Cours Le Romantisme
Exercice

L'énoncé

Répondre aux questions à partir du poème de Lamartine intitulé "Le coquillage au bord de la mer" tiré des Méditations Poétiques, 1820.

 

"Quand tes beaux pieds distraits errent, ô jeune fille, 
Sur ce sable mouillé, frange d'or de la mer, 
Baisse-toi, mon amour, vers la blonde coquille 
Que Vénus fait, dit-on, polir au flot amer.

L'écrin de l'Océan n'en a point de pareille ; 
Les roses de ta joue ont peine à l'égaler ; 
Et quand de sa voluté on approche l'oreille, 
On entend mille voix qu'on ne peut démêler.

Tantôt c'est la tempête avec ses lourdes vagues, 
Qui viennent en tonnant se briser sur tes pas ; 
Tantôt c'est la forêt avec ses frissons vagues ; 
Tantôt ce sont des voix qui chuchotent tout bas.

Oh ! ne dirais-tu pas, à ce confus murmure 
Que rend le coquillage aux lèvres de carmin, 
Un écho merveilleux où l'immense nature 
Résume tous ses bruits dans le creux de ta main ?

Emporte-la, mon ange ! Et quand ton esprit joue 
Avec lui-même, oisif, pour charmer tes ennuis, 
Sur ce bijou des mers penche en riant ta joue, 
Et, fermant tes beaux yeux, recueilles-en les bruits.

Si, dans ces mille accents dont sa conque fourmille, 
Il en est un plus doux qui vienne te frapper, 
Et qui s'élève à peine aux bords de la coquille, 
Comme un aveu d'amour qui n'ose s'échapper ;

S'il a pour ta candeur des terreurs et des charmes ; 
S'il renaît en mourant presque éternellement ; 
S'il semble au fond d'un cœur rouler avec des larmes ; 
S'il tient de l'espérance et du gémissement...

Ne te consume pas à chercher ce mystère ! 
Ce mélodieux souffle, ô mon ange, c'est moi ! 
Quel bruit plus éternel et plus doux sur la terre, 
Qu'un écho de mon cœur qui m'entretient de toi ?"


Question 1

Quelle est la situation d'énonciation ? 

Dans ce poème, le poète parle à une étrangère absente, créée de toute pièce par son imagination. Ainsi, le poème fait entendre un dialogue fictif entre le poète et cette femme rêvée.

Même si le poète écrit un semblant de dialogue avec la jeune étrangère, tout cela réside en l’intériorité du poète. Le poète invente les mots et les gestes de la jeune femme tout au long de ce songe poétique : "dirais-tu". Ainsi, l'adresse du sujet poétique à cette jeune femme ne constitue rien d'autre qu'un emportement lyrique. 

Il s'agit d'un dialogue fictif.

Question 2

Comment la jeune femme est-elle imaginée par le poète ? Que provoque-t-elle chez le poète ? 

La jeune étrangère est assimilée à la nature. En effet, la nature et la jeune étrangère ont pour point en commun la possession. La jeune fille possède ce coquillage entre ses mains. Or ce coquillage symbolise le poète. Cela signifie qu’elle a les pleins pouvoirs sur le sujet lyrique, à l’abandon dans sa songerie. Par ailleurs, cette jeune étrangère fait écho à la Vénus du tableau de Botticelli.

Même si le sujet lyrique écrit les mots rêvés de la jeune étrangère, celui-ci n’est toutefois pas ignorant de l’absence physique de cette jeune étrangère. En effet, la valeur hypothétique de son propos est soulignée par : « ne dirais-tu pas » : ce conditionnel présent et cette forme négative créent une négation de l’existence physique de cette jeune fille.

Mais le "je" lyrique atteint la présence de cette jeune étrangère par le songe de l’esprit, par l’épanchement lyrique : il crée un autre monde, qui n’existe qu’en lui. Le sujet lyrique est épris d'un désir, né de la sensualité de cette jeune étrangère : "Que rend le coquillage aux lèvres de carmin". Il y a donc ici le thème de la femme désirée, désir qui lui-même naît de sa sensualité : "lèvres de carmin". Le carmin est de couleur rouge. Or, le rouge est la teinte de l'amour et du désir. Ainsi, cette évocation de la jeune étrangère est un appel à l'éveil des sens visuels et du toucher (cf : "lèvres"). 

De plus, on peut souligner le trouble dans lequel est plongé le sujet lyrique par l’emploi du mot « confus » : il y a une obscurité qui auréole ce songe, et qui accentue le fait que si ce murmure apparaît indistinct, très peu éclairé, et flou, c’est sans doute en raison du fait que ce murmure ne se manifeste que dans le songe. Ce « confus murmure » n’est pas tangible ou clairement racontable parce qu’il émerge de l’imagination du poète. 

Enfin, le songe poétique présente une symbiose entre le féminin et le masculin, soit entre la jeune étrangère et le "je" lyrique, à travers une alternance entre rimes féminines et rimes masculines ("murmure", "nature" (rimes féminines) / "carmin", "main" (rimes masculines).

 Ainsi, la jeune étrangère est ici idéalisée, et c'est cette idéalisation qui provoque en le sujet lyrique un trouble intérieur. 

La jeune étrangère est assimilée à la nature.

Question 3

Comment la nature apparaît-elle dans ce poème ? 

La nature est présentée à travers sa grandeur« Un écho merveilleux où l’immense nature ». Il y a là un effet de grandeur avec l’emploi du mot « immense », puisque la nature ne semble pas connaître de délimitation distincte. La grandeur de la nature est également soulignée par la pluralité de ses sons : "tous ses bruits". Dans le songe lyrique du poète, la nature offre un horizon et un son infinis. 

De plus, la nature sert de cadre au poète pour approfondir son songe. De ce songe va découler l’aveu amoureux du poète, adressé à la jeune étrangère : « Comme un aveu qui n’ose s’échapper ». Le "je" lyrique personnifie le coquillage et dévoile ainsi son identification à ce coquillage. Le poète est ce coquillage qui berce la jeune fille des mots d’amour. Par ailleurs, la nature est possessive (cf : le déterminent possessif "ses" au vers 16). De ce fait, la nature est personnifiée, et donc idéalisée. 

Par ailleurs, le poème mime le mouvement de la mer avec des sonorités liquides, qui créent la douceur du poème. Les vers réfléchissent tous les mots entre eux, autrement dit, le microcosme se réfléchit dans le macrocosme au sein d’un univers qui se traduit en harmonie. La nature est donc présentée comme un monde métamorphique, où la forme de chaque élément parvient à ressembler à la forme d’un autre élément.

Question 4

En quoi ce poème s'inscrit-il dans la veine du romantisme ? 

Ce poème s'inscrit dans la veine du romantisme en raison de la présence du thème de la mélancolie. Le poète traduit sa mélancolie à travers, par exemple, des sonorités nasales (m) qui accentuent l’effet de langueur : « immense », « carmin », « murmure », « merveilleux ».

De plus, le songe poétique du poète n'est rien d'autre que l'expression d'un idéal. En effet, le poète se livre à un emportement lyrique où il idéalise le monde et la jeune étrangère.

Enfin, l'expression de la subjectivité du poète dévoile un sujet lyrique qui exalte ses sentiments intérieurs.