SES

Un pouvoir de marché est une situation dans laquelle une entreprise peut fixer les prix sur un marché. On dit qu’elle est price maker, faiseuse de prix, et non price taker, preneuse de prix.

 

I. La concurrence pure et parfaite

 

Avant d’aborder cette question, il faut se pencher sur les conditions de la concurrence pure et parfaite. Quelles sont normalement les conditions dans lesquelles une entreprise est price taker et dans laquelle aucune entreprise n’a plus de pouvoir que les autres ? Ces conditions sont au nombre de cinq :

 

- Condition d’atomicité : cette condition d’atomicité est l’idée qu’il y a un très grand nombre d’acteurs, producteurs et vendeurs et aucun de ses acteurs n’a suffisamment de poids sur le marché pour pouvoir l’influencer.

 

- Condition d’homogénéité des produits : toutes les entreprises du marché proposent des produits identiques, ou au moins très similaires.

 

- Condition de libres entrée et sortie : n’importe quelle entreprise peut entrer sur le marché et y produire n’importe quel bien et/ou service, et elle peut aussi, sans que ce soit trop coûteux, cesser de produire et sortir du marché.

 

- Condition de mobilité des facteurs : la parfaite mobilité des facteurs de production est l’idée que les travailleurs et le capital peuvent circuler, changer d’affectation sans crainte économique ou géographique trop importante.

 

- Condition de transparence : la transparence de l’information est le fait que tous les agents économiques ont accès à la même information. Il n’y a pas d’asymétrie d’information.

 

II. Concurrence imparfaite et pouvoir de marché

 

En réalité, il est très rare que toutes ces conditions sur un marché. On remarque souvent que les trois premières conditions – atomicité, homogénéité et libre entrée et sortie – sont les moins respectées. Il suffit qu’une de ces conditions ne soient pas respectée pour que la concurrence soit imparfaite et que l’entreprise ait un pouvoir de marché. Nous allons donc voir dans quels cas une entreprise à un pouvoir de marché.

 

A. Différenciation de l’offre et concurrence monopolistique

Le premier cas est le cas de concurrence monopolistique. On parle de concurrence monopolistique quand il n’y a pas d’homogénéité des produits. Les entreprises peuvent choisir de mettre en place des stratégies de différenciation des produits. Elles différencient leur produit soit en termes de qualité, soit en terme d’innovation pour avoir un produit unique, et donc être sur leur marché en situation de concurrence mais on parle de concurrence monopolistique parce qu’elles sont les seules à produire cette variété précise de bien ou de service. On peut prendre l’exemple d’Apple. C’est une entreprise qui produit des ordinateurs, des tablettes, des téléphones. Ce n’est pas du tout la seule entreprise à produire ce type de biens, mais elle produit des biens extrêmement innovants, auxquels sont attachés une image de marque extrêmement qualitative, ce qui fait qu’Apple est dans une situation de concurrence monopolistique. Apple produit des produits high tech comme d’autres entreprises, mais c’est la seule à produire des produits Apple.

 

B. Oligopole et monopole, absence d’atomicité

La deuxième situation est une situation où il n’y a pas d’atomicité sur un marché, c’est-à-dire qu’il y a un petit nombre, voire un seul offreur.

Un oligopole est une situation où il y a un très petit nombre d’offreurs.

Un monopole est une situation où il n’y a qu’un seul offreur. Une situation d’oligopole, si on prend l’exemple français le plus souvent donné, ce sont les opérateurs de téléphonie où il y a un très petit nombre d’offreurs. Comme ils sont très peu nombreux, ils sont price makers. Ils ont fixé des prix plus élevés que ce qu’ils ne devraient être normalement. Par ailleurs, il y a une situation de monopole dans le transport de voyageurs par train avec la SNCF.

 

C. Barrières à l’entrée naturelles et stratégiques

La troisième et dernière situation de pouvoir de marché est la situation dans laquelle il y a des barrières à l’entrée, c’est-à-dire que l’entrée sur ce marché est extrêmement couteuse. C’est donc la libre entrée et la libre sortie qui ne sont pas respectées. Cette situation peut avoir de multiples raisons.

Certaines barrières sont dites naturelles, puisqu’elles s’expliquent par le coût des infrastructures. Il y a un énorme coût en infrastructure pour mettre en place le bien ou le service. C’est notamment le cas des infrastructures en réseau. Pour reprendre l’exemple du transport ferroviaire de voyageurs et de la SNCF, construire un réseau ferroviaire représente un coût énorme. Il faudrait un budget énorme si une entreprise concurrente voulait poser un réseau parallèle aux rails de la SNCF. Il en est de même pour le réseau électrique ou le réseau de distribution d’eau potable.

Il y a aussi des barrières dites stratégiques. On peut avoir des stratégies agressives pour vendre des produits à des prix très bas pour empêcher la concurrence d’entrée sur le marché. Par exemple, on fait des économies d’échelle importante, parce que l’on produit les biens en très grande quantité ce qui permet de les vendre à un prix dérisoire. Aucune entreprise ne pourrait produire en arrivant sur le marché en produisant une telle quantité. Aucune entreprise ne pourra faire concurrence puisqu’elle aura besoin de temps pour grossir et pouvoir proposer des prix aussi bas. Il y aussi des stratégies publicitaires, de fidélisation, etc., qui font que certaines entreprises fixent des barrières qui les mettent en situation de monopole ou d’oligopole sur un marché.