Cours Stage - Socialisations primaires et secondaires

Exercice - La socialisation secondaire

L'énoncé

Document - Les déplacés de l'ouverture sociale

Le cas de Claire(1) est exemplaire de ce point de vue. En avance d'un an, elle se présente comme une « bonne élève » depuis l'école primaire. Son père est magasinier, sa mère assistante maternelle. Claire obtient son baccalauréat en 2005 en décrochant une mention bien, puis entre à la prépa sup-expé. Admise à l'IEP en 2006, elle parle de sa double vie lors de ses débuts dans cet établissement où les enfants d'ouvriers ou d'employés forment seulement un dixième des effectifs.

 « Parfois c'est comme si je menais un peu une double vie. C'est-à-dire que d'un côté je suis à l'IEP, ça se voit pas que je suis d'un milieu autre que la majorité, c'est pas marqué sur mon front, donc je suis complètement intégrée. Mais d'un autre côté, le week-end quand je rentre chez moi, là je vois bien qu'il y a une différence avec le milieu d'où je viens… et après je reviens ici [à l'IEP]. Donc c'est comme si je vivais une double vie en parallèle et parfois c'est un peu difficile. Même dans l'autre sens : dans ma famille, j'ai peur qu'on croit que ça y est, que j'ai changé de… que j'ai complètement changé… avec mes amis du lycée et d'avant, j'ai pas envie de changer. »

« – Ta famille et tes amis te perçoivent différemment maintenant ?

– Non, mais c'est un souci que je garde en tête en permanence… des fois j'ai des petites remarques, mais c'est pas méchant… du genre “Ah oui, toi t'es à l'IEP”… des petites remarques comme ça, mais c'est pas parce que j'ai changé, c'est juste parce que je suis actuellement à l'IEP… c'est un jeu… mais on m'a rien reproché… ».

(1) Claire est une étudiante qui a intégré Science Po Paris (IEP de Paris) après une classe préparatoire expérimentale ("sup-expé") dans un lycée de province, réservée à des bacheliers issus de ZEP (Zone d’éducation prioritaire).

 

Source : Entretien extrait de Paul Pasquali, "Les déplacés de l'«ouverture sociale»", Actes de la recherche en sciences sociales, 3/2010, n°183, p. 86-105.

 


Question 1

Lister les différents agents de socialisation cités dans l'article, et les classer selon qu'ils sont de socialisation primaire ou secondaire.

Socialisation primaire Socialisation secondaire
Famille IEP (Université)
Amis du collège  

Question 2

Relever dans le texte ce qui montre que la socialisation secondaire de Claire a modifié ses normes et valeurs.

Claire explique : Quand "je suis à l'IEP, ça se voit pas que je suis d'un milieu autre que la majorité, c'est pas marqué sur mon front, donc je suis complètement intégrée". Autrement dit, bien qu'elle soit d'un milieu différent de celui de la majorité des étudiants de Sciences Po, qui viennent des classes sociales supérieures, elle a intégré les savoir-être qui font qu'elle est à l'IEP comme les autres. Il y a donc bien eu un apprentissage.

Question 3

Pourquoi Claire parle-t-elle de "double vie" ?

Claire ressent une tension entre sa socialisation primaire, dans des classes populaires, et sa socialisation secondaire, à Sciences Po. Elle ne se comporte pas de la même manière avec sa famille et ses amis d'enfance et avec ses camarades de Sciences Po. Elle ne met pas en avant les mêmes comportements sociaux selon qu'elle est dans son milieu d'origine ou à Sciences Po. Il y a ainsi une tension entre la socialisation primaire et la socialisation secondaire.

Question 4

Comment sa famille et ses amis d'enfance semblent-ils vivre la nouvelle socialisation de Claire ? Expliquer.

A la fin du document, Claire dit que cses parents et amis lui disent "Ah oui, toi tu es à l'IEP". Cela montre qu'ils constatent qu'il y a un décalage entre Claire avant Sciences Po et Claire depuis son entrée à Sciences Po.