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STAGE - LE CLASSICISME

Exercice - Les Fourberies de Scapin



L'énoncé

Les Fourberies de Scapin, Molière, acte III, scène 2

Deux jeunes gens amoureux, Octave et Léandre, que leurs pères, Argante et Géronte, veulent marier contre leur gré, vont être aidés par le valet Scapin. Celui-ci veut se venger de l’un des deux pères, Géronte : il le persuade de se dissimuler dans un sac pour échapper à d’imaginaires ennemis qui voudraient l’assassiner.

SCAPIN - Cachez-vous : voici un spadassin1 qui vous cherche. (En contrefaisant sa voix.) "Quoi ? jé n’aurai pas l’abantage2 dé tuer cé Géronte, et quelqu’un par charité né m’enseignera pas où il est ?" (À Géronte, avec sa voix ordinaire.) Ne branlez pas3. (Reprenant son ton contrefait.) "Cadédis4, jé lé trouberai, se cachât-il au centre de la terre," (à Géronte avec son ton naturel.) Ne vous montrez pas. (Tout le langage gascon est supposé de celui qu’il contrefait, et le reste de lui.) "Oh ! l’homme au sac. -Monsieur. -Jé té vaille un louis5, et m’enseigne où put être Géronte. -Vous cherchez le seigneur Géronte ? -Oui, mordi ! Jé lé cherche. -Et pour quelle affaire, Monsieur ? -Pour quelle affaire ? -Oui. -Jé beux, cadédis ! lé faire mourir sous les coups de vâton. -Oh ! Monsieur, les coups de bâton ne se donnent point à des gens comme lui, et ce n’est pas un homme à être traité de la sorte. -Qui, cé fat dé Geronte, cé maraut, cé velître6 ? -Le seigneur Géronte, Monsieur, n’est ni fat, ni maraud, ni belître, et vous devriez, s’il vous plaît, parler d’autre façon. –Comment ! tu mé traites, à moi, avec cette hauteur ? -Je défends, comme je dois, un homme d’honneur qu’on offense. -Est-ce que tu es des amis dé cé Geronte ? -Oui, Monsieur, j’en suis. -Ah ! Cadédis, tu es de ses amis, à la vonne hure7 ! (Il donne plusieurs coups de bâton sur le sac) Tiens ! Boilà cé qué jé té vaille pour lui. -Ah, ah, ah ! ah ! Monsieur. Ah ! ah ! Monsieur, tout beau8 ! Ah, doucement, ah, ah, ah ! -Va, porte-lui cela de ma part. Adiusias9! » -Ah ! Diable soit le Gascon ! Ah !
(En se plaignant et remuant le dos, comme s’il avait reçu les coups de bâton).

GÉRONTE, mettant la tête hors du sac. - Ah ! Scapin, je n’en puis plus.

SCAPIN - Ah ! Monsieur, je suis tout moulu, et les épaules me font un mal épouvantable.

GÉRONTE - Comment ? c’est sur les miennes qu’il a frappé. 

SCAPIN - Nenni, Monsieur, c’était sur mon dos qu’il frappait.

GÉRONTE - Que veux-tu dire ? J’ai bien senti les coups, et les sens bien encore.

SCAPIN - Non, vous dis-je, ce n’est que le bout du bâton qui a été jusque sur vos épaules.

GÉRONTE - Tu devais donc te retirer un peu plus loin, pour m’épargner.

SCAPIN lui remet la tête dans le sac. - Prenez garde. En voici un autre qui a la mine d’un étranger.

 

1 Homme d’épée, tueur à gages

2 Avantage (imitation de l’accent gascon, changeant le v et le b)

3 Ne bougez pas

4 Tête (cap) de Dieu (juron)

5 Je te donne un louis si…

6 Injures : bélître, gueux


  • Question 1

    Quelles sont les différentes formes de comique dans cet extrait ? Quel est le registre dominant ? Justifier.

  • Question 2

    Quel rôle jouent les didascalies ?

  • Question 3

    L’extrait obéit-il à la règle de la vraisemblance ? Pourquoi ?

  • Question 4

    Montrer le rapport de cet extrait avec le titre de l’œuvre. Que semble ressentir le valet en jouant ce double rôle ?

  • Question 5

    Que souligne la dernière réplique de Géronte sur son caractère ?

  • Question 6

    Que cherche à dénoncer Molière ?

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