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« Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », Mill

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« Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait » est une citation de John Stuart Mill, philosophe du XIXe siècle.

 

I. Utilitarisme

Pour commenter cette citation, il faut commencer par remarquer que Mill était un utilitariste. L’utilitarisme est une philosophie morale fondée par Jeremy Bentham.

Comme la philosophie morale de Kant, l’utilitarisme est une morale de l’autonomie. Cela veut dire que dans le cadre de l’utilitarisme comme dans le cadre de la philosophie de Kant, pour déterminer ce que je dois faire pour agir moralement, je ne dois pas me référer à une instance qui serait extérieure à moi, comme par exemple un Dieu ou un texte sacré, mais bien plutôt à ma raison, c’est-à-dire à une instance intérieure, de sorte que je détermine de manière autonome ce que je dois faire, mon devoir. C’est le point commun entre la philosophie kantienne et l’utilitarisme. Mais il y a une vraie différence entre les deux.

En effet, pour Kant, ce qui fait qu’une action est bonne et moralement acceptable, c’est l’intention qui préside à sa réalisation, et non pas les conséquences. On appelle cette thèse un déontologisme. Dans le cadre de l’utilitarisme, c’est assez différent. Ce qui fait la qualité d’une action, ce n’est pas l’intention, mais bien plutôt les conséquences de cette dernière, là où dans le déontologisme de Kant elles ne comptent pas. Si donc une action est jugée bonne ici, c’est que ce qu’elle a permis de faire est jugé bon. Si par exemple tenir ses promesses est bien dans le cadre de l’utilitarisme, c’est parce que tenir ses promesses a une certaine utilité.

Deuxième différence entre Kant et l’utilitarisme, on sait que pour Kant, agir moralement ne rend pas nécessairement heureux mais digne de l’être. En revanche, l’objet de la philosophe utilitariste est de proposer une philosophie morale qui associe vertu et bonheur. Une bonne conséquence est une conséquence qui promeut les conditions de mon bonheur. La question qui se pose alors est de savoir ce qu’est véritablement une bonne conséquence, une conséquence qui donne du bonheur.

 

II. Bonne conséquence

Jeremy Bentham, fondateur de l’utilitarisme, assimile le bonheur au plaisir, conçu en termes quantitatifs. Une action sera jugée bonne si elle procure une somme de plaisirs supérieure à la somme de peines qu’elle procure. La conséquence de cela, et c’est ce à quoi Mill va s’opposer, est que tous les plaisirs se valent : il s’agit pour cela de procéder à un calcul des plaisirs et des peines, et si le plaisir l’emporte sur les peines, alors je peux effectuer cette action.

C’est justement ce que critique John Stuart Mill. Pour lui en effet, dire que tous les plaisirs se valent n’est pas juste. Selon lui, il faut procéder à une discrimination au sein des plaisirs, et avoir une approche qualitative des plaisirs : il y a une hiérarchie des plaisirs, tous les plaisirs ne se valent pas. Il faut préférer les plaisirs intellectuels aux plaisirs du corps.

Ceci pour une raison assez juste remarque-t-il. Imaginons que quelqu’un nous propose de nous transformer en animal. Si on vous transforme en animal, vous aurez des désirs animaux, plutôt liés au corps. Supposons ensuite que l’on vous promette, en cas de transformation, un cadre dans lequel vous pourrez satisfaire tous ces désirs animaux. On vous promet donc un bonheur absolu selon Bentham, puisque tous vos désirs seraient satisfaits et on vous promet un maximum de plaisir quantitativement. Peu d’hommes accepteraient d’être transformés en bête remarque Mill, malgré cette promesse de bonheur. En effet, l’homme a une idée si haute de la dignité humaine qu’il préfère l’insatisfaction propre à la nature humaine à la satisfaction qui caractérise la situation animale.

 

Aussi, tous les plaisirs ne se valent pas conclut Mill, et il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Il vaut mieux préférer une forme d’insatisfaction qui serait le lot d’une vie humaine pleinement accomplie plutôt que la satisfaction d’un animal ou d’un imbécile quoique ce soit une satisfaction heureuse.