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L'art de la parole

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Ce chapitre invite à s’interroger sur la rhétorique. Il s’agit ici de croiser les perspectives philosophiques et littéraires. Le but de ce cours introductif est de poser des définitions, des pistes de réflexion et de mobiliser des éléments historiques à intégrer à l’étude.

 

I. Définitions

 

Définition philosophique de l’art

Selon le philosophe Aristote, l’art s’oppose à la technique. Selon lui, l’art est quelque chose qui ne se transmet pas mais s’acquiert personnellement, grâce à l’expérience et à l’ajustement permanent des pratiques artistiques. Au contraire, il considère que la technique est un savoir qui peut se transmettre, par exemple par des maîtres ou des artisans. En revanche, Aristote considère qu’ils ne pourront jamais transmettre leur art. C’est l’ambiguïté et la limite de cette définition : Aristote considère qu’on peut avoir une approche artistique et/ou technique d’une même discipline mais que l’approche artistique ne pourra jamais se transmettre, contrairement à l’approche technique.

 

Définition philosophique de la parole

Attention : langage et parole ne signifient pas la même chose. La parole, c’est la mise en pratique du langage, elle peut être orale ou écrite. Il ne faut pas considérer la parole comme quelque chose d’uniquement oral : la parole peut être aussi écrite, retranscrite, même si le verbe « parler » renvoie plus spécifiquement à la pratique orale.

 

II. Que signifie « l’Art de la parole » ?

 

Historiquement, l’art de la parole est associé à l’art de bien parler. Il ne s’agit pas de parler en général mais de parler de façon efficace. C’est l’objet d’une science, qui s’appelle la rhétorique, pratiquée dès l’Antiquité grecque. On en trouve les premières traces au Ve siècle avant J.-C. À l’époque, elle était pratiquée surtout par les sophistes qui mettaient en avant l’art de bien parler et enseignaient les astuces qui permettent de bien argumenter et de mettre en valeur le discours, surtout par le biais de figures de style (répétitions, musicalité). Il se développe alors un art de la séduction par le discours qui passe autant par la forme que par le fond. Ces enseignements se transmettent au sein des écoles de sophistique.

Par la suite, la rhétorique est intégrée à l’ensemble plus vaste des arts libéraux. Il s’agissait d’un ensemble d’arts (sept au total) identifiés comme étant les plus importants à transmettre dans les universités médiévales. La rhétorique est donc désignée comme un art et c’est un art libéral, donc on considère qu’elle permet d’être libre. Au sein des arts libéraux, la rhétorique fait partie d’un groupe de trois qui s’appelle le trivium. Ces arts libéraux sont surtout étudiés entre le XIe et le XIIIe siècle (le Moyen Âge est une période beaucoup plus vaste qui commence au Ve siècle et finit au XVe siècle.)

Cet art de bien parler qui se transmet de l’Antiquité au Moyen Âge est utile à la parole politique (pour des discours) et religieuse (pour des sermons, c’est-à-dire des prises de parole publiques d’un homme d’Église au cours ou à l’issue d’une messe, en s’adressant aux paroissiens dans leur langue, aussi appelée « langue vulgaire » - les messes à l’époque se faisaient en latin - dans le but de prodiguer un enseignement moral. Il s’agit donc de developper une argumentation pour convaincre et/ou persuader les auditeurs de changer leur comportement et leurs habitudes de vie).

 

III. Problématiques possibles pour ce chapitre

 

Qu’est-ce que bien parler ?

La question à laquelle il faut répondre ici est « quels sont les enseignements de cette rhétorique ? ». Il s’agit donc d’étudier les différentes catégories au sein de la rhétorique et leur évolution à travers les siècles.

 

Peut-on apprendre à bien parler ?

La question s’articule ici autour de la possibilité, de la mise en oeuvre de l’art rhétorique. Est-ce que la rhétorique relève de l’art selon la définition d’Aristote, et donc de quelque chose qui ne peut pas se transmettre, ou est-ce que, malgré la dénomination « art de la parole », la rhétorique se situe en réalité plutôt du côté de la technique ?

 

Verba volent, scripta manent. Qu’en penser ?

Ce proverbe latin signifie littéralement « les paroles volent, les écrits restent » et a été prononcé par Caïus Titus qui siégeait au sénat romain. Il s’agit ici presque d’une question de dissertation qui invite à la prudence quiconque souhaite coucher des choses par écrit. Cette question invite à s’interroger sur l’opposition brutale qui est faite de l’écrit et de l’oral. Est-ce que les paroles s’envolent aussi facilement que cela ? Est-ce que les écrits restent vraiment ? Il s’agit de s’interroger sur la définition (et peut-être l’ambiguïté) de la parole, entre parole écrite et parole orale.

 

Bonus

Pour illustrer ces propos, il est possible de regarder la série Rome (2005-2007), dans laquelle sont mises en scène des prises de paroles politiques et leurs liens avec les enjeux de pouvoir de l’époque.