Cours Stage - Les Lumières

Exercice - Montesquieu et Rousseau

L'énoncé

Document 1 : Montesquieu et la monarchie absolue

Lettres persanes est un roman épistolaire (composé de lettres) de Montesquieu. Ces lettres sont de fausses missives que Montesquieu auraient échangées avec deux voyageurs persans fictifs (la Perse correspond à l'actuelle Iran).

Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne, son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité(1) de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre, et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places(2) munies, et ses flottes équipées.

D'ailleurs ce roi est un grand magicien : il exerce son empire(3) sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus(4) dans son trésor, et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient. S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits.

Montesquieu, "Lettre 24" (Extrait), Lettres persanes, 1721.

(1) Vanité : sentiment de satisfaction de soi-même, d'orgueil, de prétention.

(2) Place : place forte, forteresse.

(3) Empire : pouvoir, puissance.

(4) Ecu : monnaie de l'époque moderne.

 

Document 2 : Rousseau et la démocratie

Dans son ouvrage de philosophie politique Du Contrat Social, Jean-Jacques Rousseau affirme le principe de souveraineté du peuple, c'est-à-dire que le pouvoir appartient en dernier recours aux citoyens. Il appuie cela sur les notions de liberté individuelle, d'égalité des citoyens et de volonté générale.

A prendre le terme dans la rigueur de l'acception(A), il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais. Il est contre l'ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer(B) aux affaires publiques, et l'on voit aisément qu'il ne saurait établir pour cela des commissions, sans que la forme de l'administration change.

En effet, je crois pouvoir poser en principe que, quand les fonctions du gouvernement sont partagées entre plusieurs tribunaux, les moins nombreux acquièrent tôt ou tard la plus grande autorité, ne fût-ce qu'à cause de la facilité d'expédier les affaires, qui les y amène naturellement.

D'ailleurs, que de choses difficiles à réunir ne suppose pas ce gouvernement: Premièrement, un Etat très petit, où le peuple soit facile à rassembler, et où chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres ; secondement, une grande simplicité de mœurs qui prévienne la multitude d'affaires et de discussions épineuses ; ensuite, beaucoup d'égalité dans les rangs et dans les fortunes, sans quoi l'égalité ne saurait subsister longtemps dans les droits et l'autorité ; enfin, peu ou point de luxe, car ou le luxe est l'effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion

Voilà pourquoi un auteur célèbre a donné la vertu pour principe à la République, car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu […].

Ajoutons qu'il n'y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines que le démocratique ou populaire, parce qu'il n'y en a aucun qui tende si fortement et si continuellement à changer de forme, ni qui demande plus de vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne. C'est surtout dans cette constitution que le citoyen doit s'armer de force et de constance, et dire chaque jour de sa vie au fond de son cœur ce que disait un vertueux Palatin(C) de la diète(D) de Pologne : " Mieux vaut une liberté dangereuse qu'une servitude tranquille."

S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.

Rousseau, Du Contrat Social, III, 4, 1762.

(A) Acception : définition.

(B) Vaquer : travailler à, s'occuper de.

(C) Palatin : responsable d'un palatinat, c'est-à-dire d'une région de la Pologne.

(D) Diète : ancien nom des assemblées délibératives dont sont issues les Parlements.


Question 1

Que critique Montesquieu dans l'extrait des Lettres persanes ? Justifier et commenter à partir des connaissances de cours.

Dans l'extrait des Lettres persanes, Montesquieu critique la monarchie absolue, notamment telle qu'appliquée par le roi de France, "plus puissant prince de l'Europe". Il s'oppose à l'idée que le roi doive avoir tous les pouvoirs :

Il a pouvoir de faire la guerre, même si le budget du Royaume ne le permet pas.

Il a pouvoir sur le cours de la monnaie, puisqu'il peut décréter qu'un écu en vaut deux, ou encore émettre des billets de banque (papier qui vaut de l'argent).

Il fait même croire qu'il peut guérir certaines maladies. On parle du miracle de la guérison des écrouelles. Ici, Montesquieu critique donc la monarchie de droit divin, c'est-à-dire l'idée selon laquelle le pouvoir du roi viendrait de Dieu, et qu'à ce titre il aurait la capacité d'accomplir des miracles.

 

 

Il critique le roi et son régime politique. Quel est-il ?

Question 2

A partir de l'étymologie du mot, apprise en cours, expliquer ce qu'est la démocratie. Commenter, à partir des connaissances du cours, la citation : "à prendre le terme dans la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable démocratie".

Démocratie vient des termes grecs demos, le peuple, et cratos, le pouvoir. La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple souverain qui l'exerce directement ou par le biais de représentants. On dit souvent pour résumer qu'il s'agit du pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.

A l'époque de Rousseau, le seul modèle démocratique ayant existé est la démocratie athénienne, au Ve siècle avant Jésus-Christ. Les citoyens de la cité exerçaient directement le pouvoir par un système de votes et de tirage au sort. Néanmoins, les femmes, les esclaves et les étrangers (métèques) étaient exclus de la citoyenneté. Par ailleurs, seuls les plus riches pouvaient prendre part aux débats politiques qui se tenaient à Athènes, car les plus pauvres devaient travailler pour subvenir à leurs besoins. Ce n'était donc qu'une minorité de personnes qui gouvernait.

A l'époque de Rousseau, le seul modèle démocratique ayant existé est la démocratie athénienne.

Question 3

Lister les trois conditions d'une démocratie parfaite selon Rousseau.

Les trois conditions d'une démocratie parfaite selon Rousseau sont les suivantes : 

- Un État petit et peu peuplé, pour que chaque citoyen connaisse chacun de ses concitoyens.

- Une simplicité de moeurs, c'est-à-dire une vie très simple, pour éviter de multiplier les problèmes à résoudre.

- L'égalité de rang et de richesses, afin d'éviter la concurrence entre les individus.

L'un concerne l'État, un autre concerne les moeurs et l'autre concerne l'égalité.

Question 4

La Révolution française a-t-elle permis l'avènement de la démocratie parfaite au sens de Rousseau ? Argumenter.

La France étant un grand pays, il n'y a jamais eu de démocratie parfaite au sens de Rousseau. Suite à la Révolution française, les différents régimes qui se sont succédés, quand ils étaient démocratiques, étaient des régimes de démocratie représentative, c'est-à-dire que le peuple déléguait ses pouvoirs à des représentants, qui, assemblés en Parlement votaient les lois au nom du peuple. C'est encore le cas de nos jours avec l'Assemblée nationale.

Par ailleurs, le suffrage universel n'a été appliqué que temporairement avec la IIe République en 1848, puis ne s'est imposé définitivement qu'avec la IIIe République en 1870. Il a fallu attendre 1944 pour que les femmes aient le droit de vote, et que le suffrage devienne vraiment universel en France.

Suite à la Révolution française, la France a connu la démocratie représentative.


En quelle année, le suffrage est-il devenu complètement universel ?


Lorsque les femmes ont eu le droit de vote !

Question 5

Quel est l'enjeu principal pour assister à un vrai changement politique selon ces deux philosophes des Lumières ?

L'enjeu principal est l'éducation.

Pour Montesquieu, c'est l'ignorance et la crédulité du peuple qui lui fait tout accepter du roi.

Pour Rousseau, la démocratie ne pourra exister sans "la vertu" qui seule est garante du respect des principes de la juste démocratie. C'est notamment par la vertu que les hommes abandonnent leur intérêt personnel au profit de l'intérêt général.

A l'époque des Lumières, le peuple a besoin d'être éduqué.