Cours Stage - Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-t-ils ?

Exercice - Le marché de l'électricité en France

L'énoncé

« Il y a désormais trop d’acteurs sur le marché de l’électricité » en France

Pour le président de la Commission de régulation de l’énergie, Jean-François Carenco, « la concurrence par les prix reste marginale ».

Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) revient sur l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité. L’instance qu’il préside y a d’ailleurs joué un rôle-clé.

Ancien préfet du Rhône et de Paris, Jean-François Carenco, 66 ans, a notamment été directeur du cabinet de Jean-Louis Borloo au ministère de l’emploi, puis de l’écologie jusqu’en 2010. Il est devenu, en 2017, président de la CRE, qui, parmi ses attributions, propose les évolutions des tarifs de gaz et d’électricité et organise les appels d’offres pour les énergies renouvelables.

Haut fonctionnaire très attaché au rôle de l’Etat, il a souvent pris des positions en contradiction avec celles de son prédécesseur, Philippe de Ladoucette, grand défenseur de la concurrence, en soutenant les tarifs fixés par l’Etat et la place d’EDF.

Le secteur de l’électricité est ouvert à la concurrence depuis plus de dix ans. De très nombreux fournisseurs se lancent, mais EDF détient toujours près de 80 % du marché. La mise en compétition fonctionne-t-elle ?

C’est un mensonge de dire que la concurrence n’existe pas. Elle est féroce. La preuve, les plus gros se lancent sur le marché français, comme Total, Leclerc ou [le groupe suédois] Vattenfall. Le nombre de fournisseurs autorisés augmente sans arrêt. C’est d’ailleurs un de mes soucis : il faut mieux contrôler l’arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs. Il y a désormais trop d’acteurs, et des consolidations auront nécessairement lieu.

D’autant que certains de ces nouveaux arrivants ne sont pas toujours sérieux et passent leur temps à faire des procès à EDF ou aux pouvoirs publics.

Pourtant, cela ne fait pas vraiment baisser les prix pour les particuliers

L’électricité est un produit noble, sociétal. Sur la facture, la fourniture d’électricité représente uniquement 35 %. Le reste représente les taxes et le coût du transport. Dans ces conditions, faire de réelles baisses de prix est très difficile. Pour faire reculer le prix de 10 % pour l’usager, il faut que la diminution réelle soit de 30 %. Cela conduit certains à vendre à perte. Je ne vois pas comment on peut faire des offres autour de – 20 % et avoir des marges.

Mais, alors, à quoi sert la mise en compétition ?

La concurrence par les prix reste marginale sur le marché de l’électricité. Elle ne sert pas à faire baisser les tarifs, mais à encourager l’innovation. Les rivaux d’EDF ne vont pas gagner leur vie en baissant les prix, mais en proposant des services. Ce sera notamment possible grâce au compteur communicant Linky.

La mise en compétition doit permettre de diminuer la consommation d’énergie et de responsabiliser les citoyens. Mais ce processus sera long.

Du côté de la production, la concurrence sert à bien profiter des nouvelles techniques en matière d’énergies renouvelables. C’est mieux que ce soit, par exemple, de petites entreprises qui inventent du photovoltaïque flottant plutôt que de grosses structures qui vont mettre plus de temps.

[...]

Nabil Wakim

Source : lemonde.fr


Question 1

La concurrence sur le marché de l'électricité en France est-elle pure et parfaite ? Justifier.

Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite sont l'atomicité du marché, la libre entrée et sortie des agents, l'homogénéité des produits, la perfection de l'information et la mobilité des facteurs de production.

L'atomicité du marché tend à être respectée, puisqu'explique Jean-François Carenco, "le nombre de fournisseurs autorisés augmente sans arrêt. [...] Il y a désormais trop d’acteurs, et des consolidations auront nécessairement lieu."

L'homogénéité du produit est une hypothèse vérifiée : de l'électricité est de l'électricité.

On peut supposer que l'information est parfaite et que la mobilité des facteurs de productions existe.

Néanmoins, l'hypothèse de libre entrée sur le marché n'est pas vérifiée, puisque Jean-Louis Carenco explique qu' "il faut mieux contrôler l’arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs". Cela veut dire que l'entrée sur le marché est soumise à une autorisation de l'Etat.

Question 2

Expliquer la raison pour laquelle la fourniture d'électricité a longtemps été un monopole.

La fourniture d'électricité nécessite un réseau de lignes électriques très importants, qui a des coûts d'installation et d'entretien très élevés. Pour qu'une entreprise puisse assumer de tels coûts, il y a un monopole naturel. L'entreprise qui investit dans le réseau d'électricité assure la fourniture d'électricité à tous les clients, ce qui lui permet de rentabiliser au maximum son réseau.

Pour information, pour ouvrir à la concurrence la fourniture d'électricité, comme pour ouvrir à la concurrence le transport ferroviaire par exemple, l'Etat dissocie le réseau, qui est mis à la disposition de toutes les entreprises, et les entreprises qui assurent le service. Ainsi, chaque entreprise de fourniture d'électricité paye une contribution pour l'entretien du réseau de distribution d'électricité. Cela évite qu'il y ait un monopole, mais évite aussi d'obliger chaque entreprise à implanter son propre réseau de lignes électriques.

Question 3

Quel a été le premier effet de l'ouverture à la concurrence de la fourniture d'électricité ?

Le premier effet de l'ouverture à la concurrence a été une baisse des prix. Pour gagner des parts de marché, les nouveaux entrants ont dû proposer des prix plus faibles que les prix d'EDF. Cela a eu tendance à diminuer un peu les prix de l'électricité pour certains ménages.

Cela concerne le prix.

Question 4

Expliquer cet extrait de l'interview :

"La concurrence par les prix reste marginale sur le marché de l’électricité. Elle ne sert pas à faire baisser les tarifs, mais à encourager l’innovation. Les rivaux d’EDF ne vont pas gagner leur vie en baissant les prix, mais en proposant des services."

L'ouverture à la concurrence du marché de la fourniture d'électricité n'avait pas pour but premier de faire baisser les prix. En effet, comme l'explique Jean-François Carenco, "sur la facture, la fourniture d’électricité représente uniquement 35 %. Le reste représente les taxes et le coût du transport. Dans ces conditions, faire de réelles baisses de prix est très difficile." Cela s'explique par les importants coûts fixes engendrés par l'entretien du réseau des lignes électriques.

Par contre, l'ouverture à la concurrence devrait avoir une autre vertu, c'est en tout cas l'esprit de la réforme. A défaut de pouvoir se différencier sur les prix, les entreprises vont devoir se différencier sur leur produit, et donc sur la qualité de leur service. Cela signifie, comme l'explique Jean-François Carenco, que les entreprises qui voudront prendre des parts de marché à EDF vont devoir innover, trouver de nouvelles manières de fournir de l'électricité promptes à plaire à davantage de consommateurs. Cela peut passer, par exemple, par des solutions nouvelles pour baisser sa consommation d'énergie, par un accompagnement par des conseillers, etc.