Terminale Economique et Sociale > SES > Économie approfondie (Spé) > Stage - Économie et démographie

STAGE - ÉCONOMIE ET DÉMOGRAPHIE

Exercice - L’Essai sur la population, Thomas Malthus



L'énoncé

Commentaire critique de l’Essai sur la population de Thomas Malthus

Malthus part de deux postulats qui sont pour lui des lois permanentes de la nature : « La nourriture est nécessaire à l'existence de l'homme » et « la passion entre les sexes est une nécessité ». Or, « si elle n'est pas freinée, la population s'accroît en progression géométrique » (comme 2n : 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64…) alors que « les subsistances ne s'accroissent qu'en progression arithmétique » (comme n + 1 : 1, 2, 3, 4, 5, 6…). En l'absence d'obstacles aux mariages précoces et en raison de moyens de subsistance abondants, la population des Etats-Unis a doublé en vingt-cinq ans. « Le pouvoir multiplicateur de la population infiniment plus grand que le pouvoir qu'a la terre de produire la subsistance de l'homme » est nécessairement freiné par la difficulté de se nourrir.

Malthus considère donc qu'on ne peut attribuer la lenteur de l'accroissement de la population dans les pays de l'Europe moderne à un déclin de la passion entre les sexes. Il l'explique plutôt par l'existence de deux types de freins, l'un préventif, l'autre actif.

Les difficultés d'entretien d'une famille et la crainte de tomber dans la pauvreté, en dissuadant les hommes de se marier tôt, agissent comme un frein préventif (« preventive check »). Les naissances sont ainsi évitées par un célibat plus fréquent et par des mariages tardifs. Malthus, qui est pasteur, considère qu'il est préférable de se soumettre à une « contrainte morale », c'est-à-dire à « l'abstinence du mariage jointe à la chasteté » et d'éviter de tomber dans le « vice » (« les coutumes perverses en ce qui concerne les femmes »), cause de malheur pour les deux sexes. Il n'a jamais été favorable aux moyens anticonceptionnels.

Le frein actif à l'augmentation déjà amorcée de la population (« positive check ») vient pour sa part d'obstacles destructifs (les maladies, la guerre et la famine), provoquant une mortalité qui touche principalement les classes inférieures de la société, et en particulier les enfants.

Pour Malthus, les lois anglaises relatives aux pauvres aggravent la situation de ces derniers de deux manières. D'une part, imposer les riches au bénéfice des plus pauvres (comme le fait la loi élisabéthaine de 1601) conduirait à faire croître la population sans faire croître les subsistances. L'assistance encouragerait en effet les hommes à se marier et le revenu par tête serait réduit avec l'augmentation de la population. D'autre part, ceux qui ne reçoivent pas l'aide aux pauvres voient leur salaire réel se réduire en raison de l'augmentation du prix des subsistances. Ce qui augmenterait le nombre des assistés, puisque chaque paroisse était tenue de compléter le salaire inférieur à un minimum considéré comme absolu, en fonction du pain et de la taille de la famille (système de Speenhamland, du nom du district qui l'a initialement mis en place en 1796).

Opposé aux lois sur les pauvres, Malthus propose donc un plan pour les abolir graduellement. Les arguments qu'il développe trouvent encore aujourd'hui un certain écho chez les libéraux quand il s'agit de réduire le chômage. Les pauvres soumis à ces lois « tyranniques », qui réduisent les inégalités, sont incités à la paresse. Malthus considère « qu'il faut désavouer publiquement le prétendu droit des pauvres à être entretenus aux frais de la société », dans la ligne de l'apologue du banquet (présente dans la seule édition de 1803) : « Un homme qui est né dans un monde déjà occupé (…) n'a aucun droit de réclamer la moindre nourriture et, en réalité, il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert disponible pour lui ; elle lui ordonne de s'en aller, et elle ne tardera pas elle-même à mettre son ordre à exécution. »

Essai sur le principe de population, Thomas Robert Malthus, Alternatives Economiques Poche n° 021 - novembre 2005


  • Question 1

    Présenter le document.

  • Question 2

    Représenter sur un même graphique l’évolution de la population et l’évolution des moyens de subsistance selon la théorie de Malthus.

  • Question 3

    Expliquer les deux « freins » expliquant la faible augmentation de la population.

  • Question 4

    Justifier le rejet malthusien des lois visant à aider les pauvres.

  • Question 5

    A partir des éléments précédemment relevés, commenter la dernière citation de l’extrait : « Un homme qui est né dans un monde déjà occupé (…) n'a aucun droit de réclamer la moindre nourriture et, en réalité, il est de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert disponible pour lui ; elle lui ordonne de s'en aller, et elle ne tardera pas elle-même à mettre son ordre à exécution. »

La correction et les astuces de cet exercice t'intéressent ?

Accède librement à l'ensemble des contenus, aux astuces et aux corrections des exercices en t'abonnant sur Les Bons Profs. Clique ici pour démarrer l'abonnement.