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LES CAUSES DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

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Un débat historique : les causes de la Première Guerre mondiale

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Dès le début de la Première Guerre mondiale est né un débat historique sur ses causes. En effet, dans Les somnambules, paru en 2013, Christopher Clark explique que dès les premiers coups de feu tirés, les historiens se sont affrontés sur la question des causes. S’interroger sur les causes revient à s’interroger sur la manière dont on écrit l’histoire : c’est ce qu’on appelle l’historiographie.

 

I. Un « combat d’historiens » dans la guerre

 

La formule de « combat d’historiens » de l’historiographe Offenstadt désigne le fait que, dès le début des combats, dans les deux camps, notamment français et allemand, des historiens se sont emparés des causes pour justifier l’entrée en guerre face à l’ennemi héréditaire. C’est ainsi que les historiens allemands Von Below et Finke remontent jusqu’au Moyen Âge pour justifier la guerre contre les Français. À la même époque, des historiens et économistes communistes, soutenant Lénine, cherchent à trouver des causes économiques à la guerre en renvoyant dos à dos les Français et les Allemands. Un ouvrage de Lénine explique que l’impérialisme, et donc la guerre, serait le stade suprême du capitalisme (L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917).

 

II. Des débats historiographiques anciens et récurrents

 

Un déplacement des problématiques s’est opéré à la fin de la guerre, à partir d’une rupture clé : le traité de Versailles. Ratifié en 1919, ce traité rend les allemands entièrement responsables du conflit. Le débat entre historiens se déplace ainsi sur les responsabilités dans la guerre.

Dans les années 1920, les Allemands ont réagi à cela par un courant révisionniste s’opposant à leur l’endossement total de la responsabilité de guerre. L’histoire allemande a donc glissé vers ces enjeux de partage des responsabilités. Parallèlement, les pacifistes, les socialistes, ont aussi défendu le partage des responsabilités.

En réalité, les mémoires écrites par les acteurs de l’époque, ne sont pas toujours très claires, et ne se suffisent pas pour établir l’histoire des responsabilités. Par exemple, Raymond Poincaré, homme politique français qui était au pouvoir au moment de l’entrée en guerre, défend son point de vue. Le britannique Sir Grey est quant à lui très évasif sur les causes de la guerre. Du côté des Russes, au moment de la révolution bolchévique léniniste, le tsar est tenu pour responsable pour son entrée en guerre ainsi que ses alliés, notamment les français. Ces mémoires se contredisent et donnent lieu à des débats très fort dans les années 1920.

Cependant, lorsque Hitler arrive à la tête du IIIe Reich dans les années 1930, il remet en cause le traité de Versailles et ces débats s’essoufflent alors peu à peu.

Il faudra alors attendre longtemps après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1960, pour avoir en RFA des historiens comme Fischer qui, à l’aide de nouveaux documents, remet complètement en cause la question des responsabilités allemandes. Selon lui, on ne pouvait pas parler d’expansionnisme allemand puisqu’à cette époque, tous les pays sont pris dans des compétitions pour des territoires, dans de la géopolitique. Ce discours sera tenu jusque dans les années 1990.

 

III. Un déplacement des problématiques vers l’histoire culturelle

 

À partir des années 1990, et en particulier en France, il y a un déplacement des problématiques vers l’histoire culturelle. On ne se demande plus vraiment quelles sont les causes précises ni à qui appartiennent les responsabilités de guerre, mais il se pose alors la question de savoir pourquoi, dans la culture du temps, les hommes en sont venus à entrer en guerre et accepter d’utiliser la violence les uns contre les autres. C’est un courant historiographique qui a été incarné en France par Audoin-Rouzeau et Annette Becker. Ce sont eux, qui, en 1992, ont créé l’historial de Péronne, très centré sur les combattants et sur ce qu’on appelle la culture de guerre.

L’idée de cette culture de guerre serait que dès l’avant-guerre, en France, mais particulièrement en Allemagne, on a enseigné aux jeunes le patriotisme et on les a préparés à accepter et à faire la guerre. Ce courant a été dominant dans les années 1990-2000 puis a rapidement été mis en cause par d’autres historiens, en France notamment avec Antoine Prost ou François Button pour qui ces idées de culture de guerre et de consentement au combat et à la violence, qu’on appellera ensuite brutalisation, sont fausses, et préfèrent mettre plutôt en avant des stratégies d’évitement.

 

Conclusion

 

L’histoire de la Première Guerre mondiale est toujours en train de s’écrire : les débats entre historiens français, allemands et britanniques se poursuivent encore aujourd’hui, et ne sont pas prêts de s’arrêter.