Cours Stage - Les séductions de la parole à l'Antiquité

Exercice - L’Art d’aimer, Ovide

L'énoncé

Répondre aux questions qui suivent puis faire le commentaire composé du texte issu de L’Art d’aimer, d’Ovide.

 

Extrait Livre I vers 435-484, Les lettres et les paroles 

Tâte d'abord le terrain par un billet doux écrit sur des tablettes artistement polies. Que ce premier message lui apprenne l'état de ton cœur; qu'il lui porte les compliments les plus gracieux et les douces paroles à l'usage des amants; et, quel que soit ton rang, ne rougis pas de descendre aux plus humbles prières. Touché de ses prières, Achille rendit à Priam les restes d'Hector1. La colère même des dieux cède aux accents d'une voix suppliante.

Promettez, promettez, cela ne coûte rien; tout le monde est riche en promesses. L'espérance, lorsqu'on y ajoute foi, fait gagner bien du temps; c'est une déesse trompeuse, mais on aime à être trompé par elle. Si tu donnes quelque chose à ta belle, tu pourras être éconduit par intérêt : elle aura profité de tes largesses passées et n'aura rien perdu. Aie toujours l'air d'être sur le point de donner; mais ne donne jamais. C'est ainsi qu'un champ stérile trompe souvent l'espoir de son maître; qu'un joueur ne cesse de perdre, dans l'espoir de ne plus perdre, et que le sort chanceux tente sa main cupide. Le grand art, le point difficile, c'est d'obtenir les premières faveurs d'une belle sans lui avoir fait encore aucun présent : alors, pour ne pas perdre le prix de ce qu'elle a donné, elle ne pourra plus rien refuser.

Qu'il parte donc ce billet conçu dans les termes les plus tendres; qu'il sonde ses dispositions et te fraye le chemin de son cœur. Quelques lettres, tracées sur un fruit, trompèrent la jeune Cydippe2; et l'imprudente, en les lisant, se trouva prise par ses propres paroles.

1 : Dans la mythologie grecque, Hector est le fils du roi Priam. Il est tué par Achille.

: Histoire de la mythologie grecque.

Cette traduction française est celle de M. Heguin de Guerle - M. F. Lemaistre, Ovide. L'Art d'aimer, Paris, Classiques Garnier, 1927.


Question 1

Regrouper vos connaissances sur l’auteur et le texte.

Ovide est un poète latin né en 43 av. J.-C. en Italie. Sa famille est dotée d’une grande fortune, ce qui lui permet de fréquenter les hauts cercles. Il étudie la rhétorique dans sa jeunesse, et après un court passage en tant qu’avocat, il se met à écrire de la poésie.

L’art d’aimer est une de ses œuvres les plus connues, écrite en vers. Ce recueil consiste en une introduction à l’amour ou, plus précisément, un apprentissage de la séduction. L’art d’aimer se divise en trois livres : le premier enseigne aux hommes à séduire les femmes. Le second livre souhaite aider à transformer ce jeu de séduction en un amour durable. Le dernier livre enseigne aux femmes à séduire les hommes.

Dans l’extrait ici présenté, Ovide se fait le chantre d’une séduction par la parole et dispense divers conseils pour conquérir la personne aimée.

Question 2

Trouver une problématique.

Nous pouvons ainsi nous demander en quoi consiste la séduction de la parole chez Ovide.

Une problématique en rapport avec la séduction.

Question 3

Rédiger un plan détaillé pour le commentaire de cet extrait.

I. Il faut savoir parler pour plaire

Chez Ovide, la parole est essentielle à la conquête amoureuse. C’est donc son objectif, dans l’extrait, d’enseigner les différents stratagèmes de séduction liés au langage.

 

a) Enseigner la séduction de la parole

Étymologie du titre de l’œuvre : « art » : savoir-faire

Un texte didactique (utilisation d’arguments d’autorité avec des références aux récits mythologiques, verbes à l’impératif)

Savoir bien parler peut faire céder les Dieux mêmes.

 

b) Une parole écrite et parlée

La parole n’est pas nécessairement orale mais également écrite, ce qui donne par ailleurs un plus large éventail de possibilités de séduction.

La séduction se fait d’abord à l’écrit (« billet doux », …). Le support utilisé lui-même doit être joliment travaillé (« tablettes artistement polies »).

Utiliser toutes les modalités de la rhétorique : l‘éloge, la supplique, la flatterie, le mensonge.

  

II. Une parole qui séduit est une parole mensongère

Pour Ovide, la parole est persuasion, elle joue sur les sentiments. Il n’hésite pas à proposer de recourir au mensonge.

 

a) Encouragement aux mensonges et aux actions peu honnêtes

Pour l’auteur, une parole qui séduit est une parole mensongère, qui ruse.

Champ lexical du mensonge (« Promettez », « aie toujours l’air »).

Être trop honnête serait dangereux pour celui qui séduit.

La ruse d’Acontios pour séduire Cydippe.

 

b. La parole mise au service du paraître

La parole sert de déguisement au séducteur. Il se cache derrière des promesses.

La parole par excellence est celle qui promet tout sans rien donner : mensonge par omission.

La parole de la séduction, c’est aussi jouer avec les silences et les non-dits.

 

III. La séduction du lecteur

a) Une adresse directe aux grands de son époque

Le recueil fait état de l’évolution des mentalités à l’époque antique sur le couple et le rôle de chacun de ses membres.

Tutoiement : complicité avec le lecteur.

Il veut le protéger de la déception amoureuse (« tu pourras être éconduit) : protecteur.

 

b) Un texte pour divertir le lecteur

Ovide prend son texte avec une certaine légèreté et ironie.

Narration de courtes histoires mythologique que tout lecteur de son époque connaît.

Généralisation des mœurs et des comportements des femmes et des hommes.

 

Conclusion :

La séduction de la parole chez Ovide est un art de la provocation. On suppose même que ce recueil, par son amoralité, fut une des raisons de son exil.

Les grandes-parties du plan peuvent être les suivantes :

I. Il faut savoir parler pour plaire

II. Une parole qui séduit est une parole mensongère

III. La séduction du lecteur


Trouver deux ou trois sous-parties pour chaque grande partie et résumer en deux ou trois lignes chaque sous-partie.