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LA COMÉDIE

Exercice - L'Avare



L'énoncé

L'Avare, Acte V, scène 3, Molière, 1668

VALÈRE, HARPAGON, LE COMMISSAIRE, son CLERC, MAÎTRE JACQUES.

 

HARPAGON.- Approche. Viens confesser l’action la plus noire, l’attentat le plus horrible, qui jamais ait été commis.

VALÈRE.- Que voulez-vous, Monsieur ?

HARPAGON.- Comment, traître, tu ne rougis pas de ton crime ?

VALÈRE.- De quel crime voulez-vous donc parler ?

HARPAGON.- De quel crime je veux parler, infâme, comme si tu ne savais pas ce que je veux dire. C’est en vain que tu prétendrais de le déguiser. L’affaire est découverte, et l’on vient de m’apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté, et s’introduire exprès chez moi pour me trahir ? pour me jouer un tour de cette nature ?

[...]

VALÈRE.- Appelez-vous cela un vol ?

HARPAGON.- Si je l’appelle un vol ? Un trésor comme celui-là.

VALÈRE.- C’est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre, que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et pour bien faire, il faut que vous me l’accordiez.

HARPAGON.- Je n’en ferai rien. Qu’est-ce à dire cela ?

VALÈRE.- Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.

HARPAGON.- Le serment est admirable, et la promesse plaisante !

VALÈRE.- Oui, nous nous sommes engagés d’être l’un à l’autre à jamais.

HARPAGON.- Je vous en empêcherai bien, je vous assure.

VALÈRE.- Rien que la mort ne nous peut séparer.

HARPAGON.- C’est être bien endiablé après mon argent.

VALÈRE.- Je vous ai déjà dit, Monsieur, que ce n’était point l’intérêt qui m’avait poussé à faire ce que j’ai fait. Mon cœur n’a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m’a inspiré cette résolution.

HARPAGON.- Vous verrez que c’est par charité chrétienne qu’il veut avoir mon bien ; mais j’y donnerai bon ordre ; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.

VALÈRE.- Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu’il vous plaira ; mais je vous prie de croire, au moins, que s’il y a du mal, ce n’est que moi qu’il en faut accuser, et que votre fille en tout ceci n’est aucunement coupable.

HARPAGON.- Je le crois bien, vraiment ; il serait fort étrange que ma fille eût trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me confesses en quel endroit tu me l’as enlevée.

VALÈRE.- Moi ? je ne l’ai point enlevée, et elle est encore chez vous.

HARPAGON.- Ô ma chère cassette ! Elle n’est point sortie de ma maison ?

VALÈRE.- Non, Monsieur.

HARPAGON.- Hé, dis-moi donc un peu ; tu n’y as point touché ?

VALÈRE.- Moi, y toucher ? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu’à moi ; et c’est d’une ardeur toute pure et respectueuse, que j’ai brûlé pour elle.

HARPAGON.- Brûlé pour ma cassette !

VALÈRE.- J’aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante. Elle est trop sage et trop honnête pour cela.

HARPAGON.- Ma cassette trop honnête !

VALÈRE.- Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n’a profané la passion que ses beaux yeux m’ont inspirée.

HARPAGON.- Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d’elle, comme un amant d’une maîtresse.

VALÈRE.- Dame Claude, Monsieur, sait la vérité de cette aventure, et elle vous peut rendre témoignage...

HARPAGON.- Quoi, ma servante est complice de l’affaire ?

VALÈRE.- Oui, Monsieur, elle a été témoin de notre engagement ; et c’est après avoir connu l’honnêteté de ma flamme, qu’elle m’a aidé à persuader votre fille de me donner sa foi, et recevoir la mienne.

[...]


  • Question 1

    Comment appelle-t-on la situation propre à la comédie qui apparaît dans cette scène ? Résumer la situation en une phrase.

  • Question 2

    Pourquoi cette discussion est-elle comique ?

  • Question 3

    Relever la phrase où l'on comprend exactement de quoi parle Harpagon depuis le début.

  • Question 4

    Relever la phrase où l'on comprend de quoi parle Valère depuis le début.

  • Question 5

    Comment le comique est-il utilisé dans ce passage et quel est l'effet produit ?

     

    VALÈRE.- Moi, y toucher ? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu’à moi ; et c’est d’une ardeur toute pure et respectueuse, que j’ai brûlé pour elle.

    HARPAGON.- Brûlé pour ma cassette !

    VALÈRE.- J’aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante. Elle est trop sage et trop honnête pour cela.

    HARPAGON.- Ma cassette trop honnête !

    VALÈRE.- Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n’a profané la passion que ses beaux yeux m’ont inspirée.

    HARPAGON.- Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d’elle, comme un amant d’une maîtresse.

     

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