Cours Stage - Les grandes révolutions techniques de l'information

Exercice - Le "référendum" du Petit Parisien

L'énoncé

En 1907 se pose la question, pour de nombreux députés, de l’abolition de la peine de mort. Le journal L’Humanité et d’autres font alors campagne pour l’abolition de la peine de mort. Le Petit Parisien, journal orienté plutôt à droite, fait campagne contre.

La Une du Petit Parisien du Mardi 5 Novembre 1907

 

 

Voici reproduit, par souci de lisibilité, le texte de la colonne présent sous les résultats du "Grand Référendum", extrait de la Une ci-dessus  :

"La majorité s'est donc prononcée pour le maintien de la peine capitale en France. C'est tout ce que nous devions savoir. Mais nous n'en respectons pas moins l'opinion de l'imposante minorité qui a exprimé un avis contraire.

En instituant ce Référendum, nous n'avons point entendu - répétons-le - faire oeuvre politique, mais soumettre à nos lecteurs, par voie de consultation directe, un troublant problème social que le Parlement sera bientôt appelé à résoudre légalement. Notre Référendum vient lui fournir des éléments d'appréciation particulièrement importants.

Encore une fois, pour la bonne volonté dont ils ont fait preuve, nous adressons nos plus vifs remerciements à nos innombrables lecteurs de France, de l'Algérie, de la Tunisie et de l'Etranger.".


Question 1

Combien coûte ce numéro du Petit Parisien ? D’après vos connaissances, comment le Petit Parisien arrive-t-il à se vendre si peu cher ?

Le numéro du Petit Parisien ne coûte que 5 centimes de Franc, soit une somme très modique.

Si le journal est si peu cher, c’est grâce d’une part, à l’apparition des rotatives dès le milieu du XIXe siècle, qui permettent de produire davantage de journaux à moindre coût. Surtout, le journal bénéficie de la publicité qui lui donne une autre source de revenu, et lui permet donc de vendre à un prix moins cher.

Pensez à la fois aux innovations techniques de l’imprimerie, et d’autre part aux sources de financement du journal.


L’achat par les lecteurs constitue-t-il la seule source de revenu du journal ?

Question 2

Qu’est-ce que les résultats du « grand référendum » traduisent-ils sur l’importance du journal ?

De façon révélatrice, le journal publie plus haut et dans une police plus grande le nombre de réponses obtenues pour sa consultation sur la peine de mort, plutôt que les résultats du référendum : 1 412 327 personnes précisément ont ainsi répondu. Ce chiffre est colossal (pensons que la population française à l’époque, tous âges confondus, n’est que de 40 millions).

Il montre alors l’importance du journal, qui compte un lectorat très important, et qui fait alors du Petit Parisien, et ce jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le journal le plus lu au monde.

Faites attention au nombre de répondants, à gauche sur la Une du journal.

Question 3

Selon-vous, quels objectifs sert le « référendum » du Petit Parisien ?

Le Petit Parisien, journal favorable à la peine de mort, ne cache pas son objectif d’influencer les discussions parlementaires alors en cours. Si on peut ainsi lire que celui-ci prétend ne pas avoir voulu « faire œuvre politique », il espère fournir au Parlement des « éléments d’appréciation », autrement dit influencer la décision du Parlement par sa consultation (pensons qu’il s’agit d’une époque où les sondages n’existent pas, et où il est donc difficile pour les hommes politiques de connaître l’opinion publique).

Mais outre cet objectif politique, le journal cherche également à montrer son importance dans la vie publique française et dans la production de l’information. Ainsi, celui-ci prend la place nécessaire pour remercier ses « innombrables lecteurs », en prenant soin d’affirmer que ceux-ci ne se trouvent pas seulement en France, mais également dans les colonies et à l’étranger. Le « référendum » du Petit Journal est donc également l’opportunité d’affirmer la puissance de journal, et révèle la grande révolution de l’information que connaît la France à cette époque.