PHILOSOPHIE

Le langage est un système de signes, mots ou gestes, qui permettent de communiquer.

 

I. Ce que permet le langage

A. Homme/animal

L’auteur Von Frisch a fait la distinction entre le langage humain et la communication animale. Il a notamment travaillé sur le langage des abeilles. Il semble à première vue que les animaux, comme les abeilles, aient un langage, car elles communiquent, elles émettent des signes pour transmettre des informations. Par exemple Von Frisch remarque que les abeilles indiquent par une danse en forme de huit, les endroits où se trouve de la nourriture.

Pour autant, Von Frisch remarque que le langage des abeilles est fixe et ne varie pas. Il fait une expérience : il place de la nourriture en haut d’un pylône de radiodiffusion, à un endroit où ne se situe naturellement pas de la nourriture, ils observent que ces abeilles ont vu cette nourriture mais sont incapables d’indiquer aux autres abeilles où se trouve cette nourriture. Il explique que c’est parce qu’aucune fleur ne pousse dans les nuages, donc les abeilles n’ont pas l’habitude de désigner cet endroit par un nouveau système de signes.

En revanche, l’homme est capable d’inventer des signes, des termes, des mots pour indiquer de nouvelles choses. Plus fondamentalement, à la différence de la communication animale et des signes animaux qui seraient plutôt des signaux, le langage humain n’est pas fixe, pas invariable dans le temps, pas instinctif, ce qui permet de communiquer des informations précises et même abstraites.

Le langage humain dispose de ce que l’on appelle une fonction symbolique. L’homme émet des signes qui renvoient à un sens, et plus généralement à une conception du monde, d’un monde configuré. Il y a donc bien une différence entre le langage animal qui est restreint à communiquer des informations vitales, et le langage humain qui peut exprimer plus de choses, expliquer le monde, exprimer des sentiments, comme la poésie qui par le travail de la langue peut rendre compte de sentiments très précis. Le langage permet aussi d’expliquer ce qui n’est pas, par exemple ce qui a été : l’Histoire, ce n’est pas encore : la science-fiction, ou des choses totalement imaginaires, comme le chant des sirènes ou les licornes. Le langage est donc le propre de l’homme, même si les animaux communiquent.

B. Le langage permet la pensée (Hegel)

Hegel fait la thèse que le langage permet la pensée. Autrement dit, on ne pense pas en dehors du langage. Hegel affronte l’idée selon laquelle la vérité peut se trouver par une seule intuition, l’idée selon laquelle la vérité est de l’ordre de l’indicible, de l’ineffable. Une intuition n’est pas véritablement une pensée, c’est un début de pensée, indistinct et confus. Il faut mettre des mots sur cette intuition pour qu’elle advienne à elle-même. Au cours d’une discussion, on peut avoir des intuitions, mais c’est en parlant de ces intuitions que l’on en prend véritablement conscience. Donc c’est par le langage que la pensée advient véritablement, il n’y a pas de pensée indépendante du langage. 

 

II. Ce que ne permet pas le langage

A. Une langue = une conception du monde

Il existe plusieurs langues, et chaque homme ne peut parler qu’un nombre restreint de langue. Or, toute langue véhicule une certaine conception du monde. Par exemple, il y a des différences entre le français et l’anglais : en anglais, on place l’adjectif avant le nom, et on sait qu’en règle générale, la langue anglaise porte plus attention aux détails, contrairement à la langue française. Cela véhicule une conception du monde : la philosophie empiriste, de l’expérience, est avant tout une philosophie anglaise.

Même au sein d’une même langue, le nombre de mots à disposition est limité. En moyenne, un individu dispose de 6 000 mots en français, là où les écrivains peuvent en disposer jusqu’à 40 000. Cela limite donc les capacités à s’exprimer.

B. Bergson : mots généraux

Une autre limite plus fondamentale est mise en avant par Bergson. Il remarque que les éléments du langage, les mots, sont généraux. Par exemple, le mot « table » désigne l’ensemble des tables qui existent. Or, chaque chose désignée par un mot est par nature singulière. Ce que veut dire Bergson est que la généralité des mots nous fait croire à l’invariabilité de nos sensations. J’ai une sensation, je vais mettre des mots dessus, par exemple « j’ai soif », mais cette expression « j’ai soif », va signifier de manière univoque toutes mes sensations de soif, pourtant toutes différentes par définition. C’est la même chose avec l’amitié ou l’amour qui qualifient des relations par nature singulières. La généralité des mots ne va donc pas épouser la singularité des éléments qui composent le réel. C’est une des limites du langage qui nous fait croire à l’invariabilité de nos sensations.

 

III. Peut-on tout dire ? (Légitimité)

Enfin, on peut se demander s’il est possible de tout dire, non pas au sens de la capacité car on vient de voir qu’il était impossible de tout dire, mais au sens de la légitimité : est-il permis de tout dire ? Non, il n’est pas permis de tout dire. Pascal explique que la vie sociale suppose une forme d’hypocrisie. On doit cacher certaines choses pour garder le lien social. Si l’on disait tout, remarque Pascal, alors il ne subsisterait pas plus de quatre amis dans le monde. Il vaut mieux garder pour soi certaines pensées, ne pas les exprimer pour préserver le lien social.

Le thème de la liberté d’expression est important : on peut tout dire, mais cette liberté à des limites à partir du moment où elle inciterait à la haine ou qu’elle nuirait à la liberté des autres.

La liberté d’expression est différente de la libération de la parole. La liberté d’expression est un droit, une liberté négative : je peux m’exprimer car une institution politique ne m’empêche pas de le faire. La libération de la parole est un processus car la parole n’est plus censurée par des principes que je m’impose souvent moi-même. On peut penser à la psychanalyse selon laquelle par le langage je vais réussir à mettre des mots sur des pensées, des pulsions, des désirs refoulés, un passé qui me hante, mais que je n’arrive pas à conscientiser. C’est par le langage que je vais alors me libérer de la névrose en prenant conscience de ceux-ci.