Cours Stage - Les débuts du roman

Exercice - Dissertation sur le personnage de roman

L'énoncé

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Question 1

Un personnage de roman doit-il nécessairement surmonter des épreuves pour être considéré comme un héros de fiction ?

Introduction

Un personnage de roman est une créature du romancier, le personnage est un être de fiction mais ce n’est pas pour autant son caractère fictif qui le constitue comme personnage. En effet, certains personnages sont des figures historiques qui sont d’authentiques personnages. La constitution du personnage passe donc par son inscription dans la fiction mais l’œuvre peut également chercher à entretenir l’illusion du réel, visant à satisfaire l’exigence de vraisemblance, travaillant à faire comme si les pensées du personnage, ses paroles, ses actions ou ses sentiments pouvaient se produire dans la réalité.

Le terme « héros » quant à lui désigne le personnage principal d’une œuvre de fiction, quelles que soient les qualités dont il fait preuve. Toutefois son rôle est généralement de dépasser la condition humaine, notamment d’un point de vue physique et d’œuvrer pour le bien de la communauté, d’un point de vue moral. Selon les cultures, un héros peut être considéré comme un demi-Dieu, un idéal, un personnage légendaire, voire un surhomme ou une personne courageuse, faisant preuve d’abnégation. Ses actes courageux permettent par conséquent de le distinguer et de susciter une admiration chez le lecteur.

Surmonter une épreuve peut signifier vaincre et triompher malgré les obstacles, aller au delà de soi-même, de ses capacités physiques ou morales.

 

Problématique

Il convient alors de s’interroger sur la nécessité de surmonter des épreuves pour que le personnage de roman soit considéré comme un héros de fiction et non un simple personnage principal.

 

Annonce du plan

Nous verrons dans un premier temps que bien que le héros de fiction puisse être considéré comme un élément clé du roman (I), un personnage de roman qui ne surmonte pas des épreuves peut, lui aussi, être considéré comme un héros de fiction (II).

 

Partie I. Le rôle clé du personnage de roman en tant que héros de fiction

L’on a pu constater à travers les siècles que le roman a besoin de personnages étant capables de se dépasser, de personnages « héroïques » triomphant malgré les obstacles.

 

A) La figure mythique du héros

À titre liminaire il convient de rappeler que le héros est présent depuis toujours avec le « héros antique », lequel représente la lutte digne face à un destin implacable, il est censé avoir la grandeur et la noblesse des héros légendaires. L’un des personnages les plus célèbres étant Ulysse dans L’Odyssée d’Homère qui est renommé pour son esprit, son éloquence et sa curiosité qui rendent son conseil très rusé lors de la guerre de Troie à laquelle il participe. C’est un personnage audacieux et curieux mais également faisant preuve d’une force physique hors norme, notamment lorsqu’il aveugle un géant pour s’échapper de l’antre des Cyclopes.

On pense également au combat fatal du chevalier Roland dans La Chanson de Roland de Turold mais surtout au roman Yvain ou le Chevalier au lion, dans lequel le poète Chrétien de Troyes met en scène un chevalier prêt à combattre pour se venger, contraint d’exécuter de nombreuses prouesses telles qu’aider un lion à combattre un dragon, et ce pour que Laudine lui accorde son pardon.

Ces figures mythiques du héros antique et du héros du Moyen Âge témoignent de l’importance de la prouesse des personnages ainsi que de la nécessité de surmonter des épreuves pour être qualifiés de véritables héros, inspirant le respect et l’admiration.

 

B) La symbolique des épreuves

Surmonter des épreuves serait un moyen pour les personnages de montrer leurs qualités, de se dépasser, afin d’être considérés comme des héros aux yeux des lecteurs.

Une épreuve peut être l’essai par lequel on éprouve la résistance de quelqu’un. En d’autres termes il peut s’agir d’un test mais aussi de la difficulté qui éprouve le courage de quelqu’un, qui provoque chez lui de la souffrance. Ainsi un personnage de roman peut être admiré par le lecteur s’il a dû surmonter des épreuves, faire face à des difficultés pouvant paraître insurmontables.

Certains personnages peuvent aller jusqu’à surmonter une épreuve telle que la mort pour avoir donné du sens à leur existence. C’est le cas du leader communiste Kyo dans La Condition humaine d’André Malraux qui, une fois jeté en prison, avale une ampoule de cyanure pour éviter de parler et de trahir la cause qu’il défend.

La bravoure du héros permet de faire rêver le lecteur, de l’inspirer, allant jusqu’à rendre sa place dans le roman légitime.

 

C) Les diverses formes des épreuves

Les épreuves peuvent prendre diverses formes.

On pense d’abord à l’épreuve de force pouvant désigner une longue confrontation physique par exemple : c’est le cas du comte Horace de Beuzeval dans Pauline d’Alexandre Dumas, qui a affronté seul une tigresse afin de faire preuve de courage face au comportement moqueur des officiers anglais. Cherchant à se détacher de son apparence fragile, ce dernier a tué la tigresse de dix-sept coups de poignards, perdant ainsi une partie de son bras gauche et se voyant déchirer la poitrine par un coup de griffe. Cette action permet au personnage d’accentuer sa quête d’aventure et de le rendre brave aux yeux du lecteur.

C’est aussi le cas de Rochas dans La Débâcle d’Émile Zola qui, dans un contexte de guerre et de souffrance physique, parvient à saisir le drapeau tricolore afin de le cacher des Prussiens. Alors qu’il sent la mort, le personnage arrache la soie du drapeau, la déchire et cherche à la faire disparaître. C’est le cas également d’un soldat défendant son pays lors de la seconde guerre mondiale : le capitaine Grange, personnage principal du roman Un balcon en forêt de Julien Gracq, lequel continue à lutter pour son pays alors qu’il est gravement blessé.

Mais aussi on pense à l’épreuve morale, à la volonté d’un héros de fiction d’œuvrer pour le bien de la communauté et des difficultés et conséquences que cela peut engendrer. Ce dernier peut alors devenir un modèle dans le domaine moral, social, spirituel, intellectuel. On pense au docteur Rieux dans La Peste d’Albert Camus qui fera preuve de courage et de générosité en tentant de soigner tous les habitants de la ville d’Oran en Algérie dans un contexte d’épidémie.

Toutefois, un héros enfermé dans sa condition familiale ou sociale, manquant de grandeur et de bravoure ou n’étant pas armé pour lutter, peut tout aussi bien être considéré comme un héros de fiction.

 

Partie II. Un personnage de roman qui ne surmonte pas d’épreuves peut être, lui aussi, considéré comme un héros de fiction

Le fait de surmonter des épreuves n’est pas une condition pour que le personnage de roman soit considéré comme un héros. En effet, il existe d’autres moyens d’attirer l’attention du lecteur, qui ne soient pas la narration des actes extraordinaires de celui-ci.

 

A) L’exemple de l’anti-héros

Si la conduite d’un héros ne correspond pas à un idéal, par exemple s’il fait preuve de lâcheté ou de cupidité, celui-ci peut être qualifié d’anti-héros.

D’autres personnages que ceux qui surmontent des épreuves peuvent inspirer le lecteur et attirer son attention. En effet, de tels personnages peuvent donner au lecteur l’illusion qu’il a affaire à une personne réelle, soit un anti-héros. Ainsi des personnages d’apparence banale, ordinaire, peuvent s’imposer au lecteur qui choisira de s’identifier à eux, de s’y attacher ou de les rejeter. Pour ce faire, le personnage pourra montrer ses faiblesses en ne parvenant pas à surmonter une épreuve. Selon les époques, le héros de fiction aura d’une part la capacité d’incarner différentes conceptions de l’homme et d’autre part celle d’exprimer les nuances des individus.

On peut alors penser à des personnages tels que Jeanne dans Une Vie de Guy de Maupassant qui se retrouve littéralement écrasée par la société, mais aussi à Claude Lantier dans L’Œuvre, d’Emile Zola qui décide de se suicider après avoir réalisé qu’il ne parviendrait pas à atteindre son idéal.

Aussi, dans L’Étranger d’Albert Camus, Meursault n’est pas un personnage principal comme les autres. En effet, il paraît absent et insensible à tout : absent moralement à l’enterrement d’une mère qu’il ne pleure pas et dont il ignore la date exacte du décès, indifférent tant à la proposition de mariage de Marie sa maîtresse, qu’à l’amitié que lui propose Sintès. C’est avec le même détachement qu’il recevra la proposition de poste à Paris par son employeur.

À travers ces anti-héros les romanciers peuvent aller jusqu’à effectuer une charge contre la société, exprimer une veine satirique, tout en les rapprochant du lecteur.

 

B) Un héros faisant face aux échecs et aux désillusions

Certains héros de romans peuvent être marqués par l’échec, confrontés à de nombreuses désillusions. L’on se demande alors si ce sont tout de même des héros. Or, l’échec et l’exploit peuvent se retrouver sur le chemin de l’ascension sociale. Certains héros peuvent tout perdre mais leur échec donnera de l’envergure au roman, on peut même considérer que les plus misérables réussissent du fait qu’ils portent jusqu’au bout leurs valeurs et convictions.

C’est le cas de Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal qui, malgré son échec social, parvient à réussir en amour et à accepter la mort. Son comportement devant les juges, la représentation d’une société fermée ainsi que sa colère et dignité tendent à susciter l’admiration du lecteur. C’est le cas aussi de Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo qui refait le combat de David et Goliath et s’attire la sympathie du lecteur, allant jusqu’à mourir en héros.

L’expérience personnelle de l’auteur à travers le personnage principal Ferdinand Bardamu dans Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline est également révélatrice : ayant participé à la Première Guerre Mondiale, il est hostile à toute forme d’héroïsme qui pour lui va de pair avec la guerre. Selon lui la guerre met en évidence la pourriture du monde, allant jusqu’à la qualifier d’« abattoir international en folie ».

Ainsi, certains personnages ne réussissent pas au sens ordinaire du terme mais ces anti-héros et héros paradoxaux réussissent pourtant autrement et permettent un rapprochement avec le lecteur.

 

C) Un héros proche du lecteur

Le personnage principal d’un roman peut aller jusqu’à s’opposer au héros antique ou à celui du théâtre tragique, incarnant des sentiments et un parcours qui pourraient être ceux des lecteurs.

Il est vrai que le protagoniste peut, dans certains romans, faire preuve d’une grandeur admirable et vivre des aventures extraordinaires mais il peut également être proche du lecteur et de son quotidien. Il n’en demeure pas moins qu’il reste un héros, en tant qu’il est pivot du roman, et non plus un être supérieur. Le romancier peut chercher à faire vivre un personnage confrontant la réalité, un être complexe aux réactions diverses et minutieusement étudiées.

Le romancier peut également utiliser des techniques telles que la focalisation interne pour permettre au lecteur de connaître les émotions ou jugements du héros, cela lui permet de découvrir en même temps que lui les réactions des autres personnages, facilitant son identification au héros.

Le personnage d’Emma dans Madame de Bovary de Gustave Flaubert présente une femme qui faisant face à l’ennui, n’a pas réussi à rester fidèle à son mari. Toutefois, malgré son incapacité à résister à une telle tentation, certains lecteurs la considèrent tout de même comme une héroïne, du fait que bien que prise dans la contradiction et les doutes de ses sentiments et dans ses désillusions, elle ait fait confiance à ce qu’elle ressent réellement.

Selon le mouvement littéraire ou le genre du roman auquel il appartient, le personnage peut donc être différent et susciter diverses réactions chez le lecteur. Dans les romans d’aventure et d’exploration par exemple, il peut incarner les désirs d’exploration du lecteur alors que dans les romans réalistes, le personnage cherchera à affronter le monde et sera avide d’ascension sociale.

 

Conclusion

Il peut être attendu du personnage de roman qu’il surmonte des épreuves afin de montrer ses qualités, de le rendre aventurier, ce qui fera de lui un héros. Toutefois, la définition d’un héros a changé depuis l’Antiquité, maintenant il n’est plus nécessairement attendu de lui qu’il soit un demi-Dieu, il est simplement le personnage principal du roman et peut être admiré différemment, à savoir par ses qualités humaines et ses défauts, ce qui le rapproche de la réalité du lecteur. Combinaison du personnage principal et du protagoniste, le héros est à la fois le moteur principal de l’intrigue et l’acteur au travers duquel le public ressent l’histoire.

Voici une problématique envisageable : Il convient de s’interroger sur la nécessité de surmonter des épreuves pour que le personnage de roman soit considéré comme un héros de fiction et non un simple personnage principal.


 

Un plan possible : 

 

Partie I. Le rôle clé du personnage de roman en tant que héros de fiction

A) La figure mythique du héros 

B) La symbolique des épreuves 

C) Les diverses formes des épreuves

Partie II. Un personnage de roman qui ne surmonte pas d’épreuves peut être, lui aussi, considéré comme un héros de fiction

A) L’exemple de l’anti-héros

 

B) Un héros faisant face aux échecs et aux désillusions 

C) Un héros proche du lecteur