Cours Stage - Les frontières dans le monde actuel

Composition - Les frontières politiques

L'énoncé

Sujet : Les frontières politiques : entre effacement et réaffirmation.


Question 1

Rédiger une introduction.

[Accroche, présentation générale et définition des termes du sujet]

Le piéton qui franchit la frontière franco-allemande sur la passerelle entre Strasbourg et Kehl peut faire l’expérience du spectaculaire effacement (dans le sens ici d’une ouverture et d’un abaissement) de la frontière entre les deux États. Plus généralement, le processus de mondialisation met à l’épreuve la souveraineté des États en multipliant les flux qui traversent leurs frontières, entendues comme des limites à l’exercice de la souveraineté des États sur un territoire et sur les populations qui y vivent. Pourtant, dans le même temps, un peu partout dans le monde et y compris en Europe, nous assistons à la réaffirmation des frontières étatiques avec comme symbole la multiplication des murs et barrières aux frontières.

[Annonce de la problématique]

Comment les deux dynamiques a priori contradictoires d’effacement et de réaffirmation qui agissent sur les frontières les transforment-elles ?

[Annonce du plan]

Nous rappellerons d’abord que les frontières étatiques sont parfois fragiles et contestées (I), mais aussi de plus en plus renforcées par une dynamique récente de réaffirmation des frontières, (II) qui transforme et renouvèle des frontières étendues à d’autres types lieux (III).

Rappel des 4 étapes :

- Accroche, présentation générale

- Définition des termes du sujet

- Annonce de la problématique

- Annonce du plan

Question 2

Proposer un plan détaillé.

I. Des frontières étatiques parfois fragiles et contestées…

 

1. Des frontières contestées par la logique de la mondialisation

Les frontières étatiques, en tant que discontinuités territoriales, sont malmenées par des dynamiques propres à la mondialisation

Mondialisation : mise en relation des différentes parties du monde sous l’effet de l’accélération des flux de toutes natures.

- Effacement des frontières économiques (baisse des droits de douane et traités de libre échange) : marché unique et zone euro, ALENA, MERCOSUR, OMC, mais essoufflement de cette dynamique aujourd’hui ?

- Relativisation des frontières avec la quantité et l’intensité des franchissements de frontières : marchandises, capitaux, informations, trafic aérien, touristes internationaux, etc.

- Abaissement des frontières dans leur matérialité : démantèlement du rideau de fer après 1989, fermeture de poste de douanes (espace Schengen)

- Mise à mal des frontières étatiques par l’essor des flux illicites : drogues, migrants, armes, groupes terroristes => frontières du Sahel

- Abaissement des frontières dans leur représentation : idéologie et utopie militante du mouvement « no border » ; ou « sans frontiérisme » (ex : Médecins sans frontières, 1971) ; « Défrontièrisation » (néologisme employé par le géographe G. Wackermann, 2007)

- Fiction juridique et politique de la frontière dans le cas des États faillis, dans l’incapacité d’assurer le contrôle de leurs frontières (Somalie, Afghanistan, RDC, Mali, Libye, Niger etc.)

- Dépassement des frontières imposé par des défis communs à l’humanité (réchauffement climatique)

 

2. Des espaces frontaliers en situation d’interface économique

La mondialisation n’efface pas les frontières mais fournit aux acteurs économiques des possibilités de valoriser leur situation d’interface  

Interface : zone de contact entre deux espaces différenciés engendrant des dynamiques d’échanges entre ces deux espaces (choisir un cas pour illustrer) :

- Cas n°1 :lLes espaces transfrontaliers intra-européens : JALON  

- Cas n°2 : la frontière entre le Mexique et États-Unis et l’exemple des Maquiladoras

- Mise en évidence d’un « effet frontière » : les discontinuités (salaires, fiscalité, taux de chômage…) sont valorisées et font de cet espace un espace recherché (ex : travailleurs transfrontaliers français)

 

Transition : Cette dynamique d’effacement des frontières politiques est toutefois à relativiser fortement et à préciser géographiquement (le cas de l’espace Schengen restant exceptionnel). La pandémie de Covid 19 révèle et renforce la dynamique de réaffirmation des frontières à l’œuvre dans le monde aujourd’hui, y compris en Europe.  

 

II. …mais des frontières renforcées par une dynamique récente de réaffirmation…

 

1. La multiplications des barrières et murs aux frontières

La multiplications de murs aux frontières est la manifestation la plus visible (et la plus médiatisée) du retour des frontières.

- Très peu de murs véritables (une soixantaine). Parler plutôt de barrières et plus généralement d’un durcissement de la frontière (la plupart des murs sont construits au XXIe siècle).

- Retour des frontières en rapport avec une perception accrue de menaces aux frontières : migrants non désirés, criminels, terroristes, forces armées d’un pays hostile, virus.

- Choix d’un exemple de mur/barrière à présenter (ex : frontière États-Unis/Mexique ou mur israélien de séparation/de sécurité). L’exemple doit permettre de présenter (rapidement) les fonctions de la barrière et son efficacité.

 

2. Le renforcement des frontières inséparable de la mondialisation

- Le renforcement des frontières (a fortiori la construction de murs) interroge sur la difficulté de concilier la liberté de circulation et le besoin de protection.

- La mondialisation s’est traduit par un franchissement accru des frontières, mais sans remettre en cause la souveraineté de la plupart des États. Même dans le domaine économique les entreprises transnationales sont toujours rattachées à un pays d’origine.

- Non seulement la mondialisation n’affaiblit pas tous les États, mais elle peut les renforcer (ex. Chine : cas le plus évident d’une ouverture sélective des frontières économiques au profit d’un renforcement de la puissance et des frontières politiques).

- La massification des flux de la mondialisation engendre en retour un besoin de protection contre ce qui vient de l’extérieur et fragilise les économies, les identités ou les idéologies nationales.

 

Transition : Le retour des frontières doit s’entendre non comme une restauration des frontières (le spécialiste des frontières M. Foucher préfère d’ailleurs l’emploi du terme de réaffirmation à celui de retour) mais plutôt comme un renouvellement de la frontière (ses modalités, ses représentations, ses lieux).

 

III. …qui transforme et renouvèle des frontières étendues à d’autres lieux

 

1. Des frontières nationales plus « épaisses » et plus immatérielles

- La réaffirmation actuelle des frontières s’accompagne d’une relativisation des frontières linéaires, au profit de frontières plus épaisses, organisées en profondeur et en réseau (logique réticulaire vs logique territoriale : douanes volantes, fichiers informatiques).

- Les États contrôlent leurs frontières en bien d’autres lieux que le long de la frontière terrestre :les aéroports internationaux sont devenus des lieux centraux dans ces nouvelles logiques frontalières (aéroport de Los Angeles, porte d’entrée principale pour les Mexicains).

- Les frontières sont ainsi projetées, délocalisées, externalisées (des douaniers et policiers américains sont présents dans des ports et aéroports européens et asiatiques). Les consulats et ambassades en accordant - ou pas - des visas d’entrée sur le territoire, deviennent de facto des frontières projetées au-delà du territoire national.

- Recours aux nouvelles technologies qui transforment le passage de la frontière : notion de frontière « intelligente » ou « smart border » : frontière permettant de contrôler les flux, si possible sans les ralentir, grâce au recours à la technologie (reconnaissance faciale, GPS, caméras avec capteurs biométriques, mise en réseau des fichiers, senseurs thermiques, rayons X, drones).

- Cette nouvelle approche de la frontière ne distingue plus des frontières ouvertes ou fermées (sauf exception) mais des frontières dont le rôle est de filtrer les passages, c’est-à-dire des frontières sélectivement et simultanément ouvertes et fermées.    

 

2. Des frontières étatiques étendues aux espaces maritimes et même virtuels

- Dynamique d’extension des frontières aux espaces maritimes mais sans transposer à l’identique la logique de partage exclusif de la souveraineté des frontières terrestre : JALON à développer : « dépasser les frontières : le droit de la mer (identique sur l’ensemble des mers et des océans, indépendamment des frontières »

[facultatif]

- Frontières virtuelles du cyberespace ; singularités des frontières dans le monde virtuel (ex : grande muraille électronique chinoise) et permanence des débats communs autres types de frontières : tension entre l’ouverture des frontières (liberté d’Internet, indépendamment des frontières étatiques) et l’affirmation des frontières par les États (volonté de plus en plus marquée des États de contrôler les contenus et les flux sur Internet).

Une astuce pour bâtir un développement qui respecte une logique de progression dans la démonstration est de construire votre plan sous la forme d’une seule et même phrase, dont les différentes parties correspondent aux étapes successive de votre raisonnement. 

Question 3

Rédiger une conclusion.

Plus que jamais les frontières sont en débat. Entre ouverture et fermeture plusieurs dynamiques parfois contradictoires sont à l’œuvre avec toutefois une tendance très claire à la réaffirmation des frontières politiques. Le renforcement des frontières peut symboliquement être daté du 11 septembre 2001 avec le retour au premier plan des questions sécuritaires un peu partout dans le monde et la vigueur renouvelée des nationalismes. La pandémie de Covid 19 en 2020 semble confirmer et renforcer cette tendance. Les frontières politiques ne disparaissent pas et conservent leur rôle de protection et de défense face à des dangers (réels ou perçus). En revanche elles se transforment et s’adaptent en permanence.