Cours Stage - Le modèle Clausewitzien à l'épreuve de la guerre asymétrique

Exercice - Le conflit Vietnam / États-Unis

L'énoncé

Voici le compte-rendu d'un ouvrage paru dans Le Monde diplomatique en 1968.

 

Document : Analyse de l’ouvrage de Wilfred Burchet, Pourquoi le Vietcong gagne, par Gérard Chaliand dans Le Monde Diplomatique en 1968.

« La propagande du Front ne se limite pas à quelques villages où la répression s’abattrait aisément, mais d’emblée à toute une région afin de créer une large zone d’insécurité. Dès 1961, l’insurrection s’étend et des forces de guérilla se constituent dans le delta du Mékong, où l’accent est mis par les instructeurs sur la conscience de classe (en évoquant les souvenirs des souffrances personnelles éprouvées par les recrues paysannes) et sur le problème national — qui prendra davantage d’importance à mesure que l’intervention américaine deviendra plus massive.

Burchett montre par ailleurs l’originalité de la conception vietnamienne de l’autodéfense, d’abord passive (pièges dans les villages pour les défendre contre les incursions), puis active (pièges sur les routes, harcèlement de colonnes), couvrant des villages — par régions entières — reliés aux forces révolutionnaires et partie intégrante d’une stratégie globale. Cette conception suppose naturellement que la lutte soit menée à grande échelle avec un large soutien populaire.

Le Front s’articule autour de trois types de forces armées : les unités d’autodéfense, constituées de guérilleros locaux ; les troupes régionales, opérant dans un secteur géographique bien défini ; l’armée de libération proprement dite. Le Front combine trois formes de lutte. Une lutte politique menée au sein de la population — puis par la population civile elle-même une fois qu’elle est gagnée. Par exemple, jamais les forces armées du Front ne prennent rien dans les villages, mais au contraire, chaque fois que c’est possible, pour gagner « les coeurs et les esprits », elles aident les villageois à travailler leurs champs, à planter du bambou et des arbres, à recréer l’environnement qui était le leur avant qu’on ne les parque dans des hameaux stratégiques. Deuxièmement, la lutte armée, toujours politico-militaire. Enfin l’agitation ou « travail de persuasion » dans les rangs de l’ennemi. A partir de 1965, lorsque les premiers « marines » débarquèrent à Da-Nang et que les troupes américaines prirent le relais de celles de Saigon pour les opérations offensives, la guerre fut modifiée du point de vue militaire et rendue plus âpre, mais le FNL [Front de libération du Sud Vietnam] sut s’y adapter. Sur le plan politique le caractère national et patriotique de la guerre devint évident aux yeux de nombreuses couches de la population. »


Question 1

Quels éléments des guerres irrégulières retrouve-t-on dans le conflit qui a vu s’affronter le Vietnam et les États-Unis ?

L’ouvrage de Wilfred Burchet, analysé ici par un expert des relations internationales pour Le Monde diplomatique en 1968, permet de comprendre toutes les caractéristiques de la guerre irrégulière que revêtait le conflit Vietnamien.

Le Vietnam était alors séparé en deux avec au Nord un régime communiste et au sud le gouvernement de Saigon qui était soutenu par les États-Unis, la République du Vietnam. La guerre menée par le Front de Libération du Sud-Vietnam était une guerre typiquement irrégulière. Elle s’appuie d’abord sur une idéologie, l’idéologie communiste qui doit galvaniser les troupes et les porter au combat. La population a un rôle crucial de rébellion, raison pour laquelle il faut la convaincre de rejoindre le combat et de mener la lutte à son échelle de devenir des « guérillos locaux », sinon de s’engager directement dans les troupes régionales. La tactique est elle-même irrégulière dans la mesure où elle repose sur des actions limitées, ce que l’auteur appelle l’autodéfense, puis les actions actives.

C’est justement cette irrégularité de la guerre qui rend difficile la guerre pour les États-Unis. L’ennemi est à la fois partout et nulle part, caché et prêt à mener des actions en temps voulu pour viser des points stratégiques et vitaux. Cela ne l’empêche toutefois pas de mener des actions d’envergure et de véritables batailles comme en témoigne l’offensive du Têt en 1968. 

La guerre menée par le Front de Libération du Sud-Vietnam était une guerre typiquement irrégulière. Pourquoi ?