Cours Qu'est-ce que la monnaie et comment est-elle créée ?
Exercice d'application

Exercice : Le Brexit et la chute de la Livre - Conséquences économiques et sociales

 

Document 1 : Les marchés réagissent (très) mal à la victoire du Brexit (Le Huffington Post, 24 juin 2016)

Ils n'y croyaient, ils en seront pour leurs frais. Les marchés connaissent un réveil très difficile ce 24 juin avec la victoire quasi certaine du Brexit au Royaume-Uni.

Dans un premier temps, le vent semblait tourner vers la victoire des partisans du maintien et les investisseurs avaient le sourire au moment de la fermeture des bureaux de vote du pays le 23 juin à 22 heures, la livre sterling s'envolant au-dessus de 1,50 dollar. Un peu plus tôt, Wall Street avait fini en nette hausse, tout comme auparavant la Bourse de Londres et les autres places européennes.

Mais volte-face dans la matinée à Tokyo, alors que les urnes livraient progressivement leur verdict, avec des résultats plus favorables que prévus au Brexit. Le vote pour une sortie de l'Union européenne était en tête avec 51,7% des voix après dépouillement dans 200 des 382 centres du pays, selon le décompte officiel.

La livre plonge face au dollar et à l'euro

La réaction des marchés a été immédiate. La livre britannique a chuté à 1,33 dollar vendredi, perdant plus de 10% sur la journée, alors que le Brexit était donné en tête selon les projections de la BBC et de Sky News. Vers 6h30 du matin, la monnaie britannique a dévissé à 1,34 dollar, après avoir touché un peu plus tôt son plus bas niveau depuis 1985, selon les annales de l'agence financière Bloomberg.

À la même heure, elle baissait aussi face à l'euro. La livre a baissé à 1,22 euros, proche de son plus bas niveau des 12 derniers mois.

Parallèlement, le yen, valeur refuge, a flambé. Le dollar chutant à 99,04 yens, du jamais vu depuis novembre 2013, contre 106,84 yens auparavant, et l'euro à 109,60 yens, contre 122,01 yens.

"Les investisseurs oscillent entre espoir et désespoir, au fur et à mesure que sont égrenés les résultats", a commenté Hideyuki Suzuki, analyste chez SBI Securities à Tokyo, interrogé par l'AFP.

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Document 2 : Cours de la livre sterling le 23 juin 2016 (source : Le Huffington Post)

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Document 3 : Le Brexit dope les exportations britanniques (Les Échos, 23 août 2016)

Grâce à la faiblesse de la livre sterling, les commandes à l’exportation du secteur manufacturier ont atteint au mois d’août leur niveau le plus haut depuis deux ans.

Les conséquences du Brexit sur l'économie britannique sont guettées avec attention. Nouvel argument à ceux qui pensaient que le pays en bénéficierait, les commandes à l'exportation du secteur manufacturier ont atteint en août leur plus haut niveau depuis deux ans. Ce phénomène s'explique par la chute de la livre sterling, qui a elle-même suivi les résultats du référendum du 23 juin, selon une étude de la confédération britannique de l'industrie (CBI).

« C'est bien de voir une croissance de la production manufacturière plus forte que prévu et certains signes indiquant que la chute de la livre contribue à gonfler les commandes à l'exportation », a commenté Anna Leach, responsable de l'analyse et des études économiques au sein de la CBI.

Un phénomène à double tranchant

Selon une étude de la confédération britannique de l'industrie, l'indice des commandes globales au secteur a augmenté soudainement en août, passant de -22 à -6, après un léger recul en juillet. Les anticipations des niveaux de production pour les trois mois venir ont également gagné 5 points par rapport à juillet.

Les entreprises, plus optimistes, envisagent également d'augmenter les prix moyens qu'elle pratiqueront au cours des trois prochains mois : leur indice passe ainsi de +5 à +8.

Anna Leach précise tout de même que la faiblesse du cour de la livre est à « double tranchant », puisqu'elle fait aussi augmenter les coûts et les prix.

 

Document 4 : Brexit : les expatriés britanniques préoccupés (Le Figaro, 24 juin 2016)

Le Brexit désormais acté, les expatriés britanniques installés en France s'inquiètent. Pour tenter de répondre à leurs nombreuses préoccupations, des associations accompagnent ces ressortissants.

L'annonce du Brexit a sonné comme un coup de massue pour beaucoup d'expatriés britanniques. En France, ils sont quelque 172 806 ressortissants à avoir appris la nouvelle avec stupeur. Pour soulager leurs préoccupations, certains se tournent vers les associations chargées de défendre leurs intérêts. « On a reçu beaucoup d'appels et d'e-mails », confirme au Figaro Christopher Chantrey, président du British Community Commitee en France.

Pour ses adhérents, les ressentis sont souvent les mêmes: « Beaucoup de déception, le sentiment d'avoir perdu quelque chose: nous, qui perdrons notre citoyenneté européenne ; le Royaume-Uni, qui part à l'aventure en quittant une structure qui a certes besoin de réformes, mais sans conserver la moindre possibilité d'orienter ou d'impulser ces réformes. Et l'Europe, qui est fragilisée par ce vote des Britanniques ». Même son de cloche du côté de l'association France-Grande-Bretagne : « On reçoit beaucoup de réactions de nos adhérents depuis ce matin. La plupart des Britanniques installés en France sont catastrophés, ils ne comprennent pas du tout pourquoi la Grande-Bretagne quitterait l'UE », explique son délégué général Gérard Hocmard.

Inquiétude générale

Préoccupés, les expatriés d'outre-Manche installés en France le sont. Les interrogations demeurent, notamment en ce qui concerne la couverture sociale et les pensions de retraite pour les retraités britanniques venus vivre dans l'Hexagone après une carrière au Royaume-Uni : « Les citoyens européens résidant dans un autre pays membre bénéficient de la couverture sociale du pays d'origine s'ils n'ont pas cotisé au système d'assurance maladie du pays hôte. Cela va s'arrêter pour beaucoup de nos concitoyens retraités en France », relate Christopher Chantrey. Une préoccupation également soulignée par Gérard Hocmard : « Si la livre s'effondre - leur retraite étant calculée en livre - il peut y avoir des inquiétudes ». Dans ce contexte particulier, les associations jouent plus que jamais leur rôle d'accompagnateurs : « Nous essayons de trouver des solutions, en nous adressant au gouvernement britannique ou aux autorités françaises pour exprimer nos inquiétudes et nos demandes et en informant nos concitoyens », détaille le président du British Community Commitee.

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Questions

1) (Documents 1 & 2) Quelle relation y-a-t'il entre l'évènement politique qu'est le vote du Brexit et la chute du cours de la livre sterling sur le marché des changes international ?

2) (Document 1) Pourquoi certaines valeurs monétaires peuvent être considérées comme des « valeurs refuges » pour les investisseurs internationaux ?

3) (Document 3) Dans quelle mesure la valeur comparative de la monnaie nationale sur le marché des changes influe sur le commerce international du pays ?

4) (Document 4) Dans quelle mesure les expatriés britanniques sont-ils touchés par la baisse de la livre sterling sur le marché des changes ?

5) À partir des documents, faites une synthèse d'une quinzaine de lignes des conséquences économiques et sociales de la chute d'une monnaie sur le marché des changes.

1) Un événement politique tel que le référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne est de nature à secouer les marchés financiers, et en particulier le cours de la monnaie nationale. La valeur de celle-ci dépend de la confiance de ceux qui l'utilisent envers la capacité qu'elle a à être acceptée par tous. C'est également une réserve de valeur. La sortie du Royaume-Uni de l'Union est susceptible de bloquer les accords de libre-échange entre la péninsule d'outre-Manche et le continent. Elle témoigne par ailleurs d'un climat politique incertain et d'une méfiance envers les institutions. Ces éléments ont des conséquences importante pour l'économie du pays, et les investisseurs inquiets préfèrent vendre les avoirs qu'ils détiennent en livres sterlings, la rupture de confiance envers certains des fondements de l'économie britannique entraîne ainsi une perte de valeur de la monnaie.

 

2) Par opposition, les avoirs qui ne sont plus détenus en livres conduisent à des flux d'investissements importants envers d'autres valeurs, perçues comme étant de meilleurs gages de confiance. Le yen, la monnaie japonaise, fait office de valeur refuge à ce moment-là, au même titre que l'or de façon plus générale, à chaque fois que le climat financier sur les marchés internationaux est incertain.

 

3) Une monnaie qui s'affaiblie sur le marché des changes comparativement aux autres valeurs rend paradoxalement les exportations du pays plus compétitives. Il s'agit du même mécanisme que pour les touristes étrangers se rendant au Royaume-Uni : la faiblesse de la livre en comparaison à leur monnaie nationale dope leur pouvoir d'achat sur place. En revanche, la faiblesse d'une monnaie renforce le coût des importations, ce qui peut produire une certaine inflation des prix. Une économie nationale est souvent dépendante en partie des importations, notamment pour les pays occidentaux qui sont dans l'obligation d'importer du pétrole de l'étranger pour assouvir leurs besoins énergétiques. Ainsi, un double effet se met en place, si les exportations sont plus compétitives, les prix locaux peuvent également augmenter.

 

4) Les expatriés britanniques présents en France pour y séjourner une fois l'âge de la retraite atteint, n'ont pas cotisé pour leur couverture sociale sur le territoire français. Ils perçoivent donc leur pension de retraite directement du Royaume-Uni, pays où ils ont précédemment travaillé, et leur pouvoir d'achat est ainsi affecté, puisque dans ce cas-ci, en chutant, la livre perd du pouvoir d'achat par rapport à la monnaie commune européenne.

 

5) La chute d'une monnaie sur le marché des changes, comme pour le cas de la livre britannique lors de l'annonce du Brexit, entraîne plusieurs types de conséquences économiques et sociales. Ainsi que nous l'indique le document 2, les exportations du pays sont plus compétitives et tendent à se renforcer. Les entreprises britanniques peuvent vendre sur les marchés étrangers en quantité plus importante, ou élever leurs prix sans risquer de perdre des parts de marché, renforçant ainsi leurs marges. Mais par opposition, les prix des productions importées s'élèvent, et si l'économie n'est pas suffisamment indépendante en étant contrainte de se fournir à l'étranger pour maintenir son niveau de production, une véritable inflation peut se produire. Aussi, diverses conséquences sociales peuvent être causées directement par la chute de la valeur monétaire. (Nous ne parlons pas ici des causes purement politiques liées au Brexit.) Tel que nous le décrit le quatrième document, les expatriés britanniques résidant à l'étranger et touchant leur revenu de la Couronne sont les premiers touchés en voyant leur pouvoir d'achat se contracter. Par ailleurs, la chute d'une monnaie nationale remet en cause la confiance que les investisseurs ont envers celle-ci. Ils peuvent par extension être conduits à détourner leurs investissements des productions et des possibilités d'innovation du pays, en n'attribuant plus un potentiel de réserve de valeur à la monnaie locale suffisant. Ces multiples remous amènent aujourd'hui l'essentiel des grandes puissances économiques mondiales à vouloir conserver à tout prix une monnaie stable et forte, afin de se prémunir de tels risques.