Annale – Commentaire : Déjà je ne trouve plus ton visage, H. Cadoue

Explorer et renouveler le langage

I. Jouer avec le langage

 

Les poètes jouent beaucoup avec le langage. A la fin du Moyen Âge, les grands rhétoriqueurs créent des poèmes dont la forme était bien plus importante que le fond. Ils s’imposaient, en effet, des contraintes extrêmement strictes pour donner des poèmes qui constituaient de véritables jeux de langage.

A la fin du XXe siècle, un groupe de poètes forment l’Oulipo, inventant différents poèmes avec différentes contraintes. Par exemple, en écrivant des poèmes d’une page avec tous les mots se terminant en -ar.

 

II. Explorer la langue

 

Les poètes s’interrogent sur les capacités expressives de la langue, se demandant jusqu’où peut aller le langage, qu’est-ce qu’il peut exactement signifier. Ils jouent ainsi sur les significations multiples des mots ou sur leurs étymologies.

Eluard dira par exemple : « la Terre est bleue comme une orange ». On assiste ici à une véritable exploration de la langue puisque deux mots extrêmement communs, « bleue » et « orange », donnent en apparaissant dans la même phrase une impression de renouvellement, le sentiment d’être face à quelque chose de complètement neuf.

Transfigurer le réel

Contrairement au langage courant, le langage poétique n’a pas pour but premier de transmettre une information, mais possède une fonction artistique. Ainsi, dans le langage courant on dirait par exemple : « je suis triste. ». Le but premier de cette phrase est informatif, transmettant une information sur son état en seulement trois mots. Le poète utilise au contraire le langage poétique, à fonction artistique. Au lieu ainsi de simplement dire « je suis triste », Verlaine dira :

« Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ? ».

Verlaine emploie donc quatre phrases alors qu’il aurait pu se contenter de trois mots. Le but premier de Verlaine n’est pas de donner une information, même si l’information est bien présente dans ces vers. Son but premier est de créer un nouveau monde, c’est la fonction artistique du langage poétique.

En effet, il ne peut pas littéralement « pleuvoir dans un cœur ». Le poète décrit la réalité telle qu’il l’a recréée, en lui donnant une beauté nouvelle. Les poètes recherchent alors souvent la beauté où elle ne se voit pas.

Baudelaire dans Les Fleurs du Mal extrait la beauté du mal, de tout ce qui est considéré comme laid. Baudelaire, par exemple, a écrit un poème sur une charogne, où il extrait la beauté de la mort et de la décomposition du corps. D’où le nom de son recueil Les Fleurs de Mal, signifiant les beautés issues de la laideur.

Francis Ponge n’extrait pas la beauté du mal, mais du quotidien. Il écrit ainsi des poèmes sur le pain, sur une huitre, et sur divers objets du quotidien qui prennent alors une nouvelle dimension poétique.