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ANNALE - QUESTION DE CORPUS : L'ÉVOCATION DE LA MER

Exercice d'application


Écriture poétique et quête du sens

  • Exercice : Question de corpus - Annale Bac

    Vous répondrez à la question posée en vous appuyant avec précision sur les quatre textes du corpus :

    Selon vous, que veulent exprimer les poètes à travers l’évocation de la mer ?

     

    Texte 1 : Joachim Du Bellay, « Comme le marinier... », Les Regrets, 1558.

    Comme le marinier, que le cruel orage

    A longtemps agité dessus la haute mer,

    Ayant finalement à force de ramer

    Garanti son vaisseau du danger du naufrage,

     

    Regarde sur le port, sans plus craindre la rage

    Des vagues ni des vents, les ondes écumer :

    Et quelqu'autre bien loin au danger d'abîmer

    En vain tendre les mains vers le front du rivage :

     

    Ainsi, mon cher Morel, sur le port arrêté

    Tu regardes la mer, et vois en sûreté,

    De mille tourbillons son onde renversée :

     

    Tu la vois jusqu'au ciel s'élever bien souvent,

    Et vois ton Du Bellay à la merci du vent

    Assis au gouvernail dans une nef percée.

     

     

    Texte 2 : Charles Baudelaire, « Déjà ! », Le Spleen de Paris, 1869.

    Cent fois déjà le soleil avait jailli, radieux ou attristé, de cette cuve immense de la mer dont les bords ne se laissent qu'à peine apercevoir ; cent fois il s'était replongé, étincelant ou morose, dans son immense bain du soir. Depuis nombre de jours, nous pouvions contempler l'autre côté du firmament, et déchiffrer l'alphabet céleste des antipodes1. Et chacun des passagers gémissait et grognait. On eût dit que l'approche de la terre exaspérait leur souffrance. « Quand donc », disaient-ils, « cesserons-nous de dormir un sommeil secoué par la lame, troublé par un vent qui ronfle plus haut que nous ? Quand pourrons-nous manger de la viande qui ne soit pas salée comme l'élément infâme qui nous porte ? Quand pourrons-nous digérer dans un fauteuil immobile ? »

    Il y en avait qui pensaient à leur foyer, qui regrettaient leurs femmes infidèles et maussades et leur progéniture criarde. Tous étaient si affolés par l'image de la terre absente, qu'ils auraient, je crois, mangé de l'herbe avec plus d'enthousiasme que les bêtes.

    Enfin un rivage fut signalé, et nous vîmes, en approchant, que c'était une terre magnifique, éblouissante. Il semblait que les musiques de la vie s'en détachaient en un vague murmure, et que de ces côtes, riches en verdures de toutes sortes, s'exhalait, jusqu'à plusieurs lieues, une délicieuse odeur de fleurs et de fruits.

    Aussitôt chacun fut joyeux, chacun abdiqua2 sa mauvaise humeur. Toutes les querelles furent oubliées, tous les torts réciproques pardonnés ; les duels convenus furent rayés de la mémoire, et les rancunes s'envolèrent comme des fumées.

    Moi seul j'étais triste, inconcevablement triste. Semblable à un prêtre à qui on arracherait sa divinité, je ne pouvais, sans une navrante amertume, me détacher de cette mer si monstrueusement séduisante, de cette mer si infiniment variée dans son effrayante simplicité, et qui semble contenir en elle et représenter par ses jeux, ses allures, ses colères et ses sourires les humeurs, les agonies et les extases de toutes les âmes qui ont vécu, qui vivent et qui vivront !

    En disant adieu à cette incomparable beauté, je me sentais abattu jusqu'à la mort ; et c'est pourquoi, quand chacun de mes compagnons dit : « Enfin ! » je ne pus crier que : « Déjà! »

    Cependant c'était la terre, la terre avec ses bruits, ses passions, ses commodités, ses fêtes ; c'était une terre riche et magnifique, pleine de promesses, qui nous envoyait un mystérieux parfum de rose et de musc, et d'où les musiques de la vie nous arrivaient en un amoureux murmure.

    1 Le ciel tropical de l’autre hémisphère.

    2 Au sens de « renoncer à ».

     

    Texte 3 : José-Maria de Hérédia, « Les Conquérants », Les Trophées, 1893. LES CONQUÉRANTS

    Comme un vol de gerfauts1 hors du charnier2 natal,

    Fatigués de porter leurs misères hautaines,

    De Palos de Moguer3, routiers4 et capitaines

    Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal

    Que Cipango5 mûrit6 dans ses mines lointaines,

    Et les vents alizés7 inclinaient leurs antennes8

    Aux bords mystérieux du monde occidental.

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

    L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques

    Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

    Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles9,

    Ils regardaient monter en un ciel ignoré

    Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles10.

    1 Oiseau de proie, espèce de grand faucon utilisé au Moyen Âge pour la chasse.
    2 Le nid où ces oiseaux apportent les cadavres de leurs proies.
    3 C’est à Palos, avant-port de Moguer en Andalousie, que Christophe Colomb s’embarqua le 3 août 1492 pour ce qui n’était pas encore « l’Amérique ».
    4 Soldats en quête de butin.
    5 Nom du Japon sur les cartes du Moyen Âge (Colomb en avait fait le but de son expédition).
    6 Selon les alchimistes, les métaux étaient une substance plus ou moins « mûrie » dans le sol, dont l’or constituait l’état le plus parfait.
    7 Vents tropicaux réguliers soufflant d’est en ouest.
    8 Cordages soutenant les voiles.
    9 Vaisseaux portugais à grandes voiles blanches triangulaires.
    10 Les constellations de l’hémisphère austral, comme la Croix du Sud, que les navigateurs découvrent.

     

    Texte 4 : Blaise Cendrars, « Clair de Lune », Feuilles de route, 1924.

    On tangue on tangue sur le bateau

    La lune la lune fait des cercles dans l’eau

    Dans le ciel c’est le mât qui fait des cercles

    Et désigne toutes les étoiles du doigt

     

    Une jeune Argentine accoudée au bastingage

    Rêve à Paris en contemplant les phares qui dessinent la côte de France

    Rêve à Paris qu’elle ne connaît qu’à peine et qu’elle regrette déjà

    Ces feux tournants fixes doubles colorés à éclipses lui rappellent ceux qu’elle voyait de sa fenêtre d’hôtel sur les Boulevards et lui promettent un prompt retour

    Elle rêve de revenir bientôt en France et d’habiter Paris

    Le bruit de ma machine à écrire l’empêche de mener son rêve jusqu’au bout

     

    Ma belle machine à écrire qui sonne au bout de chaque ligne et qui est aussi rapide qu’un jazz

    Ma belle machine à écrire qui m’empêche de rêver à bâbord comme à tribord

    Et qui me fait suivre jusqu’au bout une idée

    Mon idée

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