Cours Stage - Le Romantisme

Exercice - Méditations poétiques, Lamartine

L'énoncé

Répondre aux questions suivantes, posées à partir du poème "Le Vallon" de Lamartine, paru dans ses Méditations poétiques, en 1820. 

 

"Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon ;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée ;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,
M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux,
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.

Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure,
D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.

J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;
Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie :
L'oubli seul désormais est ma félicité.

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,
A l'oreille incertaine apporté par le vent.

D'ici je vois la vie, à travers un nuage,
S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé ;
L'amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu'un voyageur qui, le coeur plein d'espoir,
S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l'air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L'homme par ce chemin ne repasse jamais ;
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne,
Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux ;
L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ;
Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore,
Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon ;
Avec le doux rayon de l'astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l'esprit parle dans son silence :
Qui n'a pas entendu cette voix dans son coeur ?"

Question 1

Comment le poème est-il structuré ? Justifier en délimitant les passages de manière précise. 

 

Le poème se divise en trois mouvements différents.

Le premier mouvement constitue une adresse du poète au vallon, et plus généralement à la nature. Il va de la strophe 1 à 6 (de "Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance" à "A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux"). Le sujet lyrique indique sa position, qui est une position en rupture avec le monde. 

Le deuxième mouvement constitue le bilan de la vie du poètede la strophe 7 à 9 : "J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie". De ce bilan, le narrateur livre un discours sur la mort. 

Le troisième mouvement se situe de la strophe 10 à la fin, comme le montre la rupture énonciative : "Repose-toi mon âme". Il y a changement d'adresse, le poète s'adresse à lui-même. Ce dernier mouvement constitue donc une énonciation intérieure.

Le poème se divise en trois mouvements.

Question 2

Comment le "je" poétique est-il présenté ici ? D'où se place-t-il pour écrire ? 

Dans ce poème, le "je" poétique représente l'image de l'homme voyageur, qui s'observe au seuil de la vie : "La source de mes jours comme eux s'est écoulée". La déception du poète se voit à travers l'antithèse présente au premiers vers : "Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,". L'opposition entre les mots "lassé" et "espérance" souligne la déception et le désespoir du poète face à la fatalité de la vie

Le narrateur porte un regard réflexif sur sa vie et opère une mise à distance par rapport à la mort. Dans cette indétermination, il va préciser la nature de son être et opérant un retour à la source. La nature de son être est celle d'un voyageur, qui se prépare pour son ultime voyage. Ce voyageur au seuil de la mort présente son désespoir et son épuisement face à la vie, à travers la métonymie « Repose-toi, mon âme ».

 

 

Question 3

En quoi le vallon devient-il un lieu poétique par excellence ? Qu'est-ce que cela dit sur la nature du monde ? 

Tout d'abord, le vallon représente un locus amoenus, c'est-à-dire un lieu idyllique où le narrateur peut méditer sur sa vie et se ressourcer en attendant sa mort. De ce fait, le poète va s'adresser au vallon, et plus généralement à la nature, pour lui venir en aide.

La nature est représentée par le calme et la sérénité. En effet, à la strophe 2, les jeux d'ombres et de lumières créés par la forêt provoquent un apaisement et un calme intérieur chez le poète, comme le montre la personnification de la nature : "Me couvrent tout entier de silence et de paix.". De plus, le vers 1 présente une allitération avec le son "s" : "voici l'étroit sentier de l'obscure vallée", ce qui accentue le caractère doux, calme et bienveillant de la nature.

En somme, le vallon devient un lieu poétique par excellence puisqu'il se métamorphose en un refuge plein de douceur et d'harmonie. La nature est donc perçue comme étant la seule consolation du poète. En effet, la nature permet au poète de s'oublier lui-même. Ainsi, le narrateur comble sa nature éphémère à travers la nature qui entoure le monde et qui, elle, reste immuable.  

 

Question 4

Que représente la mort ici ? 

Pour commencer, l'isotopie du voyage présente dans le texte compare la mort à un dernier voyage. Mais la mort est aussi présentée comme un moyen d'intensifier la vie en éliminant le surabondant de la mondanité, pour ne plus garder qu'un sentiment. En effet, de la strophe 7 à 12, la mort n'est pas à présentée comme étant un néant, mais comme étant un objet de réflexion, comme étant source de sagesse nouvelle. L'approche de la mort offre au poète voyageur une lucidité inexorable sur la vie : "D'ici je vois la vie". 

 

Question 5

En quoi ce poème appartient-il au Romantisme ? 

Ce poème s'inscrit dans la veine du romantisme puisqu'il y a un poète qui écrit à partir de son coeur et de ses sentiments. En effet, ce poème apparaît comme un chant intérieur où le poète exprime sa subjectivité et la dimension élégiaque du monde, qui sont des motifs très présents dans le Romantisme. Par ailleurs, les conjonctions de certains motifs récurrents dans le Romantisme, comme par exemples ceux de la mort, de la nature, de la fugacité de la vie, sont présents dans ce poème. 

Enfin, il y a dans ce poème la caractéristique la plus représentative du Romantisme : celle de la mélancolie. En effet, le "je" lyrique évoque sa vie de façon mélancolique, il y exprime ses regrets. Pour lui, sa vie s'est écoulée trop vite au point qu'il éprouve la sensation de ne pas avoir assez profité de sa jeunesse. La mélancolie atteint son paroxysme lorsque le "je" poétique compare sa vie au fil d'eau d'un ruisseau qui s'écoule : "La source de mes jours comme eux s'est écoulée".

Ainsi, ce poème s'inscrit dans la veine du romantisme puisqu'il y réutilise les thèmes et les caractères propres à ce mouvement littéraire.