Cours Stage - Inégalités et justice sociale

Exercice - La doctrine de la justice sociale de Vilfredo Pareto

L'énoncé

Document 1 : Vilfredo Pareto

Vilfredo Pareto (1848 – 1923) est un économiste et sociologue italien. Il doit sa notoriété dans le domaine des sciences économiques à sa théorie sur l’Optimum (de Pareto) et à son apport aux statistiques avec la loi de Pareto.

Né en France mais d’origine italienne, Vilfredo Pareto a entamé des études d’ingénieur à l’Ecole Polytechnique de Turin (Italie). Ses études le conduiront néanmoins à s’intéresser plus particulièrement à l’économie et la sociologie. Grand admirateur de Walras, il lui succède à l’Ecole de Lausanne où il enseignera l’économie politique jusqu’à la fin de sa vie.

L’optimum de Pareto (1896, 1909)

Pareto fait partie des grands théoriciens néoclassiques. Son approche originale de la notion d’utilité (c’est-à-dire de la satisfaction des individus) le pousse à développer une théorie permettant de trouver une situation qui puisse satisfaire l’ensemble des individus. Il développe ainsi le concept d’optimum de Pareto. Cet optimum est défini comme une situation dans laquelle on ne peut améliorer la satisfaction d’un individu sans réduire la satisfaction d’une autre personne.

Il s’agit donc essentiellement d’un critère d’efficience, puisque dans cette situation, tout le monde maximise sa satisfaction compte tenu de ce que font les autres. Pour autant, si cette situation est optimale au plan économique, elle ne relève pas forcément d’une situation juste (ou équitable). Par exemple, si une seule personne possède toutes les ressources, il s’agit quand même d’un optimum de Pareto car cette personne ne voudra rien céder pour améliorer la satisfaction des autres.

La distribution de Pareto ou « la loi des 80 – 20 »

L’étude sociologique des inégalités de revenus en Italie par Pareto l’a amené à un constat : 20% de la population italienne détenait 80% des richesses. Bien plus qu’une observation ponctuelle, il s’agit en fait d’une régularité statistique que l’on observe dans de nombreux domaines. Par exemple, en économie, on observe qu’environ 80% des richesses mondiales sont détenues par 20% de la population.

En management, dans les compagnies aériennes, près de 20% des passagers représentent 80% du chiffre d'affaires. De même pour les impôts, 80% des recettes fiscales sont le fait des cotisations de 20% des citoyens imposables. Cette régularité statistique est par conséquent très utile à la prise en compte des différences entre les individus, afin d’adapter au mieux la mise en œuvre d’une politique publique ou d’une stratégie d’entreprise.

Source : ministère de l'Économie, https://www.economie.gouv.fr/facileco/vilfredo-pareto

 

Document 2 : L'optimum de Pareto

LA THÉORIE aujourd'hui dominante en économie, enseignée sous le nom de théorie néoclassique, et dénoncée rituellement sous le nom de libéralisme tantôt néo, tantôt ultra, a connu son apogée il y a un siècle, en 1906, avec la parution du Manuel d'économie politique de Pareto.

Vilfredo Frederico Samoso, marquis de Pareto, naît le 15 juillet 1848 à Paris, où vit son père, expulsé de Gênes pour activisme républicain. Après des études à l'Institut polytechnique de Turin, Pareto devient ingénieur. Deux échecs comme candidat libéral à la Chambre italienne en 1880 et 1882, la lecture des économistes Cournot et Edgeworth, une correspondance nourrie avec Léon Walras et un héritage qui le met à l'abri du besoin réorientent sa vie. Il se fait chercheur en sciences sociales et succède à Walras à la chaire d'économie politique de Lausanne en 1893. Son apport aux travaux de son prédécesseur porte sur trois sujets.

Le premier concerne la méthode. Il distingue deux approches de l'économie : l'économie pure, d'une part, c'est-à-dire la théorie mathématisée dont l'exemple le plus abouti est le modèle d'équilibre concurrentiel, auquel Pareto donne le nom d'"équilibre général walrasien" ; l'économie appliquée, d'autre part, qui repose sur l'analyse statistique de la réalité conduisant à la validation de l'économie pure et à l'énoncé de lois empiriques. L'une de celles-ci est entrée dans l'histoire sous le nom de loi de Pareto, ou loi des 20/80. En 1875, Pareto établit que 20 % de la clientèle d'un magasin fournit 80 % du chiffre d'affaires. Qui plus est, 20 % des vendeurs réalisent 80 % des ventes... La loi de Pareto énonce ainsi que, dans les phénomènes sociaux, 20 % des causes expliquent 80 % des effets.

Le deuxième sujet sur lequel Pareto s'est investi est la légitimation politique de l'économie de marché, en démontrant que l'équilibre walrasien correspond à une répartition optimale de la production. Pour ce faire, il commence par définir l'optimalité. Dans la tradition utilitariste, la meilleure situation sociale possible est celle dans laquelle le bien-être collectif, qui est la somme des satisfactions individuelles, est maximal. Mais, rappelle Pareto, pour additionner des quantités, il faut qu'elles soient de même nature. Pour qu'on puisse calculer un bien-être collectif, il faudrait donc que les satisfactions individuelles soient de même nature. Or il n'y a pas d'étalon de mesure du plaisir. Les hiérarchies que l'on peut faire en économie ne sont pas interpersonnelles mais intrapersonnelles : un individu donné peut comparer deux biens, mais on ne peut pas comparer les satisfactions de deux individus.

Cela conduit Pareto à identifier deux types de situations : d'abord celles où l'on peut accroître la satisfaction de chacun en redistribuant les biens. Puisque la redistribution, via l'échange sur un marché ou une action de l'Etat, apporte à chacun une amélioration, la situation initiale n'était pas optimale. Il y a ensuite celles où, en revanche, toute modification de la répartition des biens diminue la satisfaction d'au moins une personne. Même si la perte de cette personne peut paraître négligeable, Pareto affirme qu'on ne peut pas considérer que la nouvelle situation est meilleure que la précédente. Une situation initiale, qu'il est impossible de modifier sans détériorer la position de quelqu'un, est un optimum de Pareto. Des calculs complexes montrent que l'équilibre walrasien fait partie des optima de Pareto.

Le troisième apport de Pareto porte sur la sociologie. En 1916, il publie un Traité de sociologie générale de plus de 1 800 pages. On y trouve notamment une défense et illustration du rôle des élites, ainsi que des considérations désabusées sur leur fragilité. Il s'est éloigné du libéralisme de sa jeunesse et c'est en compagnon de route, certes réticent, du fascisme qu'il meurt le 19 août 1923.

Source : Jean-Marc Daniel, Le Monde, https://www.lemonde.fr/talents-fr/article/2006/06/12/l-optimum-de-pareto-chronique_782201_3504.html


Question 1

A partir des documents, expliquer de quelle doctrine de la justice sociale vue en cours Vilfredo Pareto se rapproche.

Vilfredo Pareto, économiste et sociologue italien, est un penseur de l'utilitarisme. Il cherche moins l'égalité que le bien-être maximal de la société prise dans son ensemble, même si cela doit passer par de l'inégalité sociale.

Question 2

Donner un exemple d'une situation "optimale" au sens de Pareto, mais foncièrement injuste.

Selon Pareto, est "optimale" une situation dans laquelle le bonheur de tous les agents peut être améliorer sans que le bien-être d'un seul agent ne soit impacté négativement. Ainsi, l'accumulation des richesses par un seul individu est un optimum de Pareto, car si on retire ne serait-ce que quelques euros à l'individu qui possède les richesses pour les distribuer à d'autres, son bien-être en serait quelque peu réduit.

Question 3

A partir de la situation précédente, présenter un changement qui pourrait induire que la situation n'est plus optimale au sens de Pareto.

Pour que ceux qui ne possèdent rien voient leur bien-être s'améliorer sans que le bien-être de celui qui possède tout soit impacté, il faut que de nouvelles richesses à redistribuer soient créées. Si on applique cela à l'échelle d'un pays, si on veut augmenter le budget d'un ministère sans toucher le budget d'aucun autre secteur, il faut que la quantité d'impôts récoltée augmente, et donc que la production augmente.

Question 4

Comment expliquer qu'une situation "optimale" au sens de Pareto ne le soit pas forcément pour la doctrine utilitaire ?

L'utilitarisme prend en compte le bien-être global de la société, alors que l'optimum de Pareto se base sur la somme des intérêts individuels. Or, l'intérêt de la société dépasse la somme des intérêts particuliers. En effet, on sait que donner 10 euros à quelqu'un qui en gagne 100 apporte un surcroit de bonheur plus important que de donner 10 euros à quelqu'un qui en gagne 1 000. Il est par ailleurs démontré que de fortes inégalités sociales nuisent au bien-être global de la société.

Question 5

Rappeler les caractéristiques de la vision utilitaire de la justice sociale.

Le courant utilitariste considère que la société est juste dès lors que l’on vise à maximiser le bien-être de la société. On se focalise moins sur les individus mais davantage sur le bien-être global de la société dans son ensemble. Cela fait moins écho aux différentes formes de l’égalité. Néanmoins, l’utilitarisme en tant que courant philosophique a jeté les bases d'une réflexion sur la répartition des ressources économiques au sein des sociétés démocratiques. Le philosophe Jérémy Bentham en est le principal fondateur.