Cours Stage - Destruction, protection et restauration du patrimoine

Exercice - Guerres et patrimoine

L'énoncé

Document 1 : Le Havre, détruit après la Seconde Guerre mondiale

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Document 2 : « La reconstruction du Havre » Par Benoît Georges pour Les Echos.fr, 22 août 2013

(…) Plusieurs fois bombardée à partir de 1940 en raison de sa position stratégique, la ville du Havre est totalement dévastée les 5 et 6 septembre 1944 : plus de 10.000 immeubles détruits, 80.000 sinistrés, 150 hectares de ruines et de cendres. Auguste Perret, qui songe depuis quelques mois à la création d'un grand « atelier de reconstruction » regroupant plusieurs architectes, s'active pour convaincre le gouvernement de lui confier le chantier. (…)

Le plan dit « définitif » est adopté dès l'année suivante. Il s'inspire de celui d'avant les bombardements, mais en le modifiant pour respecter une grille composée de carrés de 6,24 mètres de côté, qui servira de référence à toutes les constructions futures afin de garantir l'unité d'ensemble. A partir de 1946, Le Havre devient un gigantesque terrain d'expérimentation pour les nouvelles techniques de construction préfabriquées, qui allient rapidité et coût modique. La ville nouvelle est une succession d'« îlots » d'habitation, comportant des bâtiments de hauteur différente pour laisser passer la lumière. Les premières constructions, appelées « Isai » (« immeubles sans affectation individuelle ») recevront leurs habitants à partir de 1949. Auguste Perret signera plusieurs monuments emblématiques, dont l'hôtel de ville et l'église Saint-Joseph. (…)

Les immeubles du Havre bénéficient d'un confort rare dans la France d'après-guerre : lumière (la plupart des appartements sont traversant), salle de bains, espaces séparés pour les parents et les enfants, cuisine ouverte sur le salon... Pourtant, l'accueil sera plutôt frileux. D'abord en raison de la lenteur des travaux. Ensuite, en raison de l'utilisation du béton, omniprésent, et de l'uniformité des immeubles. (…)

Longtemps sous-estimé, et même décrié par les partisans d'une architecture moderne (à commencer par Le Corbusier), Le Havre version Perret bénéficiera d'une reconnaissance tardive à partir des années 1990. La consécration viendra en 2005, avec l'inscription au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, qui salue alors « un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre  ».

Source : https://www.lesechos.fr/2013/08/la-reconstruction-du-havre-1098857

 

 

Document 3 : Gdansk. Perle de la mer Baltique par Le Télégramme.fr, 02/07/2004

 Ville millénaire au passé glorieux et symbole du soulèvement contre le communisme, Gdansk est un concentré d'histoire ancienne et d'histoire en marche. Elle est située près des plages de la Baltique. (…)  Visiter Gdansk est une promenade dans un passé riche et parfois douloureux. «Il y a encore 20 ans, dès que deux ou trois copains discutaient sur le trottoir devant un magasin, une queue se formait derrière eux dans l'espoir qu'il y ait quelque chose à acheter ». (…) Aujourd'hui les choses ont bien changé, les Polonais peuvent faire leurs courses dans de luxueux centres commerciaux s'ils en ont les moyens (…) et ils pourront bientôt aller s'installer n'importe où en Europe. Mais ces blessures du passé sont la toile de fond de toute conversation avec les plus de 30 ans qui accueillent d'ailleurs l'entrée dans l'union européenne avec un certain scepticisme (…). 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale (…), les habitants se mobilisent pour reconstruire la ville complètement détruite. (…) Mais plutôt que de reconstruire à l'identique, les architectes fabriquent une vision idéalisée de Gdansk en privilégiant les bâtiments des 16 e et 17 e siècles, l'âge d'or de ce puissant port de commerce à l'embouchure de la Vistule qui s'appelait alors Dantzig. Le résultat, on le voit quand on remonte la voie Royale, ancien passage des rois de Pologne quand ils entraient dans la ville. Entre la Porte d'Or et la Porte Verte, se succèdent des demeures bourgeoises et des édifices publics aux façades roses, jaunes ou bleues surmontées de frontons ornés de sculptures et de statues. La voie Royale s'élargit sur une grande place, le Long Marché, sur laquelle rugit encore la fontaine de Neptune, point de rendez-vous à Gdansk. (…)

Tous les étés, le centre de la vieille ville s'anime pour la foire Saint- Dominique entre le 31 juillet et le 22 août. Cette tradition remontant à 1260 est l'occasion d'admirer brocantes et artisanats locaux. D'ailleurs Gdansk ne manque pas de manifestations estivales pour ses habitants et ses visiteurs. Pendant tout l'été, la ville accueille de nombreux concerts de musique classique (…). Les amateurs d'architecture religieuse feront un détour par l'église Notre-Dame, le plus grand édifice religieux en briques d'Europe, qui abrite une énorme horloge astronomique datant de 1470. Puis ils se rendront par de petites rues ordinaires, bordées d'immeubles tristes et gris, vers les chantiers navals. (…) Avec (…) ses nombreux musées historiques, la ville cultive la mémoire du son passé millénaire et de son histoire récente.

Source : https://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20040702&article=8279956&type=ar


Question 1

En quoi le XXe siècle et les deux guerres mondiales ont changé notre rapport au patrimoine ?

Au XXe siècle, les guerres changent de nature : auparavant menées sur des champs de batailles, celles-ci se font maintenant également en ville, visant civils et bâtiments. Les guerres mondiales constituent donc une nouvelle étape dans les enjeux patrimoniaux. Des destructions massives ont alors lieu sur l’ensemble du territoire. Ce nouveau type de destruction est lié aussi à la nouvelle puissance de l'artillerie lourde qui traumatise véritablement les populations, d'autant que les obus tirés ne sont pas tombés là par accident : utiliser le patrimoine comme arme de guerre devient un but, car une ville détruite démoralise les civils qui peuvent alors se retourner contre leur gouvernement et gêner son action, voire s’y opposer. Les dégâts causés (document 1) à son cadre de vie participent directement au choc et au traumatisme de la population. Rayer une ville entière de la carte, démonstration de puissance utilisée par tous les belligérants, est le signe de ce qu'on a appelé la brutalisation de la guerre, c'est-à-dire une violence accrue de ces épisodes guerriers. Le Havre (document 1 et 2), par sa position stratégique, a ainsi été anéantie durant la Seconde Guerre Mondiale, bombardée successivement par les allemands en 1940 puis en 1944 par les alliés.

Question 2

Quels sont les deux choix de reconstruction que les villes après guerres ont pu faire ?

Une fois la guerre terminée, vient le temps de la reconstruction. Les États et les villes vont se positionner différemment dans les choix de reconstruction : deux solutions s'offrent à elles. La première, celle de la restitution, c'est-à-dire reconstruire à l'identique la ville que l'on a connue. C’est le parti pris utilisé à Gdansk en Pologne, où on a reconstruit une ville hanséatique avec des maisons à pignons (document 3). La deuxième solution, celle de la modernisation, comme dans la ville du Havre (document 2) où Auguste Perret, pionnier de l’utilisation du béton (dès 1913), a innové avec une quasi industrialisation de l’emploi du béton armé au service d’un fonctionnalisme pondéré dans un soucis de reconstruction rapide et à bas coût.

Autant de cas de restitutions que de modernisations sont observés en Europe après la guerre.

Question 3

En quoi la reconstruction du Havre est-elle un succès ?

Le Havre a fait le choix de la modernisation (document 2). En effet, la ville, après la Seconde Guerre mondiale, sera le terrain d’expérimentation et d’innovation architecturales. Les villes se veulent plus hygiénistes, avec plus de lumière : Auguste Perret construira donc des îlots d'habitation comportant des bâtiments de hauteur différente pour laisser passer la lumière. La nécessité de reconstruire rapidement a également démocratisé des nouveaux matériaux de construction, tel que le béton armé. Face aux tenants d’un fonctionnalisme pur et dur, incarné par Le Corbusier, il défend une architecture inscrite dans l’histoire, réhabilitant un vocabulaire classique réinterprété par un fonctionnalisme raisonné. Malgré l’accueil peu enthousiaste de ces constructions nouvelles, dont il ne verra pas l’achèvement, critiquées pour leur froideur moderniste par les usagers et pour leur classicisme désuet par les architectes, aujourd’hui, le centre-ville reconstruit du Havre est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 2005, qui salue alors « un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre fondé sur l’unité de méthodologie et le recours à la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame modulaire, et l’exploitation novatrice du potentiel du béton».

Question 4

En quoi la reconstruction de Gdansk est-elle un succès ?

Gdansk en Pologne a fait le choix de la restitution. Elle a donc voulu reconstruire à l’identique cette ville, mais à l’époque de son âge d’or idéalisé (document 3). La ville hanséatique avec des maisons à pignons a connu, grâce à sa reconstruction, un nouveau souffle économique. Cette architecture singulière a permis de relancer l’activité touristique dans la ville, où se déroulent de nombreux évènements et manifestations artistiques l’été. Cette restitution est donc un succès puisqu’aujourd’hui la ville est devenue très touristique et constitue une étape importante dans les croisières en mer Baltique.

La reconstruction de Gdansk qui s’appuie sur une imitation des modèles architecturaux anciens, ressuscitant pour le peuple polonais les plus belles heures de son passé, a gagné son pari de faire de cette ville néo-historique d’être plébiscitée par ses habitants et d’être devenue un lieu touristique économiquement incontournable.