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LE ROUGE ET LE NOIR, STENDHAL

Exercice - Stendhal et Balzac



L'énoncé

Le Rouge et le Noir, Stendhal, 1830

Cet extrait du chapitre IV du roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir, fait paraître pour la première fois le héros, Julien Sorel. Fils d'un charpentier brutal, il étudie le latin dans la perspective d'entrer au séminaire pour faire une carrière ecclésiastique, après avoir perdu foi en l’armée dans sa quête de réussite sociale. Son portrait est dressé au moment où son père vient lui annoncer que M. de Rênal, le maire du village, souhaite l'engager comme précepteur de ses enfants.

– Réponds-moi sans mentir, si tu le peux, chien de lisard ; d’où connais-tu madame de Rênal, quand lui as-tu parlé ?

– Je ne lui ai jamais parlé, répondit Julien, je n’ai jamais vu cette dame qu’à l’église.

– Mais tu l’auras regardée, vilain effronté ?

– Jamais ! Vous savez qu’à l’église je ne vois que Dieu, ajouta Julien, avec un petit air hypocrite, tout propre, selon lui, à éloigner le retour des taloches.

– Il y a pourtant quelque chose là-dessous, répliqua le paysan malin, et il se tut un instant ; mais je ne saurai rien de toi, maudit hypocrite. Au fait, je vais être délivré de toi, et ma scie n’en ira que mieux. Tu as gagné M. le curé ou tout autre, qui t’a procuré une belle place. Va faire ton paquet, et je te mènerai chez M. de Rênal, où tu seras précepteur des enfants.

– Qu’aurai-je pour cela ?

– La nourriture, l’habillement et trois cents francs de gages.

– Je ne veux pas être domestique.

– Animal, qui te parle d’être domestique, est-ce que je voudrais que mon fils fût domestique ?

– Mais, avec qui mangerai-je ?

Cette demande déconcerta le vieux Sorel, il sentit qu’en parlant il pourrait commettre quelque imprudence ; il s’emporta contre Julien, qu’il accabla d’injures, en l’accusant de gourmandise, et le quitta pour aller consulter ses autres fils.

Julien les vit bientôt après, chacun appuyé sur sa hache et tenant conseil. Après les avoir longtemps regardés, Julien, voyant qu’il ne pouvait rien deviner, alla se placer de l’autre côté de la scie, pour éviter d’être surpris. Il voulait penser à cette annonce imprévue qui changeait son sort, mais il se sentit incapable de prudence ; son imagination était tout entière à se figurer ce qu’il verrait dans la belle maison de M. de Rênal. (…)

Cette horreur pour manger avec des domestiques n’était pas naturelle à Julien, il eût fait, pour arriver à la fortune, des choses bien autrement pénibles. Il puisait cette répugnance dans les Confessions de Rousseau. C’était le seul livre à l’aide duquel son imagination se figurait le monde. Le recueil des bulletins de la grande armée et le Mémorial de Sainte-Hélène complétaient son Coran. Il se serait fait tuer pour ces trois ouvrages. Jamais il ne crut en aucun autre. D’après un mot du vieux chirurgien-major, il regardait tous les autres livres du monde comme menteurs, et écrits par des fourbes pour avoir de l’avancement.

Avec une âme de feu, Julien avait une de ces mémoires étonnantes si souvent unies à la sottise. Pour gagner le vieux curé Chélan, duquel il voyait bien que dépendait son sort à venir, il avait appris par coeur tout le Nouveau Testament en latin ; il savait aussi le livre du Pape de M. de Maistre et croyait à l’un aussi peu qu’à l’autre.

 

Le Père Goriot, Balzac, 1835

Cet extrait est situé à la fin du roman et décrit la scène de l’enterrement du Père Goriot, un vieil homme aimant ses deux filles au point de s’être ruiné pour elles. Malgré cela, le vieil homme meurt seul et ces deux enfants ne viennent pas même le visite avant son décès. Eugène Rastignac, provincial en quête de réussite et de fortune, touché par sa grandeur lors de son arrivée à Paris, se rend à l’enterrement et constate la cruauté de la vie parisienne et mondaine. Il n’y a pas de reconnaissance pour la grandeur d’âme mais seulement pour le titre et la réussite sociale.

Les deux prêtres, l'enfant de choeur et le bedeau vinrent et donnèrent tout ce qu'on peut avoir pour soixante-dix francs dans une époque où la religion n'est pas assez riche pour prier gratis. Les gens du clergé chantèrent un psaume, le Libera, le De profundis. Le service dura vingt minutes. Il n'y avait qu'une seule voiture de deuil pour un prêtre et un enfant de choeur, qui consentirent à recevoir avec eux Eugène et Christophe.

- Il n'y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite, afin de ne pas nous attarder, il est cinq heures et demie.

Cependant, au moment où le corps fut placé dans le corbillard, deux voitures armoriées, mais vides, celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen, se présentèrent et suivirent le convoi jusqu'au Père-Lachaise. A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l'argent de l'étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien, il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un coeur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages, et, le voyant ainsi, Christophe le quitta.

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses: "A nous deux maintenant!"

Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.

 


  • Question 1

    Quel est le point de vue du narrateur dans les deux textes ? Quel est l’effet recherché ?

  • Question 2

    Qui sont les personnages présents ou évoqués dans les deux textes ? Quels sont leurs métiers, titres ? En quoi cela est-il représentatif du roman réaliste ?

  • Question 3

    Quel est le ton du narrateur dans les deux textes ? Quel effet cela produit-il ?

  • Question 4

    Réfléchissez sur le sentiment exprimé dans ces deux phrases :

    «Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien, il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. »

    « Cette horreur pour manger avec des domestiques n’était pas naturelle à Julien, il eût fait, pour arriver à la fortune, des choses bien autrement pénibles. Il puisait cette répugnance dans les Confessions de Rousseau. »

    En quoi ce sentiment correspond-t-il aux caractéristiques du personnage réaliste présent chez Balzac et Stendhal ? Appuyez-vous sur les champs lexicaux de ces deux citations, complétez par des éléments des deux textes.

  • Question 5

    Quel type de personnage courant au XIXe siècle est mis en avant dans ces deux extraits ? Quels en sont les caractéristiques ? Expliquez en citant le texte.

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