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STAGE - LA CHINE À LA CONQUÊTE DE L'ESPACE ET DES MERS

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La Chine à la conquête de l’espace et des mers

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Depuis les années 2010 et l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la Chine a révélé au monde ses ambitions de grande puissance, notamment depuis son projet des nouvelles routes de la soie ou Belt and Road Initiative en 2018. La Chine veut ainsi contrôler de grandes routes terrestres, maritimes mais aussi cyber-spatiales. Parallèlement, la Chine investit dans un projet de conquête de la Lune.

 

I. La Chine à la conquête de l’espace

 

Pendant la Guerre froide, la Chine était en retard concernant les armements spatiaux. Il faut attendre les réformes de Deng Xiaoping dans les années 1980 pour voir la Chine se doter d’un programme spatial. En effet, Deng Xiaoping développe le programme des quatre modernisations parmi lesquelles l’armée et l’industrie, avec la création d’un ministère de l’industrie spatiale en 1982 (rebaptisé ministère de l’industrie aérospatiale en 1988) pour mieux articuler les techniques de l’aérospatial et de l’aéronautique sur un modèle clairement inspiré des États-Unis.

La deuxième grande étape de ce programme spatial est, en 1993, la scission du ministère en deux grandes entités, une agence spatiale chinoise qui prépare les programmes et une société d’aérospatial qui s’occupe de la recherche et du développement appliqué aux programmes spatiaux.

C’est dans ce contexte que la Chine a réussi à envoyer dans l’espace son premier taïkonaute, Yang Liweï, à bord de la navette Shenzhou en 2003. Depuis les années 2000-2010, la Chine a mis en orbite une station spatiale, la station Tiangong, et a lancé plus récemment son programme d’exploration de la Lune, Chang’e. En 2018, les chinois ont envoyé la capsule Chang’e 4 vers la face cachée de la Lune pour y faire des explorations.

L’objectif des chinois est d’envoyer sur la Lune le deuxième homme après les américains et surtout le premier homme asiatique. C’est un moyen pour les chinois de prendre le leadership asiatique devant des puissances anciennes comme le Japon ou nouvelles comme l’Inde. Ce programme de conquête de la Lune est avant tout un élément de prestige, un élément du soft power, que la Chine veut développer dans le monde, même s’il y a inévitablement des retombées en termes économiques et militaires. C’est pourtant sur les mers et océans que la Chine joue plus concrètement sa puissance dans les décennies à venir.

 

II. Le tournant maritime de la puissance chinoise

 

On peut estimer que la Chine a pris un tournant maritime depuis les années 2000. C’est ce que Matthieu Duchâtel dans sa Géopolitique de la Chine nomme « le pivot maritime » de la Chine. C’est d’abord une question de réalité économique ou géo-économique.

La Chine est la première puissance commerciale du monde, ses exportations passent par les mers et océans, à commencer par la façade asiatique du Pacifique. Dans ce cadre, la Chine a signé des accords de commerce et d’échange bilatéraux, par exemple avec Taïwan depuis 1991 (on estime que les échanges s’élèvent à 200 milliards de dollars annuellement). Par ailleurs, la Chine a signé des accords multilatéraux, notamment un grand accord de libre-échange avec les pays de l’ASEAN en 2010.

Aujourd’hui son objectif à travers le projet RCEP est un partenariat global avec les pays d’Asie du Pacifique pour constituer la première zone de libre-échange du monde. Ce projet RCEP se construit sur la base de l’ASEAN à laquelle la Chine veut rajouter la Corée du Sud, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. L’Inde s’est récemment retirée du projet parce que méfiante vis-à-vis de l’hégémonisme chinois. Il s’agit d’un projet alternatif à celui lancé par les Américains dans la région, le partenariat transpacifique qui a fini par être abandonné par Donald Trump et que les Japonais essaient dorénavant de développer.

Le problème de la Chine pour développer une puissance navale asiatique et mondiale, c’est de passer un premier rideau d’îles sous souveraineté étrangère qui l’empêche de projeter ses forces. Pourtant la Chine s’est dotée des moyens militaires. À la fin de l’année 2019, le pays s’est doté de son deuxième porte-avions à propulsion classique (le Chandong), qu’elle a fabriqué elle-même, après avoir acheté le premier (le Liaoning), quelques années plus tôt à l’Ukraine. Avec deux porte-avions, la Chine est la deuxième puissance navale au monde derrière les États-Unis.

Son objectif est de remettre en question la souveraineté étrangère des îles qui l’entoure, à commencer par exemple par les Diaoyu-Senkaku qu’elle dispute au Japon dans la mer de Chine de l’Est. En mer de Chine méridionale, la Chine a repris les îles Paracels au Vietnam en évoquant le prolongement de son plateau continental. Dans la partie Sud, elle veut désormais mettre la main sur les îles Spratley et a lancé une grande politique de construction de polders et d’îles artificielles dans la zone pour installer des pistes d’atterrissage et des bases industrielles, économiques et militaires. Ce sont des étapes essentielles vers une ouverture sur l’océan Indien et le fameux « collier de perles », depuis le port de Hambantota au Sri Lanka ou de Gwadar au Pakistan, jusqu’en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient, notamment Port-Saïd en Égypte. L’objectif de la Chine est de se désenclaver et de devenir une puissance maritime de première ampleur.

 

III. Vers un « leadership global » en 2049 ?

 

La volonté de la Chine de contrôler l’espace, les mers et les océans s’inscrit dans un projet de leadership global. Lorsque Xi Jinping a été prolongé à la tête du parti et de l’armée chinoise, il a révélé sa volonté de faire de la Chine un leader global en 2049 pour fêter les 100 ans de la proclamation de la République populaire de Chine par Mao en 1949.

Les Chinois souhaitent projeter leur puissance à l’échelle du monde compte tenu du déclin de la puissance américaine. Jusqu’à présent, la Chine adoptait une posture défensive visant à se laver des humiliations subies par les Occidentaux, désormais le pays souhaite bousculer l’ordre occidental, ce que Xi Jinping appelle « le rêve chinois ». Cela passe par une diplomatie d’influence ou de soft power, dans laquelle la conquête de l’espace s’intègre pleinement, au même titre que l’exportation de sa culture avec les Instituts Confucius.

De la même façon, sa politique maritime vise à sortir de son endiguement par les Occidentaux pour pouvoir projeter sa force. C’est ainsi que la Chine a récemment ouvert une base militaire à Dubaï à côté des Américains et des Français, ce qui leur sert sans doute à réaliser des missions de renseignement. Il s’agit de leur première base militaire loin du pays. En 2015, la Chine a réalisé pour la première fois des manœuvres navales en Méditerranée de l’Est avec les Russes.

D’autres projets sont en cours, notamment avec l’Organisation de coopération de Shanghai sur le continent eurasiatique et celui des nouvelles routes de la soie avec le façonnement de nouvelles routes maritimes dans l’océan Indien et en Arctique. Jusqu’à présent, c’est le plus grand programme d’infrastructure et d’équipement portuaire mené dans le monde avec plus de 1 000 milliards de dollars de budget et 80 pays du monde qui se sont engagés à coopérer avec la Chine.