Cours Stage - Avancées et reculs de la démocratie (Espagne, Portugal, Chili)

Composition - Avancées et reculs de la démocratie dans le monde depuis la fin des années 1970

L'énoncé

Thème 1 - Comprendre un régime politique : la démocratie

Sujet de composition : Avancées et reculs de la démocratie dans le monde depuis la fin des années 1970

 


Question 1

Rédiger une introduction pour ce sujet.

[Accroche et présentation générale du sujet]

Le grand mouvement d’avancée de la démocratie depuis la fin des années 1970, rythmé par des moments forts comme la chute du mur de Berlin en 1989, semble aujourd’hui marquer le pas. Des indices pour mesurer la démocratie, comme celui proposé et actualisé chaque année par le groupe de presse britannique The Economist, confirment et précisent ce constat général. L’indice de The Economist suggère ainsi qu’aujourd’hui un peu moins de la moitié de la population mondiale vit dans un Etat démocratique en incluant les démocraties imparfaites. L’évolution de l’indice depuis les années 2000 met aussi en évidence un recul des démocraties dans le monde.

[Définition des termes du sujet]

La démocratie s’entend comme un régime politique où le peuple est souverain, avec un Etat de droit qui garantit les libertés fondamentales. La démocratie s’inscrit donc dans des démocraties, c’est-à-dire des Etats reflétant la pluralité des mises en œuvre du principe démocratique. Les termes d’avancées et de reculs évoquent quant à eux une dynamique plus ou moins favorable à la démocratie qu’il s’agit de repérer et de mettre en perspective depuis la fin des années 1970.

[Annonce de la problématique]

Ainsi dans quelle mesure peut-on parler aujourd’hui d’un recul des démocraties après des décennies d’avancées ?

[Annonce du plan]

Pour répondre il convient d’abord de rappeler et de caractériser les avancées de la démocratie depuis la fin des années 1970, puis de s’interroger les manifestations et les causes des difficultés et reculs des démocraties au XXIe siècle.

L'introduction doit suivre le déroulé suivant :

- Accroche et présentation générale du sujet

- Définition des termes du sujet

- Annonce de la problématique

- Annonce du plan

Question 2

Rédiger un plan détaillé.

I. Affirmation de la démocratie depuis les années 1980

 

1. Les étapes d’un mouvement général d’avancées de la démocratie

Le politologue américain S. Huntington évoquait en 1991 une « troisième vague de démocratisation » à propos des transitions en cours depuis la fin des années 1970. Un mouvement de démocratisation global, mais inégal dans ses modalités, son intensité, sa localisation et sa chronologie.

 

Années 1980

- Transitions démocratiques en Europe du Sud (Grèce, Portugal, Espagne) → JALON

En Amérique centrale et du Sud (ex : Brésil)

En Asie (Taïwan, Corée du Sud) 

 

1989 (puis années 1990)

- Accélération du processus de démocratisation dans le prolongement de la fin de la Guerre froide :

Chute du mur →transition démocratique dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est + pays baltes

Russie (1re élections partiellement libres en URSS dès 1989)

- Fin du régime d’Apartheid en Afrique du Sud (1990-1994, N. Mandela Président).

- Avancées démocratiques en Afrique, réformes constitutionnelles, multipartisme, alternances :

En Afrique francophone dans le sillage du discours de La Baule du président français F. Mitterrand en 1990 au sommet France-Afrique : Bénin, Togo, Sénégal.

En Afrique anglophone : Ghana, Nigéria.

- Chine 1989, mouvement étudiant pro démocratie réprimée violemment (place Tian'anmen)

→ révélateur de la vigueur de l’aspiration démocratique même là où elle ne s’impose pas

 

Années 2000

- Ralentissement des transitions démocratiques, mais permanence de manifestations populaires en phase avec les valeurs démocratiques.

Iran 2009 (pour dénoncer la fraude électorale du pouvoir).

Révolutions arabes 2011 (Tunisie, Egypte, Libye, Syrie, Bahreïn) ayant comme point de départ commun la contestation populaire de régimes autoritaires et corrompus en place depuis des décennies (Ben Ali, Moubarak, Kadhafi), mais nouveaux régimes à peine plus démocratiques voire aggravation de la dictature (Syrie → guerre).

Seule véritable transition démocratique toujours en cours : Tunisie (élections 2019).

- 2019 : vague de mouvements populaires réclamant plus de démocratie ou de respect des droits et libertés au pouvoir en place (Algérie, Liban, Irak, Iran, Soudan, Chili, Bolivie, Hong-Kong).      

 

2. Modalités et acteurs des transitions démocratiques

Les transitions démocratiques [=processus politique caractérisé par le passage progressif d'un régime non-démocratique à une démocratie] recouvrent des situations très différentes.

 

Modalités

- L’opposition s’organise malgré les obstacles et parvient à renverser des pouvoirs autoritaires souvent déjà affaiblis (événements de 1989 dans les démocraties populaires).

- JALON  → transition au Portugal et/ou Espagne (exemple à développer).

- Variété des situations : transitions pacifiques / violentes (Tchécoslovaquie 1989 ≠ Roumanie 1989)

- Cas des transitions démocratiques dans un contexte de guerre (exemple Yougoslavie années 1990)

- Cas des transitions dans un contexte de lutte pour l’indépendance (Etats baltes 1989-1991)

- Cas particulier de la transition post apartheid négociés en Afrique du Sud, etc.

 

Acteurs

- Des Peuples massivement mobilisés :

exemple : août 1989, chaine humaine de Vilnius à Tallin rassemblant près de 2 millions de personnes soit le tiers de la population. 

exemple : 2019, manifestations pro-démocratie à Hong-Kong réunissant jusqu’à deux millions personnes en juin (sur 7 millions d’hab.) en réaction au renforcement du contrôle de la Chine continentale et de la disparition progressive des particularités démocratiques de la région administrative spéciale.

exemple : 2019, dizaines de journées de manifestation en Algérie (le Hirak), déclenchées par la perspective d’un cinquième mandat d’A. Bouteflika et la volonté de changer tout « le système » en place.

- Des leaders charismatiques (N. Mandela)

- Des élites acquises ou ralliées aux réformes démocratiques (Amérique latine, années 1980)

- Des étudiants (Pékin, 1989)

- L’Armée (rôle de l’armée portugaise dans la révolution des œillets, JALON)

- Des syndicats, des églises (Pologne avec Solidarność et l’Église catholique)

- La communauté internationale (sanction et boycott de l’Afrique du Sud dans les années 1980)

- Des organisations internationales qui accompagnent les transitions démocratiques :

ONU : Missions de maintien de la paix, ou UE avec des missions de suivi électoral (Haïti 2018)

 

[transition]

Pourtant, en dépit de récents et nombreux mouvements populaires à travers le monde en faveur de la démocratisation de régimes autoritaires, la démocratie semble plutôt reculer dans le monde, y compris dans ses bastions historiques américains et européens. Ce constat s’appuie sur les indices mesurant la démocratie et sur une dynamique internationale favorable aux grands pays autoritaires, à commencer par la Chine.

 

II. Reculs et limites de la démocratie

 

1. Le Constat du recul de la démocratie

Les reculs ne signifient pas forcément la fin de la démocratie remplacée par la dictature, mais aussi l’augmentation du nombre des démocraties imparfaites et des régimes hybrides

 

- Les reculs concernent des pays où justement la démocratie s’était renforcée depuis la fin du XXe siècle :

exemple : Pologne et Hongrie où l’Etat de droit (exemple, indépendance de la Justice) est remis en cause.

exemple : Russie de V.Poutine depuis les années 2000 (JALON thème 2).

exemple : sur une échelle de temps encore plus courte, désillusions démocratiques après les révolutions arabes des années 2010 (autoritarisme croissant du régime Al Sissi en Egypte) ou transitions démocratiques difficiles (Tunisie).

- Résilience des régimes autoritaires face aux contestations internes en faveur d’une extension des droits et libertés politiques : répressions vigoureuses des oppositions en Turquie, Iran, Chine.

 

2. La réaffirmation d’autres modèles politiques

Avec la mondialisation économique, les systèmes politiques sont eux aussi mis en concurrence dans un contexte où l’avantage comparatif des démocraties libérales en terme d’efficacité économique ne va plus de soi

 

- Réaffirmation récentes de dictatures et de régimes autoritaires caractérisés par la concentration des pouvoirs et l’extrême faiblesse (ou l’absence) d’un Etat de droit.

- Diversité des situations qui brouille la traditionnelle et insatisfaisante distinction binaire Démocratie/Dictature. Incertitude qui se retrouve dans les termes employés (oxymore, néologisme) pour qualifier des régimes politiques : « démocratie illibérale », « démocrature », « régimes hybrides » ; c’est-à-dire des régimes qui conservent parfois la légitimité démocratique des élections et du suffrage universel, mais sans respecter les droits des minorités ou de l’opposition (Turquie, Russie, Inde → JALON, etc.) → possibilité d’intégrer des connaissances du JALON sur Tocqueville : « tyrannie de la majorité »

- Le système chinois peut se prévaloir d’une efficacité économique qui n’est plus spontanément comme au XXe siècle, associée aux seules démocraties occidentales. La légitimité de dictatures ou de régimes autoritaires en est renforcée, y compris et de façon inédite auprès de dirigeants de démocraties occidentales (exemple : D. Trump, V. Orban).

 

3. La crise des anciennes démocraties (Europe / Amérique du Nord)

L’Indice de démocratie 2018 de The Economist place désormais la France et les Etats-Unis dans la catégorie des démocraties imparfaites. Un symbole du recul des démocraties dans le monde tant ces deux pays avec leurs révolutions au XVIIIe siècle ont marqué l’histoire de l’essor de la démocratie.

 

- Les politiques mises en place dans les pays démocratiques pour conjurer le risques terroriste (ou récemment sanitaire : coronavirus) se traduisent par un recul des libertés fondamentales.    

- La progression électorale des partis radicaux et de l’abstention (Europe surtout), la polarisation croissante de l’espace politique (Etats-Unis), et la défiance envers le personnel politique fragilisent le fonctionnement des institutions démocratiques.  

Le sujet est ici très proche de l’intitulé de l’Axe 2 du thème 1 du programme « avancées et recul des démocraties ». Pour autant, ne vous limitez dans la phase de recherche d’arguments aux seuls contenus abordés dans cette partie du cours. Par exemple ici, le sujet se prête à l’insertion de connaissances empruntées aux autres parties du thème 1 (introduction : comparaison entre démocraties et régimes autoritaires ; Axe 1 : penser la démocratie). Votre correcteur sera aussi sensible à la mobilisation de connaissances en lien avec d’autres thèmes du programme. Par exemple, ici le Jalon sur la puissance russe (Axe 1, thème 2). Le jalon du thème 5 sur les minorités religieuses en Inde peut également être un support très pertinent pour ce sujet. Il en est de même de l’Axe 2 du thème 4

Question 3

Rédiger une conclusion.

La situation actuelle traduit la tension non résolue entre la vitalité de l’idéal démocratique dans le monde (mouvements populaires massifs dans les pays où la démocratie est absente ou menacée, remise en cause féconde de ses modalités d’application là où elle est plus anciennement établie), et la réaffirmation de modèles politiques autoritaires. Cette tension trouve un écho géopolitique avec le recul du multilatéralisme et du respect des règles de droit dans les relations internationales. La démocratie libérale n’est pas forcément rejetée en bloc, mais il existe clairement une volonté à travers le monde et singulièrement dans les grands pays émergents de la relativiser, de la désuniversaliser et de la re-provincialiser (un système issu de l’Occident, valable pour l’Occident). Pourtant, la démocratie, en tant que concept et principe de gouvernement, n’est pas réservée à une partie de l’humanité. C’est ce que rappelle en 2006 l’économiste (prix Nobel) et philosophe indien Amartya Sen, dans un essai intitulé La Démocratie des autres, pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident. On peut conclure avec lui que « les défauts de la démocratie exigent plus de démocratie et non moins ».