Cours Stage - Les politiques patrimoniales en France

Exercice - Tourisme et politiques patrimoniales en France

L'énoncé

Document 1 : « Le tourisme profite du patrimoine, il doit payer pour son entretien » par LEXPRESS.fr, publié le 10/03/2011

Doubler les tarifs d'entrée des musées pour les touristes non européens, accroître la taxe de séjour, autoriser les musées à vendre des œuvres : le Conseil d'analyse économique (CAE) a présenté jeudi des propositions parfois décoiffantes pour le patrimoine culturel français.

Intitulé "Valoriser le patrimoine culturel français", ce rapport rédigé par les économistes Françoise Benhamou et David Thesmar, a été remis le 1er mars au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Commandé par le Premier ministre François Fillon, il propose de nombreuses pistes, dont certaines sont susceptibles de faire tiquer une partie du monde culturel mais aussi certains acteurs économiques. 

L'effort public en faveur du patrimoine, qui se monte à 1,5 milliard d'euros en 2010, est "important et légitime sur un plan économique et culturel", déclare à l'AFP Françoise Benhamou, spécialiste de l'économie de la culture. "Mais il faut compléter cet effort en lui trouvant d'autres ressources", ajoute-t-elle. 

Le tourisme est "le premier bénéficiaire de notre patrimoine", soulignent les auteurs du rapport qui proposent "de faire participer davantage" ce secteur à l'entretien et à la valorisation des sites, monuments et musées. (…)

Françoise Benhamou et David Thesmar, professeur à HEC, préconisent (…) un "tarif différencié entre visiteurs français et visiteurs étrangers (hors UE), comme cela se pratique dans de nombreux pays". (…) Les auteurs ne sont pas favorables à une "gratuité généralisée" dans les musées très fréquentés dans la mesure où elle constitue un "effet d'aubaine" pour ceux qui ont les moyens de payer. Ils sont favorables à une tarification variable en fonction de l'heure d'entrée dans le musée et de la période de l'année, afin d'étaler davantage la fréquentation. (…)

L'étude souligne la logique de "star system" qui prévaut dans l'Hexagone. "Cinq monuments nationaux attirent 56% des visites, 50% de la fréquentation muséale se concentre sur 1% des musées de France", souligne le rapport. (…)

Source : https://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/le-tourisme-profite-du-patrimoine-il-doit-payer-pour-son-entretien_971011.html

 

Document 2 : « Frémissement du tourisme dans le bassin minier du Nord Pas-de-Calais » par AFP pour LEXPRESS.FR, publié le 09/11/2013

Plus d'un an après le classement du Bassin minier du Nord/Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l'Unesco en tant que "Paysage culturel évolutif vivant", véritable victoire pour une région déshéritée, les retombées commencent à se faire sentir doucement, avec des projets ambitieux. (…)

Reconnaissance pour une région en souffrance, les fruits de l'inscription à l'Unesco se récoltent lentement, en particulier dans le tourisme. (…)

L'effet médiatique, tout comme l'inauguration du musée du Louvre-Lens, a toutefois piqué l'intérêt des visiteurs. (…) Quatre "grands sites de mémoire" vont être mis en avant: la fosse d'Arenberg à Wallers, qui a servi de décor au film Germinal, le centre historique minier de Lewarde, la fosse 9/9bis à Oignies, la dernière à avoir fermé, et les terrils de la fosse 11/19 à Loos-en-Gohelle. Chacun fait l'objet d'investissements, pour à la fois réhabiliter et innover. 

(…) L'objectif est de continuer à "pouvoir lire dans le paysage ce qui en fait son caractère exceptionnel et de travailler autour de la valorisation et de la mémoire. Cela n'empêche pas la transformation" (…)

Au-delà des retombées économiques et touristiques, l'inscription au patrimoine mondial de l'humanité a d'abord été l'occasion de réconcilier la population avec son territoire. 

Parmi les éléments classés, 124 cités minières, soit 70.000 logements sociaux, également témoins exceptionnels de 150 ans d'histoire économique et sociale. 

"Pour l'Unesco il ne s'agit pas de figer et de vitrifier ce patrimoine. Le meilleur moyen de le pérenniser c'est de faire en sorte qu'il puisse remplir son rôle de logement social", explique Raphaël Alessandri, directeur d'études à la MBM. 

Le label a permis d'engager les bailleurs à réfléchir sur les rénovations pour en faire "des objets de requalification du territoire", et parfois de poser des moratoires comme dans les cités de Pecquencourt, (…)

Source : https://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/fremissement-du-tourisme-dans-le-bassin-minier-du-nord-pas-de-calais_1298257.html

 

Document 3 : « Etretat navigue entre tourisme et protection de l’environnement » par Manon Monnier pour France 3 Bretagne, 23/05/2014

Etretat : 1500 habitants l'hiver et un million de touristes par an. Le village normand attire des personnes de tous horizons. Aussi, il faut tâcher de trouver un équilibre entre l'accueil des touristes et la protection du site. (…)

Plus de la moitié de la population d'Etretat vit en résidence secondaire, pour l'essentiel des Parisiens. Ces visiteurs du week-end ou des vacances se sont enracinés dans l’identité même du village depuis maintenant un siècle et demi, avec des villas transmises de génération en génération. Aujourd’hui cette population à résidence secondaire pose problème aux commerces de proximité qui ont du mal à maintenir une activité régulière. (…) Etretat vit aujourd'hui sur une économie très largement dépendante du tourisme : 10 hôtels de 1 à 3 étoiles, 6 campings, une vingtaine de café/restaurants, un immense golf sur le plateau perché à plus de 50 mètres au dessus de la mer. Pour les passionnés de l’histoire et de la littérature d’Etretat, le clos Arsène Lupin peut être visité et un mémorial de l’Oiseau blanc se dresse au-dessus de la ville en hommage à Nungesser et Coli. Les touristes sont majoritairement français, mais il y a aussi beaucoup d'Américains, de Canadiens, d'Australiens, de Coréens ou encore des Chinois.
 
Victime de son succès, Etretat est confronté à des problèmes environnementaux. D'un côté, des causes naturelles (…)  d'un autre côté, des dégradations liés à l'homme sur les plages, sur les cotes sauvages et une augmentation de la pollution en ville.
Désormais, les falaises d'Étretat ont intégré le programme des Opérations Grands Sites. Le but est de : bénéficier de l'expérience des autres membres en matière de gestion et de réhabilitation de sites protégés fortement fréquentés, et d’être accompagné dans une démarche vers l'attribution du label Grand Site de France (Réseau des grands sites de France).

Malgré la surfréquentation du site, la plage d’Etretat a été récompensée l'an dernier d’un pavillon bleu pour la qualité de ses eaux de baignades, d'accueil du tourisme et ses démarches de propreté.


Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/emissions/littoral-le-magazine-des-gens-de-mer/actu/etretat-navigue-entre-tourisme-et-protection-de-l-environnement.html-0


Question 1

Quelle conséquence la gestion du patrimoine français a-t-elle sur le tourisme ?

La France est la première destination touristique mondiale. L’attrait touristique de la France est dû à la grande diversité des points d’intérêts assemblés sur un territoire relativement restreint. Ainsi, le paysage, la gastronomie, l’histoire culturelle et artistique participent à l’attractivité toujours plus grande de notre pays et de ses régions qui présentent, encore aujourd’hui, et malgré les uniformisations liées aux contraintes de la modernité, un intérêt touristique réel. Cet intérêt explique l’afflux des touristes étrangers en France. Pour offrir à ces visiteurs étrangers un niveau de prestation élevé, il est vital pour les pouvoirs publics de réfléchir à la préservation et à la valorisation du patrimoine français.

En 2011, François Fillon confie à deux économistes la tâche d’élaborer un plan d’action en dégageant des pistes complémentaires de valorisation du patrimoine (document 1). L’esprit de ce rapport est bien explicité par le titre du document 1, déclarant « Le tourisme profite du patrimoine, il doit payer pour son entretien ». Dans ce rapport, des mesures « chocs » sont ainsi évoquées comme une différenciation du prix de l’entrée des musées suivant la nationalité des touristes, mesure déjà adoptée dans plusieurs pays mais qui semble peu adaptée à la vocation universaliste de la culture française. D’autre part, un effort de valorisation d’une plus grande partie du patrimoine français est proposé afin de faire découvrir au public de nouveaux lieux touristiques. En effet, le rapport constate que "cinq monuments nationaux attirent 56% des visites, 50% de la fréquentation muséale se concentre sur 1% des musées de France". Les journées du patrimoine instaurées à cette époque participent à ce nouvel éclairage.

On constate donc que si les motivations du pouvoir ont changé depuis 1790, année de la Commission des monuments, alors ciment constitutif de la nation, aujourd’hui enjeu économique majeur, son action de protection et de valorisation des patrimoines nationaux est bien restée une constante.

Cette citation du document 1 est importante : « Le tourisme profite du patrimoine, il doit payer pour son entretien ».

Question 2

Comment la France a-t-elle revalorisé les ressources patrimoniales de son territoire à des fins économiques ?

A l’échelle du territoire, la France a su revaloriser les ressources patrimoniales dont elle disposait, comme par exemple son ancien bassin minier, aujourd’hui classé en tant que "Paysage culturel évolutif vivant" au patrimoine mondial de l’Unesco (document 2). En effet, celui-ci s’est vu aménagé afin d’accueillir des touristes, curieux de voir ce qui constituait le passé français, que ce soit dans les mines directement, ou dans des terrils transformés en musée. Ce redéploiement économique est bénéfique pour la région d’un point de vue économique et touristique bien sûr, mais il a également eu un rôle réconciliateur. En effet, revaloriser une partie du territoire permet à ses habitants de se réconcilier, en quelque sorte, avec leurs terres, leurs origines. Ce changement d’état d’esprit dynamise la population locale, fière de sa région, ce qui pérennise cette volonté de prendre soin de leur héritage patrimonial.

A l’échelle des villes, cette revalorisation est également très importante afin de dynamiser certaines zones, parfois proches du cœur de la ville, qui, sans ces aménagements récents, seraient encore désertes. Ainsi, de nombreuses zones industrielles sont réhabilitées : à Bordeaux, avec Darwin, lieu où se trouve un bar, une scène de concert, des boutiques associatives, ou encore à Nantes, avec ses Chantiers navals. C’est un bel exemple d'un réinvestissement par le patrimoine et par la culture. L’ancien site des chantiers navals de Nantes, véritable no man’s land industriel abandonné dans une partie assez excentrée de la ville, est devenu aujourd'hui un lieu extrêmement attractif. Une équipe a lancé ce que l'on appelle « Les Machines de l'île » avec des artistes techniciens qui ont revitalisés ces lieux. Cette ancienne compagnie de théâtre de rue a créé le fameux éléphant ainsi que d'autres machines issues de l’imaginaire de Jules Verne, qui aujourd’hui attirent des touristes européens.

L'ancien bassin minier est aujourd’hui classé en tant que "Paysage culturel évolutif vivant" au patrimoine mondial de l’Unesco.

Question 3

Comment la préservation du patrimoine naturel devient-elle un enjeu économique essentiel ?

La France, première destination touristique mondiale, est réputée pour son patrimoine culturel certes, mais elle est aussi célèbre pour son patrimoine naturel. En effet, la variété des paysages français rend le pays très attractif. C’est pour cela que la valorisation, ainsi que la conservation de ce patrimoine naturel sont un enjeu économique essentiel.

Ainsi, de nombreux parcs naturels sont créés afin de préserver certains endroits de l’activité touristique, sans pour autant en interdire l’accès. L’urbanisation de ces zones protégées est régie par différentes lois, parmi lesquelles on peut citer la loi Littoral qui vise à encadrer l’aménagement des côtes françaises.

L’exemple d’Étretat (document 3) illustre parfaitement l’importance économique de son milieu et les contraintes environnementales qui en découlent. En effet, Étretat est une ville qui attire chaque année 1 million de touristes (alors que 1500 habitants y résident à l’année), pour son étonnant paysage côtier lié également à l’histoire de l’impressionnisme. Cette activité saisonnière très forte menace cependant la faune et la flore locale, mais aussi ses logements, puisque plus de la moitié de la population vivant à Étretat sont en résidence secondaire, et donc son économie, qui à terme, se base uniquement sur le tourisme, ce qui fragilise fortement l’équilibre économique des commerçants de la ville.

Des mesures et programmes, comme le programme des Opérations Grands Sites, sont donc mis en place afin de réguler cette activité, et préserver le paysage, si précieux à l’activité touristique de la ville. Ainsi, on constate que les instances gouvernementales sont mêlées aux décisions prises quant à la préservation du patrimoine naturel français, témoignant de son importance stratégique. La nature devient ainsi patrimoine, et participe directement à l’activité économique de la France.