Discours de Salvador Allende (président de la République du Chili du 3 novembre 1970 au 11 septembre 1973), le 11 septembre 1973 avant de se suicider

Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées. Le peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. A propos de ceux qui ont soi-disant " autoproclamé " la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d'une façon insensée et louche mener le Chili dans le gouffre. Au nom des plus gros intérêts du peuple, au nom de la patrie, je vous appelle pour vous dire de garder l'espoir. l'Histoire ne s'arrête pas ni avec la répression, ni avec le crime. C'est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu'ils nous écrasent mais l'avenir appartiendra au peuple, aux travailleurs. L'humanité avance vers la conquête d'une vie meilleure.

Compatriotes, il nous est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment sont en train de passer les avions, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous somme là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu'au bout. Moi je le ferai mandaté par le peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C'est certainement la dernière opportunité que j'ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu'ils firent. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l'Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd'hui s'est nommé Commandant Général des armées. Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au peuple. Je vous dis que j'ai la certitude que la graine que l'on à confié au peuple chilien ne pourra pas être détruit définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais n'éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la fait. Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez reposé sur un homme qui a été le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir pu respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous adresser est que j'espère que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l'impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu'aurait réaffirmé le commandant Araya. C'est de chez lui, avec l'aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges. Je voudrais m'adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous ; à l'ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m'adresse aux personnels de l'état, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d'état, contre ceux qui ne défendent que les avantages d'une société capitaliste. Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m'adresse aux chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs ; face au silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir, l'Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m'écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d'un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j'ai confiance au Chili et à son destin. D'autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s'imposerait. Allez de l'avant sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu'au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison.


Question 1

Résumer brièvement la dernière prise de parole du président chilien.

Salvador Allende dénonce tout d'abord le rôle malveillant de l'armée et de certains officiers spécifiquement. A ce moment précis, il s'adresse au peuple chilien à la radio nationale. Il en appelle au peuple et s'insurge contre les pressions extérieures notamment des Etats-Unis. Salvador Allende s'adresse ensuite aux classes sociales qui l'ont soutenues en priorité des ouvriers en passant par la jeunesse. Il appelle, en outre, à la défense de sa mémoire et de son combat politique. 

Question 2

Quels sont les mots-clés majeurs utilisés lors de cette intervention ?

On peut presque sentir l'atmosphère régnant lors de ce discours, remplie de déception, de courage mais aussi d'espérance. Tout le long du texte, les termes en direction du peuple et des couches populaires sont très présents. C'est une prise de parole fondamentalement politique avec la dénonciation des attaques contre la démocratie et l'appel à un sursaut.

On peut notamment relever principalement les propos "Constitution et la loi" mais aussi le "capital étranger et l’impérialisme" avec sans oublier la reconnaissance de "la femme modeste", "l'ouvrière" ou "la paysanne". La référence aux "travailleurs" et aux sentiments patriotiques sont importants à la fin.

Question 3

Que se cache-t-il principalement derrière l'utilisation des termes "capital étranger" et "impérialisme" ?

Derrière cette formule, il est notamment question pour Salvador Allende de pointer du doigt l'implication des Etats-Unis, garant de leurs intérêts en Amérique du Sud. Dans le contexte de la Guerre froide, Washington entame une lutte implacable contre les nations proches du socialisme qui pourraient se tourner vers l'URSS et devenir une menace. Pour lutter contre cela, l'administration américaine préfère soutenir des régimes autoritaires comme se fut le cas au Chili avec Pinochet pour avantager leurs entreprises transnationales.

Quel pays est pointé du doigt ?

Question 4

A quoi se réfère Salvador Allende avec les mots suivants "la semence déposée dans la conscience digne de milliers et de milliers de Chiliens ne pourra pas être arrachée pour toujours" ?

Depuis 1917, la Révolution bolchévique a établi un nouvel ordre de société face à celui du capitalisme. Mais c'est surtout après 1945 et la victoire contre le nazisme que le monde communiste et monde capitaliste vont s'affronter. Durant la seconde moitié du XXe, cette opposition verra naître de nouveaux espaces d'influence et de lutte. La révolution socialiste a gagné l'Amérique latine depuis 1959 et la prise de pouvoir de Fidel Castro à Cuba. Depuis ce mouvement de lutte pour l'émancipation des hommes, la justice sociale et les droits sociaux germent à travers l'ensemble des peuples du continent. Salvador Allende fait partie de ces contributeurs. 

Pensez à la révolution socialiste qui germe dans le monde au XXe siècle.