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STAGE - DISSERTATION : LE DÉSIR

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Sartre dit qu’autrui c’est « ce moi qui n’est pas moi ». Cette citation nous permet de voir qu’il y a 2 attributs opposés dans la notion d’autrui. Autrui c’est à la fois le même, une conscience comme moi ; mais c’est aussi l’autre, on a une conscience différente et une intériorité différente. C’est la raison pour laquelle on dit qu’autrui est un alter ego (alter = autre, ego = moi, donc un autre moi).

 

I. Puis je connaître autrui ?

La question du solipsisme est celle de savoir comment et à quelles conditions je peux prouver rationnellement l’existence d’un monde en dehors des représentations que j’en ai. Quels sont les arguments que je peux mobiliser et qui prouvent que le monde est en dehors de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je perçois, de ce que je sens, etc. Si le problème se pose pour l’existence du monde en général, on voit qu’il est particulièrement important relativement à la présence d’autrui. En effet, je n’ai jamais directement accès à l’intériorité d’autrui, à sa conscience.

C’est ce que remarque Pascal dans un fragment de pensée intitulé Qu’est-ce que le Moi ?. En effet, Pascal dit que lorsque l’on dit que l’on aime quelqu’un, on dit qu’on l’aime pour ce qu’il est, pour « son Moi ». Or, ce n’est pas vrai. Pour Pascal, si par exemple j’aime une personne pour sa beauté, alors la beauté peut disparaître sans que le Moi de cette personne ne disparaisse. Et si cette beauté disparaît, je peux ne plus l’aimer. Donc ce n’est pas le Moi que j’aime si j’aime cette personne pour sa beauté. Si je l’aime pour ses qualités d’esprit (son jugement ou la mémoire), le jugement et la mémoire peuvent disparaître sans que la personne ni son Moi disparaissent, et donc que je ne l’aime plus. Pour Pascal, on n’aime donc jamais une personne pour ce qu’elle est, pour son Moi, mais pour des qualités qu’on lui a empruntées. Il est difficile d’accéder à autrui par la médiation d’un raisonnement, donc ce n’est pas par un raisonnement que je pourrai prouver immédiatement l’existence d’un alter ego. 

On voit donc que l’on peut accéder à autrui par un autre moyen, celui des sentiments et plus particulièrement de l’empathie.

Quand je ressens de l’empathie, je me mets à la place d’autrui. Quand je ressens de la pitié, je souffre avec autrui. La pitié comme sentiment me donne accès à autrui directement. L’idée qu’un sentiment me permet d’accéder à autrui permet de dépasser la thèse du solipsisme. Dans son Second Discours de 1755, Rousseau nous dit qu’à l’état de nature, l’homme dispose de deux principes, l’amour de soi (le souci de conservation) et la pitié, ce qui vient tempérer l’amour de soi et qui est un sentiment moral inné.

On peut donc accéder à autrui avec l’empathie. Mais on peut même aller encore plus loin et dire que finalement justifier autrui se fait quand on remarque bien que la conscience de soi suppose toujours la présence d’autrui. 

 

II. La conscience de soi suppose-t-elle autrui ?

Pour Hegel, la conscience, pour prendre conscience d’elle-même, avait besoin de s’extérioriser dans le monde. Pour lui, la conscience, pour se prouver à elle-même son existence et sa valeur, a besoin de se faire reconnaitre par une autre conscience. La valeur d’une conscience c’est simplement le fait que celle-ci n’est pas simplement attachée à la vie. Une conscience c’est une liberté, c’est quelque chose qui peut prendre du recul par rapport à ses besoins. Ce désir de reconnaissance on en fait l’expérience dans des situations communes. Ainsi la politesse, c’est une manière de montrer à l’autre que j’ai une conscience, que je ne suis pas un animal et que je suis capable de me domestiquer.

Pour Hegel, les consciences qui se rencontrent désirent chacun obtenir de l’autre une reconnaissance. Cela peut donner lieu à un conflit mais c’est absolument essentiel selon lui. Je ne peux prendre véritablement conscience de moi qu’à la condition de me confronter à une autre conscience qui m’accordera de la valeur.

Pour Sartre aussi, j’ai toujours besoin d’autrui pour prendre conscience de moi mais dans un sens différent. Pour lui, c’est autrui qui me donne une identité. Sartre écrit que « autrui est un médiateur indispensable entre moi et moi-même » (voir le cours sur la citation de Sartre « L’enfer c’est les autres » où il est expliqué que par l’épreuve du regard d’autrui, je peux me regarder moi-même et émettre un jugement sur qui je suis). Pour Sartre finalement, sans autrui je ne possède pas directement de qualité. Si je suis tout seul sur une île, je ne peux être ni gentil, ni courageux.

 

III. A quelle condition mon rapport à autrui est-il moral ?

Kant formule un impératif catégorique : une loi de la raison à laquelle je dois me conformer si je veux agir moralement. Et dans la 2e formulation de cet impératif, Kant cite explicitement autrui : « agit de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta propre personne que dans celle d’autrui, toujours comme une fin mais pas comme un moyen ». Agir moralement envers autrui, c’est donc le considérer comme une fin en soi et non pas comme quelque chose dont je vais pouvoir me servir pour obtenir quelque chose d’autre. La différence entre une personne et une chose nous dit Kant c’est qu’une personne possède une valeur alors qu’une chose possède un prix, que je vais pouvoir utiliser à mes fins.