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« L'homme est la mesure de toute chose », Protagoras (& Platon)

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« L’homme est la mesure de toute chose » est une citation de Platon dans son Théétète. Mais elle n’est pas de Platon lui-même dans la mesure où il l’a reprise d’un célèbre sophiste, Protagoras, dans le but de la critiquer. On va donc voir la manière dont Platon interprète cette citation pour voir ensuite la manière dont il en vient à la critiquer. 

 

I. Trois thèses

« L’homme est la mesure de toute chose » a trois significations qu’il faut essayer de tenir ensemble.

 

A. La connaissance a pour origine la sensation

Dire que l’homme est la mesure de toute chose peut vouloir dire que la connaissance a pour origine la sensation. On a donc une thèse qui s’apparenterait à de l’empirisme, c’est-à-dire l’idée que tout ce que je sais, je le sais car je l’ai perçu, parce que je l’ai vu, entendu, etc. Cette thèse semble juste, puisque la connaissance du réel n’existe que parce que j’ai été mis en contact sensiblement avec ce réel. On a donc ce premier point : une thèse empiriste.

 

B. La connaissance est relative

Deuxièmement, dire que l’homme est mesure de toute chose revient à dire que cette connaissance est relative selon Platon. En effet, si la connaissance s’ancre dans la sensation, il faut bien voir que la sensation est relative à la constitution de l’individu. En d’autres termes, la connaissance, si elle est sensible, est subjective. On peut prendre un exemple simple : tel plat que je peux trouver bon ne ce sera pas forcément trouvé bon par mon voisin. Si je me demande donc si ce plat est bon ou pas, si ce vin est doux ou amer, il est difficile d’avoir une réponse si la connaissance s’ancre dans la subjectivité de l’individu.

 

C. Le mobilisme

Troisièmement, on en vient, dit Platon, à une thèse qui porte sur le réel. Car si la connaissance du réel dépend de la perception qu’en ont les individus, alors le réel peut être considéré comme quelque chose qui n’est pas trop stable, c’est quelque chose de changeant. Ce qui caractérisait la nature de la réalité que je sens est sa mobilité. C’est pourquoi Platon nous dit que l’idée que l’homme est la nature de toute chose nous mène à un mobilisme. C’est une thèse dite ontologique, c’est-à-dire qui porte sur la nature du réel. C’est une thèse de nature héraclitéenne. Héraclite est un philosophe présocratique qui a formulé la célèbre phrase « l’homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Avec cette citation, il veut expliquer que le réel est caractérisé par le changement permanent.

Finalement, dit Platon, cette phrase a pour conséquence qu’il est impossible d’accéder à un savoir absolu, c’est-à-dire à une vérité stable. Si l’homme est mesure de toute chose, une connaissance qui soit la même pour tout le monde est impossible. En d’autres termes dit Platon, la science est impossible ou si la science est sensation, alors ce n’est pas la science au sens fort du terme. C’est une connaissance mouvante.

 

II. Critique de Platon

C’est pourquoi Platon critique la citation de Protagoras. Pour la critiquer, et c’est tout l’effort de la philosophie de Platon, il montre que concevoir la réalité comme seule réalité sensible est insuffisant. Tout l’effort de la philosophie de Platon est de montrer qu’il existe une autre forme de réalité, et que réduire la réalité à la seule réalité sensible rend impossible la science.

Ce qui prouve aux yeux de Platon qu’il existe une autre forme de réalité qui se caractérise non pas par le mouvement mais par la stabilité : c’est l’existence des mathématiques. Les vérités mathématiques, à la différence des vérités sensibles, sont des vérités stables qui valent pour tous. Mais si cette réalité mathématique existe et qu’elle est stable, c’est justement parce qu’elle n’est pas une réalité sensible. Ce n’est pas une vérité à laquelle on accède par les sens, mais réalité à laquelle on a accès par la raison.

Cela amène Platon à penser une autre réalité, la réalité intelligible, qui se caractérise par la stabilité et à laquelle on a accès par la réflexion. Ce qui conduit finalement Platon à créer une distinction fondamentale entre l’opinion, qui caractérise la connaissance sensible instable, changeante, etc. et la vérité au sens fort du terme qui se caractérise par sa stabilité et sa rationalité.