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AVANCÉES ET RECULS DE LA DÉMOCRATIE

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Avancées et reculs de la démocratie : le Chili

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En 1970, s’est imposé un gouvernement d’unité populaire dirigé par Salvador Allende. Ce dernier a cherché à construire dans le pays sud-américain en retard de développement une démocratie socialiste. L’expérience a été de courte durée puisqu’elle a été interrompue par un coup d’état militaire mené par le général Pinochet en 1973.

 

I. Salvador Allende et la voie chilienne vers le socialisme

 

Salvador Allende a été un des fondateurs dans les années 1930 du parti socialiste chilien. Il a participé à cette époque au gouvernement de Front populaire de Pedro Aguire Cerda. Puis dans les années 1950 et 1960, il s’est plusieurs fois présenté aux élections présidentielles au Chili en perdant car il n’avait pas réussi à unifier la gauche. Ce qu’il parvient finalement à faire à la fin des années 1960, dans le cadre de l’Unité populaire qui va des communistes jusqu’à la gauche chrétienne centriste et modérée. Cela lui permet de remporter les élections législatives de 1970 et d’être nommé président de la République. Il est porteur d’une sorte de mystique révolutionnaire qui touche alors l’Amérique latine avec un projet de transformation en profondeur du pays afin de lutter contre les inégalités sociales et économiques et dans le but d’installer une démocratie libérale tout en étant socialiste. Faire participer le peuple à ses propres institutions. Pour la première fois en 1970 au sein du gouvernement d’Unité populaire des ouvriers Chiliens sont nommés ministres.

Salvador Allende entend bâtir une voie chilienne vers le socialisme. De quoi s’agit-il ?

De mesures d’urgence car le Chili connaît une profonde crise économique et sociale. Ces mesures d’urgence sont destinées au peuple avec par exemple la création d’une sécurité sociale ou alors le relèvement des salaires notamment celui des ouvriers.

Un effort éducatif avec près de 55 000 volontaires dans le sud pour éduquer les pauvres et la création de bourses pour envoyer les enfants issus des minorités indiennes à rejoindre les universités de Santiago.

Ce plan d’urgence est complété par la création de 120 000 logements destinés aux familles pauvres.

Au-delà de ces mesures conjoncturelles, il existe une politique plus structurelle qui vise à transformer en profondeur la vie politique sociale et économique du Chili. Sur le plan économique, Salvador Allende, décide du lancement d’une sorte de New Deal chilien reposant sur l’augmentation de tous les salaires et de tous les minima sociaux. Ainsi dans les premières années de son gouvernement les salaires ouvriers ont été augmentés de 100 %. Parallèlement à ce cette politique de relance, il y a une vague de nationalisation qui permet aux peuples de retrouver le contrôle des ressources et des entreprises du pays. Cela touche tous les secteurs depuis la banque et l’assurance jusqu’à l’industrie en passant par les mines. Prenons l’exemple de l’industrie du cuivre, fondamentale pour l’économie chilienne alors aux mains d’entreprises américaines qui ont été à l’époque expropriées à l’image de Kennecott et d’Anaconda.

Aux côtés des plans de relance et de nationalisations qui s’enchaînent, Salvador Allende décide de reprendre la réforme agraire. C’est-à-dire de redistribuer la terre aux paysans. Ce sont ainsi en quelques années 100 000 familles qui se voient redistribuer à peu près 6 millions d’hectares. Avec pour engagement de créer des conseils paysans pour travailler ensemble la terre dans une logique socialiste.

Cette politique de transformation en profondeur de la vie économique et sociale chilienne se déroule dans le cadre des institutions, créées dans le pays en 1925, et qui ont instauré une république démocratique et libérale. Il est notable que l’on se trouve dans le cadre de la légalité constitutionnelle.

 

II. De fortes résistances qui mènent au coup d’Etat

 

Cette politique ambitieuse de socialisme démocratique suscite un très grand nombre de résistances et d’oppositions à la fois au Chili et en dehors du pays de la part des États-Unis notamment, dans le cadre d’un continent américain marqué depuis les années 1960 par une succession de coups d’état militaire contre le danger socialiste et marxiste.

Dans un premier temps les résistances viennent des États-Unis et plus globalement des milieux d’affaires et économiques. Aux États-Unis, les grandes firmes multinationales comme Kennecott ou Anaconda ont été expropriées sans indemnisation. Allende est revenu sur le principe d’indemnisation. D’autres entreprises américaines comme ITT (International Telephone & Telegraph) et Ford se sentent menacées dans leurs investissements et leur propriété privée. En cela, ils rejoignent les inquiétudes des milieux d’affaires économiques chiliens notamment les milieux financiers et bancaires qui professent des idées de droite libérale voire de droite extrême condamnant une révolution perçue comme une révolution à la cubaine sachant que Allende et Fidel Castro sont proches.

Dans ce contexte, un début de fronde contre la politique d’Allende émerge, qui recoupe aussi les inquiétudes de l’armée chilienne qui commence à préparer un coup d’état soutenu par la hiérarchie épiscopale qui craint elle aussi le socialisme marxiste. Le problème est que les résistances et oppositions viennent aussi de l’intérieur et de l’unité populaire et notamment de l’extrême gauche qui soutient le gouvernement d’Unité populaire sans forcément participer. C’est le cas du mouvement de la gauche révolutionnaire le MIR créé en 1965 qui revendique d’armer le peuple face aux menaces de contre-révolution menée par l’armée. Allende ne peut pas accepter cela car il défend des idées socialistes, mais il est aussi très attaché à la démocratie et aux libertés. Si bien qu’il s’aliène une partie de l’extrême-gauche et de sa base politique.

L’expérience de socialisme démocratique dure finalement peu de temps puisque au bout de trois ans, l’armée dirigée par Pinochet réalise un coup d’état et instaure une junte militaire qui rapidement s’institutionnalise. Il faut comprendre dans quel contexte se réalise ce coup d’Etat.

Le Chili est en effervescence avec des mouvements de grève qui sont aussi bien des mouvements de rejet de la politique et d’Allende orchestrés par la droite chilienne et par les États-Unis. On pense aux deux grandes grèves des camionneurs de 1972 et 1973 qui bloquent le pays. Mais les grèves et les manifestations viennent aussi des ouvriers en particuliers des mineurs qui revendiquent des hausses de salaires toujours plus importantes et des réformes toujours plus abouties.

Dans ce contexte, l’économie chilienne se bloque. La pression étant extrêmement forte et les cours du cuivre sur les marchés internationaux s’effondre. La situation devient catastrophique et Allende est obligé, pour essayer d’amenuiser les résistances, d’ouvrir son gouvernement à des membres de l’armée et des membres modérés de l’épiscopat chilien. Cela ne suffit pas, il est de plus en plus isolé et contesté à l’été 1973. Dès lors, il est évident, en septembre 1973, que l’unité populaire est incapable de maintenir l’ordre dans le pays.

 

III. Le coup d’Etat de Pinochet et l’institutionnalisation de la dictature

 

L’armée décide d’intervenir par un soulèvement dans la journée du 11 septembre 1973 de l’armée stationné à Valparaiso. À la fin de la journée, c’est la prise du palais de la Moneda, le siège de la république chilienne et la mort de Salvador Allende qui se suicide au milieu des combats militaires.

Une junte militaire dirigée par le commandant en chef le général Augusto Pinochet prend le pouvoir et décide de suspendre toutes les libertés individuelles et politiques du pays. De censurer et d’interdire les principaux organes de presse et de décréter à la fois l’état de siège et l’état d’urgence.

Le discours qui justifie ce coup d’état militaire est finalement anti-communiste. Salvador Allende est associé aux dangers soviétique et cubain qui pèsent sur l’Amérique latine. L’armée décide d’appliquer l’idéologie dite de la sécurité nationale qui rejette l’idée de la lutte des classes au nom de l’unité nationale.

Dans les faits, cette révolution militaire de 1973 prend pour modèle celle du Brésil en 1964 qui, à l’époque aussi, avait été soutenue par les États-Unis. Avec le recul, il est à noter toute l’importance de la CIA et des firmes transnationales qui ont pesées sur la décision de Pinochet de prendre le pouvoir et de faire triompher cette idéologie de sécurité nationale. Au nom de cette doctrine, l’agence militaire procède d’abord à une large épuration (entre 3 000 et 5 000 Chiliens soupçonnés d’idées socialistes). De la même manière, les opposants au régime ont été emprisonnés, traqués et assassinés. Avec le recul, on sait qu’il existe 300 000 à 400 000 victimes au sens de personnes qui ont été tués ou qui ont disparues ou emprisonnées au nom de cette lutte contre le socialisme marxiste au Chili.

Pinochet décide de suspendre la légalité institutionnelle ce qui n’avait pas eu lieu depuis 1925 et d’instaurer un état d’exception. Toute trace de la démocratie n’est pas éliminée dans la mesure où Pinochet pratique le référendum déjà en 1978 pour asseoir son pouvoir, trois quarts des Chiliens le soutiennent alors par la voix des urnes. Ensuite, en 1980, pour faire approuver une nouvelle constitution qui renforce les pouvoirs de l’exécutif.

Nous ne sommes pas en dehors de tout cadre démocratique mais la démocratie se limite au plébiscite, au lien direct entre le chef et le peuple. D’un autre côté, le rôle du parlement est supprimé dans la mesure où Pinochet gouverne par un ensemble de décrets-lois passant par-dessus la représentation nationale pour transformer le Chili et en particulier l’économie chilienne par le biais de réformes néolibérales et monétaristes.

De ce point de vue, le Chili a été le laboratoire des nouvelles politiques menées ensuite par Thatcher en Angleterre et Reagan aux États-Unis. Et les Chiliens ont soutenu cette politique dans les années 1980. Cela a permis au coup d’état de Pinochet de s’institutionnaliser au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Il est donc frappant qu’il ait cherché une légitimité constante dans les référendums et à cet égard c’est bien par un référendum, en 1990, que les Chiliens décident de le chasser du pouvoir.