Cours Stage - Les acteurs liés à la question environnementale

Exercice - La place de la question environnementale dans le débat public

L'énoncé

Document : La place de la question environnementale dans le débat public

Depuis plus de trente ans, l’environnement ne cesse d’entrer en politique. C’est en effet au début des années 1960 que le thème environnemental commence à prendre place sur la scène publique. Le naufrage du Torrey Canyon (18 mars 1967) inaugure l’ère des grandes catastrophes environnementales en affichant pour la première fois l’image symbolique d’un oiseau de mer englué dans le pétrole. Le long conflit autour du parc de la Vanoise, créé en 1963 et rapidement menacé par des projets de tourisme industriel, donne l’exemple d’une vaste mobilisation des acteurs de l’environnement pour ce que l’on ne nommait pas encore la sauvegarde de la biodiversité. Du 5 au 16 juin 1972 se tient à Stockholm la première conférence des Nations Unies sur l’environnement. La même année est publié à la demande du Club de Rome un rapport rédigé par une équipe du Massachusetts Institute of Technology, « The limits to growth » [Delaunay, 1972], qui déclenche dans la presse internationale et française un vaste débat entre partisans et adversaires d’une modération de la croissance économique destinée à économiser les ressources et à épargner l’environnement.

Les années d’hésitation : l’environnement est-il un « problème public » ?

L’analyse des politiques publiques [Boussaguet et al., 2004] enseigne qu’une question devient à proprement parler un « problème public » lorsque des entrepreneurs politiques l’ont prise en charge, que l’on constate qu’il y a un état de fait qui pourrait et devrait être amélioré grâce à l’action publique et qu’enfin le problème en question a pu être mis à l’agenda des politiques publiques. À quel moment ces conditions ont-elles été réunies en ce qui concerne l’environnement ? Parfois très précocement, contrairement à certaines idées reçues. En 1974, un petit groupe de militants de l’environnement imagine de faire entrer l’écologie dans la campagne électorale de l’élection présidentielle en demandant à René Dumont, agronome engagé dans le développement des pays émergents, de présenter sa candidature. La modestie du score obtenu par le candidat écologiste (1,3 %) ne doit pas faire oublier que, pour la première fois, les enjeux écologistes sont évoqués dans une campagne électorale nationale. Cette première occasion fera date : par la suite, aucune élection nationale ou locale ne se déroulera sans que des écologistes n’y prennent part. (...)

Même s’il n’est pas un thème majeur de conflit ou de concurrence dans le champ politique, l’environnement a fait son chemin au niveau de l’État. Tout a commencé dans les années 1960 lorsqu’une fraction du milieu administratif et politique marque un intérêt pour ces nouveaux enjeux et tente de les intégrer dans le champ politique. C’est au sein de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) qu’un premier groupe de travail réunissant des hauts fonctionnaires (notamment Serge Antoine, conseiller à la Cour des comptes) est créé. En 1970, un premier rapport proposera « cent mesures pour l’environnement ». Le rapport préparatoire au 9e plan (1971-1975) se fait l’écho de ces préoccupations. Enfin, en janvier 1971, le premier ministère de la Protection de la nature et de l’environnement est créé et confié à Robert Poujade, député UNR et maire de Dijon [Poujade, 1975]. Depuis cette période initiale, les différents ministères de la cinquième République intégreront tous, avec des intitulés et des champs de compétences assez variables, un « ministère chargé de la protection de l’environnement ». (...)

À cette indécision des élites politiques correspondait dans la société une difficulté du grand public à appréhender concrètement l’enjeu environnemental. Certes, les enquêtes par sondage le montrent, la société a été alertée assez précocement des dangers induits par un développement scientifique, technique et industriel mal maîtrisé [Boy, 1999]. Dès la fin des années 1960, les problèmes liés à la pollution du milieu naturel deviennent un thème fréquent de la presse de grande diffusion. Les premiers conflits nés des usages concurrentiels du milieu naturel génèrent des campagnes de presse qui alertent le grand public : la pollution des cours d’eau est dénoncée par les associations de pêcheurs, les multiples pollutions industrielles sont évoquées, les premiers accidents industriels font la une des journaux (marées noires, désastres technologiques etc.). Toutefois, la société ne dispose pas d’un système d’interprétation global de ces événements : la pollution demeure un épiphénomène, un défaut du système industriel qu’il convient de corriger sans que soient véritablement mises en question les logiques d’ensemble qui gouvernent le fonctionnement du productivisme. (...)

Parallèlement à ce mouvement de prise de conscience quelque peu chaotique de la société, les associations de défense de l’environnement se développent : en 1968 se crée la Fédération nationale des sociétés de protection de la nature, aujourd’hui France nature environnement, qui fédère les principales associations de défense de l’environnement. En 1970, Alain Hervé fonde le groupe français des « Amis de la Terre ». Mais en France, les associations mettront longtemps à monter en puissance et surtout, elles auront bien des difficultés à s’affirmer comme des partenaires légitimes des pouvoirs publics dans les négociations autour des enjeux de l’environnement.

Les années récentes : l’affirmation de l’urgence environnementale

(...) Il est aujourd’hui difficile d’évaluer précisément les progrès effectués par les élites politiques dans la prise de conscience de l’urgence environnementale. Toutefois, certains signes donnent à penser que des évolutions majeures ont eu lieu. L’exemple de la campagne de l’élection présidentielle de 2007 est de ce point de vue très éclairant. L’intervention dans la campagne électorale d’associations de défense de l’environnement ne constitue pas à proprement parler une nouveauté : à plusieurs reprises depuis les années 1980, les associations ont cherché à faire pression sur des candidats lors de campagnes électorales pour promouvoir les enjeux environnementaux. Mais ces tentatives n’ont généralement pas connu de succès notable. L’entreprise montée par Nicolas Hulot et ses alliés lors de la campagne présidentielle de 2007 est d’une ampleur inégalée. Elle bénéficie d’abord de la notoriété de son promoteur principal, animateur d’émissions de télévision appréciées du grand public. Elle est favorisée par le réseau d’amitiés qu’a su construire Nicolas Hulot, en particulier avec et dans l’entourage du précédent Président de la République, Jacques Chirac, dont la fin de mandat a été marquée par des déclarations remarquées en faveur de politiques environnementales audacieuses. Dans un contexte où l’on pressent que l’environnement peut être un enjeu important de la campagne électorale, la menace d’une candidature surprise de Nicolas Hulot dont nul ne peut évaluer les conséquences électorales réelles aboutit au but recherché : convaincre les principaux partis qu’il est de leur intérêt de marquer leur allégeance à l’environnement en venant signer publiquement le pacte écologiste rédigé par Nicolas Hulot et ses alliés. Parallèlement à cette opération, les associations convainquent le futur vainqueur de l’élection Présidentielle de mettre en œuvre une procédure nouvelle, un « Grenelle de l’environnement » qui serait à l’environnement ce que le Grenelle de 1968 a été au social, une négociation d’ensemble entre l’État et des partenaires sociaux jugés légitimes à représenter les intérêts de la société.

Et de fait, quelques mois plus tard, le Grenelle s’engage. Sans préjuger aujourd’hui de ses effets concrets sur les politiques d’environnement, il constitue cependant une indéniable novation politique : l’intervention au plus haut niveau d’acteurs sociaux représentants des intérêts et des compétences et définissant les grandes lignes d’une nouvelle politique de développement durable. (...)

Source : Daniel Boy, dans Regards croisés sur l'économie 2009/2 (n° 6), cairn.info.


Question 1

Présenter le document.

Ce texte est un article de Daniel Boy intitulé "La place de la question environnementale dans le débat public", publié en février 2009 dans le livre Regards croisés sur l'économie n°6. Il traite de l'évolution de la politique environnementale au cours des années.

Question 2

Repérer les agents économiques liés à la question environnementale cités dans ce document.

Les pouvoirs publics : "Nations Unies", "le Parlement européen", "le ministère de l'Environnement", etc.

Les médias : "la presse internationale et française", "presse de grande diffusion".

Les mouvements citoyens : "un petit groupe de militants de l'environnement".

Les partis politiques : "René Dumont", "les Verts".

Les groupes d'intérêts/les ONG : "les Amis de la Terre", "France nature environnement".

Les entreprises : "système industriel".

Il y a 6 agents différents.

Question 3

Pour chaque agent repéré dans la question précédente, rappeler leur rôle.

Les pouvoirs publics : mettre en place des réglementation, des taxes et subventions, promouvoir publiquement des bonnes pratiques.

Les médias : informer le grand public, révéler des problématiques liés à l'environnement.

Les mouvements citoyens : influencer l'opinion publique et le pouvoir.

Les partis politiques : conquérir et exercer le pouvoir (cf. les pouvoirs publics), apporter des solutions au quotidien.

Les groupes d'intérêts/les ONG : faire pression et agir sur le pouvoir, rôle d'expertise.

Les entreprises : se soumettre aux législations environnementales, s'engager pour le "business vert", proposer des solutions pour les consommateurs.

Question 4

Quelles sont les deux logiques évoquées concernant les liens entre les différents agents ?

On passe d'une logique de conflits dans les années 1970 ("un vaste débat entre partisans et adversaires d’une modération de la croissance économique destinée à économiser les ressources et à épargner l’environnement") à une logique de coopération plus récemment ("on parle aujourd’hui plus ouvertement de « croissance verte », de compatibilité entre maintien des niveaux de vie et soutenabilité du développement").

Question 5

Quel exemple d'une logique de coopération réussie entre agents est donnée ?

Avant l'élection présidentielle de 2007, Nicolas Hulot, militant écologiste, a convaincu les principaux candidats à s'engager à mener un "grenelle de l'environnement" s'ils étaient élus. A la suite de son élection, Nicolas Sarkozy, issu de la droite qui n'est traditionnellement pas pionnière en matière d'écologique, a tenu promesse. Cela a aboutit et montre un exemple réussi de coopération entre les groupes d'intérêt et les pouvoirs publics.

Cela concerne Nicolas Hulot.