Cours Stage - La frontière germano-polonaise de 1939 à 1990, entre guerre et diplomatie

Exercice - La frontière germano-polonaise

L'énoncé

Document - Carte du partage de la Pologne entre l'Allemagne nazie et l'URSS en 1939

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Source : http://milguerres.unblog.fr/carte-le-septieme-partage-de-la-pologne/


Question 1

En vous appuyant sur le document et sur vos connaissances, expliquer pourquoi la reconnaissance des frontières est un élément crucial des relations internationales. 

Le document est une carte qui illustre le partage de la Pologne entre Hitler et Staline au début de la Seconde Guerre mondiale (1939). 

La carte montre que la quasi-totalité de l’ancien État polonais a été annexé par l’Allemagne nazie (à l’ouest) et l’URSS (à l’est). Seul subsiste, au centre, un « Gouvernement Général de Pologne » de taille très réduite, comprenant la capitale polonaise Varsovie, et placé sous administration allemande. Les annexions allemandes réunifient l’Allemagne et la Prusse orientale, qui avaient été séparées par le corridor de Dantzig suite à la Première Guerre mondiale et à la signature du traité de Versailles. Suite à la conclusion de ce traité, l’Allemagne a perdu de nombreux territoires à l’est au bénéfice de la création d’un grand État polonais. L’Allemagne n’a jamais reconnu ces nouvelles frontières et Hitler en a alors fait le fer de lance de ses discours et de sa politique. 

Le problème de la frontière germano-polonaise s’inscrit dans le temps long. Les litiges frontaliers entre les deux pays finirent par déboucher sur un conflit armé au début de la Seconde Guerre mondiale. Qu’est-ce que l’étude de cette frontière nous apprend sur le processus, parfois long et difficile, de reconnaissance des frontières ? 

 

Le royaume de Pologne a été créé au XIe siècle. Au cours du XVIIIe siècle, il a connu plusieurs amputations. Le royaume de Pologne a ainsi été victime des grandes guerres entre empires et monarchies et il a été dépecé à trois reprises à la fin du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, la Pologne en tant qu’État cesse d’exister : elle est partagée entre la Prusse (qui devient ensuite l’Allemagne à la fin du XIXe siècle), la Russie, et l’empire d’Autriche (qui devient dans la seconde moitié du XIXe siècle l’Autriche-Hongrie). La Pologne a donc été découpée et partagée entre ces puissances. Après la Première Guerre mondiale, en 1919, les rédacteurs du traité de Versailles, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe cher au président américain Woodrow Wilson, reconstituent une Pologne. Dès cette époque, la reconstitution de la Pologne dans ses nouvelles frontières pose problème. En effet, le territoire de ce nouvel État polonais se trouvait en partie sur d’anciens territoires allemands, séparant ainsi la Prusse orientale du reste de l’Allemagne. Cette configuration donnait à la Pologne un accès à la mer sous la forme d’un corridor terrestre débouchant sur la mer Baltique. L’Allemagne a ainsi perdu plusieurs territoires : la Posnanie ; une partie de la Prusse occidentale ; la ville de Dantzig qui a été déclarée ville internationale sous mandat de la Société des Nations (dans le but d’éviter un conflit immédiat) ; la Haute-Silésie, rattachée à la Pologne par référendum en 1921. 

L’Allemagne a ainsi été amputée de beaucoup de territoires à l’est et n’a jamais reconnu ces nouvelles frontières. Ce découpage frontalier a également nourri la volonté révisionniste du traité de Versailles, surnommé par la population allemande le Diktat. 

À l’est de la Pologne, le ministre des Affaires étrangères britannique Lord Curzon avait proposé un découpage qui n’a pas été appliqué immédiatement après la guerre. Or, la Pologne est alors très rapidement entrée en guerre avec la Russie bolchévique et a conquis des territoires à l’est de la ligne Curzon. En 1921, cette guerre débouche sur la paix de Riga, qui étendait la Pologne jusqu’à une ligne qui va à peu près de Vilnius (actuelle Lituanie) à Lviv (actuelle Ukraine). 

Une grande Pologne s’est donc reconstituée, au détriment de ses voisins allemands et russes. 

 

Ainsi, à la fin des années 1930, quand Hitler lance sa politique d’expansion territoriale sur la mitteleuropa, le problème de la frontière entre l’Allemagne et la Pologne revient sur le devant de la scène.

Après avoir remilitarisé la rive gauche du Rhin, s’être emparé de l’Autriche dans le cadre de l’Anschluss, annexé les Sudètes en Tchécoslovaquie et l’ensemble de la Bohème-Moravie autour de Prague, Hitler revendique la ville libre de Dantzig en 1939, alors peuplée à 95 % d’allemands. Parallèlement à cette revendication, Hitler entame des négociations secrètes avec l’URSS de Staline pour préparer un plan d’invasion de la Pologne qui a été déclenché début septembre 1939, après la signature, quelques jours auparavant, du pacte Ribbentrop-Molotov (aussi appelé pacte germano-soviétique). Ce pacte établissait le partage de la Pologne et un accord de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS. C’est ainsi que, dès septembre 1939, les troupes allemandes de la Wehrmacht et les troupes soviétiques de l’armée rouge ont déferlé sur la Pologne et l’ont annexée. La plupart des territoires perdus, et dont les nouvelles frontières n’étaient pas reconnues, sont ceux dont Hitler s’est emparé par la force en septembre 1939, comme le montre la carte. Cependant, au cours de la Seconde Guerre mondiale, Staline se retrouve en position de force et rompt son alliance avec Hitler en juin 1941. En 1943, alors que l’issue de la guerre commence à se dessiner et que l’Allemagne nazie accumule les défaites, Staline revendique à Téhéran la création d’un nouvel État polonais en le déplaçant vers l’ouest. La nouvelle Pologne est limitée à l’ouest par les fleuves Oder et Neisse. Les alliés se retrouvent alors contraints de céder à l’URSS tout un ensemble de territoires dans l’est de l’ancienne Pologne et donc, par là même, de décaler à l’est la frontière polonaise vers la ligne Curzon qui avait été définie en 1920. 

C’est ainsi qu’à été recréée la Pologne à Yalta et Potsdam en 1945.

 

En 1945, l’État polonais était donc plus resserré et surtout plus homogène ethniquement. En effet, un grand nombre de populations de langue germanique, qui vivaient jadis en Pologne, ont été expulsées vers l’Allemagne. Sept millions de germanophones ont ainsi été expulsés dans le but de donner à la Pologne une unité ethnique, linguistique et religieuse (autour du catholicisme). La question de la spoliation de leurs biens est restée un enjeu fondamental pendant la Guerre froide dans les négociations entre la RFA (Allemagne de l’Ouest) et la Pologne (qui faisait partie du bloc de l’Est). Mais alors que la Guerre froide commence, que la Pologne adhère au pacte de Varsovie et que la frontière occidentale de la Pologne est fermée, les frontières de l’État polonais — un peu paradoxalement — se stabilisent. En 1950, Staline demande à tous les pays du bloc de l’Est de reconnaître leurs frontières mutuelles. Il obtient alors la signature du traité de Görlitz en 1950. Dans ce traité, la Pologne et la RDA (Allemagne de l’Est)  reconnaissent leurs frontières mutuelles. C’est la première fois qu’il y a reconnaissance de la frontière entre l’Allemagne et la Pologne par les deux États. La RFA reconnaît cette frontière à son tour grâce à la politique de l’Est (Ostpolitik) menée par le chancelier Willy Brandt à la fin des années 1960, qui permet la signature du traité de Varsovie en 1970 et la reconnaissance mutuelle entre la RFA, la RDA et la Pologne. Ce traité sert de prélude à la grande conférence de 1975 sur la Sécurité et la Coopération en Europe à Helsinki. Au terme de cette conférence, voulue par les soviétiques et associant les deux blocs d’Europe, l’ensemble des frontières issues de la Seconde Guerre mondiale sont reconnues (les accords conclus jusqu’alors, y compris à Yalta et à Potsdam, n’étaient que temporaires). L’année 1975 est donc un moment important pour la reconnaissance et la stabilisation des frontières en Europe, y compris la frontière germano-polonaise. 

 

En 1989, des élections libres ont lieu en Pologne et la frontière germano-polonaise est à nouveau ouverte. Après la chute du mur de Berlin, l’Allemagne se réunifie et négocie alors à nouveau ses frontières avec la Pologne sur la ligne Oder-Neisse. En acceptant et en reconnaissant définitivement cette frontière, le problème frontalier entre l’Allemagne et la Pologne et l’ensemble des litiges qui existaient sur cette frontière depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la fin du XXe siècle ont été résolus. Cette étude de cas montre cependant l’importance de la reconnaissance des frontières dans les relations internationales. La non-reconnaissance peut entraîner une politique agressive et mener à un conflit armé. Le processus de reconnaissance peut être très long et générateurs de conflits. Cependant la reconnaissance de ses frontières donne une légitimité à l’État et est un élément essentiel du maintien de la paix.  

Avant de rédiger, faites un brouillon. Structurez votre réponse de la façon suivante : 

Introduction :

Présentation du document

Description du document

Problématique

Corps du texte :

Commentaire et explication des documents en vous appuyant sur vos connaissances. Vous pouvez suivre un raisonnement thématico-chronologique : 

Pourquoi la frontière germano-polonaise était conflictuelle et non-reconnue par l’Allemagne avant la guerre froide.

La guerre froide et les conséquences miliaires de la non-reconnaissance de la frontière.

La guerre froide, la reconnaissance et la pacification de la frontière germano-polonaise. 

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