Cours Stage - La construction et l’élargissement de la notion de patrimoine

Exercice - Le patrimoine immatériel de l'UNESCO

L'énoncé

Document 1 : Le patrimoine immatériel de l'UNESCO, un patrimoine dévoyé ?

L'avenir de la cornemuse slovaque ou du tir à la corde asiatique se jouait ces jours-ci à Windhoek, en Namibie. Com­me celui du café arabe, de l'équitation autrichienne ou encore du funambulisme ouzbek. C'est un étrange con­cours, mitonné chaque automne par l'Unesco. (...) L'idée a germé il y a une quinzaine d'années aux Nations unies. Inventer une façon de défendre les cultures ­invisibles de chaque communauté ­(célébrations, coutumes locales) et de mieux valoriser la conception du patrimoine des pays du Sud, davantage portée sur les arts vivants et les traditions populaires que celle des Européens, fondée sur la pierre et les monuments. (...)

A la différence des chefs-d'oeuvre de l'humanité, type cathédrale de Reims ou ruines de Palmyre, aucun expert ne tranche dans ce cas précis. C'est la communauté qui décide : si vous partagez un rituel avec les habitants de votre quartier, qui se transmet de génération en génération, vous avez le droit de postuler à l'Unesco. Un comité évaluera simplement la so­lidité de votre dossier. En parallèle, chaque pays est invité à mener l'inventaire de toutes ces expressions et pratiques communautaires qui émaillent son territoire. (...) De fait, certaines traditions sont directement menacées par la mondialisation. Un spectacle de marionnettes, une discipline musicale qui disparaît, etc. « Si on laisse mourir les anciennes générations avec leur savoir, on s'appauvrit culturellement », rappelle Cécile Duvelle. (...)

Le grand public, lui, ignore tout de ce processus. Pour lui, l'Unesco reste un label d'excellence qui consacre les trésors de l'humanité. (...) La controverse vient de là. « Il y a un grand malentendu sur cette liste représentative, regrette Cécile ­Duvelle. C'était juste un outil de communication, pas un classement, mais les Etats se sont précipités pour y apparaître comme s'il s'agissait d'un tableau d'honneur. Aujourd'hui, c'est devenu le concours de Miss Monde. » Le sigle Unesco est tellement associé à l'idée de palmarès que les cent soixante-quatre pays signataires de la convention sur le patrimoine peuvent aisément surfer sur le quiproquo. « Les Etats profitent de cette confusion, constate l'ethnologue Chiara Bortolotto. Cette liste assure leur visibilité, leur prestige et sert leur ­diplomatie culturelle. » (...) De nombreuses voix se sont élevées contre l'instrumentalisation de l'estampille Unesco, cette « distribution de médailles en chocolat », comme le formule un expert à l'origine du projet, qui parle aujourd'hui d'un « gâchis épouvantable ». Même l'Unesco sem­ble parfois dépassée par le monstre qu'elle a créé. « Le label fait vendre, mais il fait aussi du mal, admet Cécile Duvelle. Certains opérateurs touristiques récupèrent ce patrimoine pour faire de l'art d'aéroport et gagner un maximum d'argent. Nous en sommes conscients. »

Source : Télérama, juillet 2015.


Question 1

Quels sont les différents buts du patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO ?

A travers ce document, on comprend que la volonté de l'UNESCO est de rendre plus équitable la liste des éléments patrimoniaux éligibles à une reconnaissance mondiale et de protéger certaines traditions directement menacées par la mondialisation. Dans le premier paragraphe, l'article rappelle que l'ONU a réfléchi à cela il y a maintenant une vingtaine d'année. Le constat initial part du fait que les pays du Sud ont un patrimoine davantage immatériel que ceux du Nord avec nombres de coutumes, des rituels, etc. Dans une perspective d'équité, il était donc normal de faciliter leur accès à la liste mondiale de l'UNESCO. Dès lors, traditions et cultures immatérielles peuvent entrer au patrimoine mondial de l'UNESCO sous réserve d'acceptation d'un dossier par la communauté.

Question 2

Quels sont les limites du patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO ?

Toutefois, cet article pointe des limites. Celles-ci tiennent dans le risque d'instrumentalisation et de marchandisation de la culture. L'article parle lui-même "d'instrumentalisation de l'estampille UNESCO". Le label est en effet devenu un argument commercial, "qui fait vendre" voir une argument diplomatique. Le risque étant de rabaisser la valeur culturelle à une valeur commerciale ou politique ou de chercher à labelliser un patrimoine uniquement dans le but d'améliorer sa visibilité et son attrait touristique.

Question 3

Quel semble être l'avis du journal quant au patrimoine immatériel de l'UNESCO ?

L'article semble se ranger du côté des limites et des risques car il contient un côté ironique : "L'avenir de la cornemuse slovaque ou du tir à la corde asiatique se jouait ces jours-ci à Windhoek, en Namibie. Com­me celui du café arabe, de l'équitation autrichienne ou encore du funambulisme ouzbek."

Ce patrimoine immatériel est mis en opposition avec le patrimoine matériel, lui-même associé à "des chefs-d'oeuvre de l'humanité". La sélection du patrimoine immatériel semble être validée par n'importe qui "la communauté" versus "les experts" pour la patrimoine matériel.

Enfin, les deux personnes interrogées (Cécile ­Duvelle et Chiara Bortolotto) sont également sceptiques quant à la pertinence du label (l'aspect économique primant sur l'aspect culturel).