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« Le beau est ce qui plaît universellement sans concept », Kant

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Cette citation d’Emmanuel Kant est issue de son essai Critique de la faculté de juger de 1790. A travers cette citation, le philosophe donne une définition du Beau, ce qui lui permet ensuite de caractériser le jugement de goût. C’est-à-dire le jugement « C’est beau ».

 

I. « Ce qui plaît »

Tout d’abord, Kant remarque que le jugement de goût n’est pas un jugement de connaissance. Un jugement de connaissance est un jugement qui apprend quelque chose sur l’objet. Exemple : si je suis en train de percevoir une fleur, une rose. Je peux porter sur cette rose deux types de jugement. Le premier est un jugement de connaissance, par exemple : ceci est une rose, et elle fleurit à telle époque de l’année. En disant cela, je donne des informations sur l’objet dont je parle. Si je dis en regardant cette rose : c’est beau, je ne forme pas un jugement de connaissance mais plutôt un jugement de valeur qui me renseigne moins sur l’objet que sur la personne. Quand je dis que c’est beau, ce que j’indique en réalité c’est que l’objet me plait.

Ce jugement de goût est subjectif. Le beau est ce qui me plaît et ce plaisir s’ancre dans une subjectivité.

 

II. « Ce qui plaît universellement »

Avec l’ajout « d’universellement », on entre dans une forme de contradiction. Dire d’une chose qu’elle me plaît peut avoir deux significations. La première signification est quand on assimile ce qui nous plaît à l’agréable. Par exemple, tel plat me plaît ou telle boisson me plaît parce qu’il m’est agréable. Dans ce cas, ce qui plaît est relatif à la constitution individuelle de la personne qui prononce le jugement. En d’autres termes, je peux dire que tel plat est agréable sans être forcément choqué que mon voisin ne trouve pas ce même plat à son goût. Assimiler ce qui plaît à l’agréable, c’est formuler un jugement subjectif et cette subjectivité entraîne une relativité des jugements. Les goûts sont relatifs à chacun : ce qui me plaît à moi ne plaît pas nécessairement à mon voisin.

Or, dit Kant, on n’assimile pas ce qui plaît à l’agréable dans le jugement de goût. Bien au contraire, ce qui caractérise le jugement de goût est le fait que lorsque je dis que cette chose me plaît, je prétends qu’elle devrait plaire à tout le monde. En d’autres termes, j’ai un jugement subjectif qui prétend à une certaine universalité dit Kant. Pour reprendre le même exemple, lorsque je trouve un objet ou une œuvre d’art beau, je suis cependant assez étonné que mon voisin quant à lui ne le trouve pas beau. Le Beau, à la différence du bon ou de l’agréable, est un sentiment dont j’estime qu’il devrait être partagé par tous. C’est pourquoi selon Kant le beau est ce qui plaît universellement. C’est donc une contradiction dans la mesure où ce qui est beau est ce qui plaît et est subjectif, mais sans être pour autant relatif.

 

III. « Sans concept »

Avec le « sans concept », c’est une seconde contradiction qui apparaît dans la définition du Beau. Si on me demande d’expliquer pourquoi je trouve un objet beau, je peux évoquer plusieurs raisons, en dernière instance, ce qui fonde mon jugement est le plaisir que je ressens à la vue de cet objet. En d’autres termes, je ne peux jamais démontrer pourquoi je trouve une chose belle. Je ne peux jamais trouver les raisons suffisantes qui expliquent mon jugement puisque ce dernier se fonde sur un ressenti. Le beau est ce qui plaît sans concept, c’est-à-dire sans raison essentielle au sens logique du terme. C’est la raison pour laquelle je suis incapable de convaincre quelqu’un de la beauté de quelque chose.

Deux contradictions caractérisent donc le jugement de goût. On a un jugement subjectif qui prétend à l’universalité et un jugement injustifiable là où je peux donner des raisons explicatives à un jugement de connaissance. Kant, à travers cette idée, s’oppose aux partisans d’un relativisme esthétique, pour lesquels le beau est relatif et fonction des personnes. Certes le beau est ce qui plaît universellement sans concept, ce qui ne veut pas dire que de fait tout le monde trouve les mêmes choses belles, mais en droit, tout le monde devrait accéder au même jugement de goût. Le goût s’éduque, et c’est par l’éducation que l’on arrive à établir cet accès universel au Beau.