Terminale Economique et Sociale > SES > Mondialisation, finance internationale et intégration européenne > L'incontournable du chapitre

L'INCONTOURNABLE DU CHAPITRE

Exercice d'application


Mondialisation, finance internationale et intégration européenne

  • Exercice : Les effets contrastés du protectionnisme

    La démarche exige d’abord de préciser le champ et la nature du protectionnisme souhaité. Doit-il s’appliquer aux frontières du pays ou de l’Union européenne ? Dans le second cas, comment et avec quelles justifications, traiter le cas de la Suisse ou de la Norvège ? Hormis le Front national, la majorité des défenseurs du protectionnisme défendent une approche européenne. Le repli national apparaît de fait peu crédible, alors que plus du tiers des salariés de notre industrie travaille dans des entreprises contrôlées par des actionnaires étrangers, que notre pays est une des premières destinations mondiales de capitaux extérieurs et que nous importons chaque trimestre plus de 100 milliards d’euros de produits. Il s’agit ensuite de préciser le niveau de protectionnisme qui serait mis en place car ce n’est pas une question binaire –tout ou rien- mais de dosage. Au niveau européen, pas moins de 10 000 tarifs allant de 0% à 210% s’appliquent aux biens et services importés. Si les biens de consommation sont globalement peu taxés (1% en moyenne), les taux s’élèvent dans le domaine agricole à 10% (par exemple 50 à 100% pour viandes). Face à l’image répandue d’une Europe passoire dans les échanges mondiaux, rappelons par exemple que l’importation des bicyclettes fabriquées en Chine est soumise depuis 1993 à des taxes anti-dumping de 48,5% (…). La réalité économique est finalement celle d’une omniprésence de mesures protectionnistes avec des intensités très variables que d’un abstrait libre-échange pur. Il faut enfin souligner que les échanges commerciaux dont on parle sont très majoritairement réalisés à l’intérieur de l’Europe (60% des exportations et importations françaises en 2010). Si le déficit commercial français avec l’Asie a augmenté de 50% entre 2005 et 2010, il a été multiplié par trois avec le reste de l’Union européenne !Cela signifie qu’une protection européenne commune ne traiterait dans notre pays qu’un tiers du commerce international et des enjeux associés en termes d’emplois, de délocalisations ou de compétitivité. Le champ et les données pertinentes clarifiées, il convient alors de procéder à une analyse économique de l’outil protectionniste. L’approche classique d’une politique publique consiste à évaluer le rapport entre bénéfices et coûts ainsi que la répartition des deux, c’est-à-dire les gagnants et les perdants. Les effets positifs avancés du protectionnisme sont la relance de la demande intérieure et la hausse des revenus salariés, avec l’argument que le libre-échange pousse à des prix plus bas, conduisant à une stagnation ou une baisse des salaires dans les entreprises domestiques pour rester compétitives et finalement une contraction de la demande. Le lien salaire-demande se trouve donc au cœur du raisonnement (…) Les effets négatifs du protectionnisme sont principalement les mesures de rétorsion des pays exportateurs qui subiraient ces taxes. Certains considèrent que l’effet sera limité car les pays émergents ont besoin de biens et équipements produits en Europe (machines, TGV, avions, centrales nucléaires…) et n’auront pas le choix. Cette hypothèse semble fragile car la caractéristique inédite de plusieurs pays émergents à bas salaires (Chine, Inde) est leur niveau technologique et leur capacité à déployer rapidement des offres alternatives (sans parler du rôle particulier que joue la Russie à l’intérieur des deux ensembles). La décision de la Chine de faire émerger un concurrent au duopole Airbus-Boeing dans l’aéronautique civile en est une bonne illustration. Mais le problème va au-delà des échanges de biens. Une autre face de la globalisation est la capacité d’accéder à l’épargne du monde entier, ce dont la France sait d’ailleurs tirer profit pour financer le déficit commercial et les investissements à l’étranger. Or l’épargne qui s’investit massivement en Europe a pour origine dans une large mesure les pays émergents. Il semble logique d’anticiper qu’un protectionnisme trop brutal conduirait rapidement à se priver de cet important levier pour nos économies. Rappelons aussi que les groupes du CAC 40, s’ils emploient encore les deux tiers de leurs effectifs en France, réalisent la majorité de leur chiffre d’affaires et l’essentiel de leurs profits à l’étranger et constituent avec leurs salariés autant de cibles potentielles de rétorsion. Enfin, les consommateurs qui ont privilégié ces années passées les biens à bas prix, pour lesquels les productions européennes n’offrent que des substituts imparfaits, accepteront-ils, même si leurs salaires devaient augmenter, les inévitables hausses de prix ?

    Gilles Le Blanc, Economie et politique, Le grand malentendu, Ellipses, 2011.

     

    1) Pourquoi le protectionnisme appliqué uniquement aux frontières françaises apparaît peu crédible aujourd’hui ?

    2) Quels seraient l’impact et les limites d’un protectionnisme à l’échelle européenne ?

    3) Classer dans un tableau les effets positifs attendus du protectionnisme et les effets négatifs qu’il est susceptible d’entraîner.

La correction et les astuces de cet exercice t'intéressent ?

Accède librement à l'ensemble des contenus, aux astuces et aux corrections des exercices en t'abonnant sur Les Bons Profs. Clique ici pour démarrer l'abonnement.