Cours Stage - Le classicisme

Exercice - Phèdre et Hippolyte

L'énoncé

Extrait de Phèdre (acte II, scène 5), Racine (1677)

HIPPOLYTE
Madame, pardonnez. J'avoue, en rougissant,
Que j'accusais à tort un discours innocent.
Ma honte ne peut plus soutenir votre vue,
Et je vais...

PHEDRE
Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi−même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le cœur d'une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé.
C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé :
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.
Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime !
Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même !
Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d'expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m'envie un supplice si doux,
Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.
Donne.

[...]


Question 1

Quels types de vers et des rimes sont utilisés ?

Les vers sont des alexandrins et les rimes sont plates (AABB), par exemple "Objet infortuné des vengeances célestes / Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes."

 

Question 2

Relever des rimes riches, suffisantes et pauvres.

Rimes pauvres (1 son en commun) : "Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc, / Ont allumé le feu fatal à tout mon sang"

Rimes suffisantes (2 sons en commun) : "Ni que du fol amour qui trouble ma raison, / Ma lâche complaisance ait nourri le poison."

Rimes riches (3 sons en commun) : "Toi-même en ton esprit rappelle le passé. / C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé"

Question 3

Quel est le registre de cet extrait ? Justifier.

Il s'agit du registre tragique, on le voit grâce aux nombreuses allusions aux Dieux "vengeances célestes" ;"ces dieux" et à la fatalité "feu fatal"; "Objet infortuné". Phèdre est impuissante, dépassée par son destin, elle semble engagée dans une voie où l'issue est funeste "Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.". La ponctuation expressive est utilisée pour renforcer le tragique de la situation de Phèdre : "Faibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime ! / Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même !".

 

 

Il faut relever les marques de la fatalité.

Question 4

Quels sont les sentiments de Phèdre envers Hippolyte ?

Phèdre éprouve des sentiments contradictoires vis-à-vis d'Hippolyte. Elle lui avoue son amour "je t'aime", on retrouve donc le champ lexical de la passion qu'elle ressent pour lui "fol amour ", "feu", "séduire le cœur", etc. Mais en même temps, elle interpelle plusieurs fois Hippolyte avec l'adjectif "cruel" et utilise la champ lexical de la haine "m'abhorre", "détestes", "odieuse, inhumaine", "haine", etc.

Il y a donc une dualité dans les sentiments de Phèdre qui montre la violence de sa passion, de l'amour à la haine : "connais donc Phèdre et toute sa fureur" ; "Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins".

Il faut relever le champ lexical des sentiments. De quoi s'aperçoit-on ?

Question 5

Quels éléments laissent entendre que Phèdre se sent coupable d'aimer Hippolyte ?

Phèdre se sent coupable d'aimer Hippolyte car elle fait ici un aveu : "Cet aveu que je te viens de faire" ce qui sous entend qu'elle l'a caché pendant longtemps avant d'oser l'avouer, à cause de la honte qu'elle éprouve pour ces sentiments inavouables "Cet aveu si honteux".

Elle a tout fait pour l'éloigner d'elle : "Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.", mais son destin, toujours la rattrape, et pour elle il n'existe qu'une seule issue, aussi funeste soit-elle, pour la délivrer de cet amour "odieux". 

Phèdre se sent coupable aussi du fait qu'elle aime le fils de son défunt mari : "La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !". Cet amour la fait se sentir comme un "monstre" qui ne mérite que le châtiment d'Hippolyte, elle lui réclame donc : "Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour / Digne fils du héros qui t'a donné le jour / Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.".

Son ressenti l'amène donc à demander sa mise à mort : "Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper" mais elle se sent indigne de cette action et finalement évoque le suicide : "Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée /Au défaut de ton bras prête-moi ton épée / Donne."

Phèdre fait un aveu, elle a honte de son amour et pour elle il n'existe qu'une seule issue.