II. Des sociétés contemporaines de plus en plus sécularisées
A. L’essor de la société industrielle
L’accélération de la sécularisation est liée à l’essor de la société industrielle au XIXe siècle. La société industrielle marque l’apparition du socialisme marxiste avec Marx qui dénonce la religion comme l’opium du peuple et qui propose d’organiser le prolétariat en une classe unique combattant la bourgeoisie.
Le XIXe siècle est également l’époque de la pensée du positivisme ou du scientisme. Une frange de la population croit dans le progrès, dans la science, qui invalide les doctrines religieuses.
C’est ainsi qu’en France, Auguste Comte a forgé sa propre religion, le comtisme, résumé par la formule « ordre et progrès ». Celle-ci postule l’avènement d’un âge positif : celui où l’homme, par l’industrie, par la science et par les techniques, prend son destin en main.
Autre nouveauté introduite par la société industrielle : le consumérisme, nouvelle façon de consommer dans les classes moyennes. On se détache ainsi de la croyance religieuse et du spirituel pour être davantage attaché aux biens matériels, terrestres. C’est ce qui explique le déclin de la foi religieuse dans les sociétés industrielles, même s’il persiste dans ces sociétés certains éléments qui relèvent d’un bain culturel chrétien.
B. Différentes voies de sécularisation
Aux XIXe et XXe siècles, il existe différents rythmes et modes de sécularisation, qui dépendent des pays :
- La France : le processus de sécularisation a été lent et progressif. Il débute lors de la Révolution française qui débouche sur le Concordat, où l'on reconnaît le catholicisme comme religion de la majorité des Français, puis s’achève sur la loi de séparation des églises et de l’État de 1905, soit un siècle plus tard. A ce moment, on passe à une laïcité très forte, à une laïcité militante selon Danièle Hervieu-Léger, qui nie dans l’espace public tout signe ostentatoire de religion et de pratiques religieuses.
- Les États-Unis : la sécularisation a été imposée par le haut, brutalement, autour des Pères Fondateurs (Washington, Jefferson, Madison, etc.) au moment de la Déclaration d’Indépendance et de la Constitution de 1787. C'est une société à la fois laïque, où l’État est séparé des Églises, mais en même temps très religieuse. Eisenhower disait dans les années 1950 « peu importe à quelle église vous appartenez, du moment que vous appartenez à une église ».
- La Turquie est un autre exemple de sécularisation imposée par le haut, avec Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne (années 1920), qui abolit le califat et crée de toute pièce une république laïque, laïcité rimant avec modernité.
Les pays qui ont connu des expériences de communisme ou de socialisme réel, comme la Russie devenue l’URSS en 1922, ou la République populaire de Chine à partir de 1949, ont connu des sécularisations expresses : églises détruites, cultes interdits et prêtres pourchassés. Par exemple, le Dalaï Lama au Tibet, a été chassé de Chine. Le Dalaï Lama incarne au contraire un culte qui n’est absolument pas sécularisé, puisqu’il dispose du pouvoir temporel et spirituel. Le bouddhisme tibétain forme ainsi plutôt une théocratie sans État, puisque le Dalaï Lama est réfugié en Inde.
C. Une nouvelle place pour l’Église catholique
C’est l’Église catholique qui a été la plus touchée dans le monde par ces processus de sécularisation. Celle-ci a obtenu une nouvelle place au cours des XIXe et XXe siècles. Pendant le XIXe siècle, dans un premier temps, l’Église a fortement résisté au processus de sécularisation. En 1864, le syllabus du pape Pie IX dénonce toutes les « erreurs » de la modernité, parmi lesquelles la sécularisation et la laïcité. L’Église catholique n’a évolué que très tardivement, à partir des années 1890.
Elle a parallèlement très mal vécu l’évolution des États pontificaux lors de l’unification italienne. Le pape s’est retrouvé sans État, prisonnier de Rome, et il a fallu attendre les accords de Latran en 1929, signés entre le pape et l’Italie mussolinienne, pour que le pape soit doté d’un tout petit État, le Vatican. Le pape s’est alors trouvé détaché de son pouvoir politique mais il a déployé son influence spirituelle à l’international. L’Église a fini par accepter le processus de sécularisation lors des accords de Latran II dans les années 1960. C’est aussi à ce moment que l’Église catholique finit par accepter la liberté de croyance et de culte, et promeut un dialogue inter-religieux.