Cours Le dilemme

Exercice - Le dilemme de Titus

L'énoncé

Extrait de Bérénice de Racine, Acte IV, scène 4.

L'empereur de Rome, Titus, veut épouser Bérénice, Princesse de Palestine, qu'il aime passionnément. La loi romaine cependant interdit à l'empereur de marier une étrangère, et le Sénat a ainsi refusé l'union..

 

TITUS, seul.


               Hé bien ! Titus, que viens-tu faire ?
Bérénice t’attend. Où viens-tu, téméraire ?
Tes adieux sont-ils prêts ? T’es-tu bien consulté ?
Ton cœur te promet-il assez de cruauté ?
Car enfin au combat qui pour toi se prépare
C’est peu d’être constant, il faut être barbare.
Soutiendrai-je ces yeux dont la douce langueur
Sait si bien découvrir les chemins de mon cœur ?
Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes,
Attachés sur les miens, m’accabler de leurs larmes,
Me souviendrai-je alors de mon triste devoir ?
Pourrai-je dire enfin : « Je ne veux plus vous voir ? »
Je viens percer un cœur que j’adore, qui m’aime.
Et pourquoi le percer ? Qui l’ordonne ? Moi-même.
Car enfin Rome a-t-elle expliqué ses souhaits ?
L’entendons-nous crier autour de ce palais ?
Vois-je l’Etat penchant au bord du précipice ?
Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ?


Question 1

Quelles sont les deux options qui se présentent à Titus ?

Titus doit choisir entre deux possibilités : soit assumer sa responsabilité d'empereur de Rome, et ainsi obéir à la loi et au Sénat qui lui interdisent d'épouser Bérénice ; soit refuser les responsabilités de sa fonction et décider d'aimer Bérénice malgré tout.

L'amour de Titus pour Bérénice est en effet évident dans cette phrase : "Je viens percer un cœur que j’adore, qui m’aime." Son sens du devoir vis-à-vis de son titre d'empereur est quant à lui exprimé lorsque Titus se demande, dans la dernière phrase de l'extrait, si il ne peut assumer ses responsabilités ("sauver l'Etat") qu'en abandonnant son amour pour Bérénice. 

Il faut lire attentivement les deux derniers alexandrins de l'extrait : 

"Vois-je l’Etat penchant au bord du précipice ?
Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ?".

Question 2

En quoi ce choix constitue-t-il un dilemme ?

Ce choix s'avère être un dilemme, puisque quelque soit l'issue (épouser Bérénice ou obéir à la loi), une des deux valeurs centrales du personnage devra être sacrifiée : son amour pour Bérénice ; ou sa responsabilité, son sens du devoir envers sa fonction d'empereur. Il s'agit donc d'un choix impossible.

La notion de dilemme est liée à celle du sacrifice. Si vous avez un doute, n'hésitez pas à revoir la vidéo.

Question 3

Quels sont les procédés littéraires qui renforcent le doute, qui suggèrent l'impossibilité pour le personnage de faire un choix ?

Plusieurs procédés renforcent l'impression qu'il s'agit d'un choix impossible.

Tout d'abord, la scène constitue un monologue, ainsi que le révèle la didascalie "seul" dans la première ligne du texte. Les monologues, en effet, moments privilégiés au théâtre pour que le personnage puisse exposer ses doutes et ses réflexions personnelles, constituent une forme très souvent employée par les dramaturges pour explorer le dilemme.

Ensuite, les très nombreuses phrases interrogatives traduisent les interrogations internes du personnages.

Enfin, Titus emploie une phrase hypothétique lorsqu'il énonce la condition "Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes", ce qui révèle son questionnement intense qui l'amène à douter de sa capacité à aller jusqu'au bout de son choix.

Il s'agit des procédés caractéristiques de l'expression du dilemme au théâtre.


Il faut penser notamment à regarder la didascalie.

Question 4

Quel est donc le registre employé par Titus ?

Le registre employé est le registre délibératif : Titus délibère, pèse les pours et les contres des deux options qui se présentent à lui.

Question 5

Pourquoi Titus emploie-t-il dans les phrases suivantes la deuxième personne du singulier (le "tu") ?

"Hé bien ! Titus, que viens-tu faire ?
Bérénice t’attend. Où viens-tu, téméraire ?
Tes adieux sont-ils prêts ? T’es-tu bien consulté ?".

Titus est seul sur scène (il s'agit d'un monologue), il est donc étonnant qu'il commence son monologue en employant la deuxième personne. Titus s'adresse bien à lui-même, ainsi que le révèle l'apostrophe "Titus" à la première ligne. L'usage de la deuxième personne suggère alors que Titus se livre à un dialogue avec lui-même, à une forme d'introspection. Il se demande si ce qu'il s'apprête à faire (dire à Bérénice qu'il ne peut plus l'aimer) constitue réellement la bonne option.

La deuxième personne renforce donc le sentiment de tiraillement intérieur du personnage, de doute extrême. Elle produit un effet de quasi-dédoublement : le personnage en crise, divisé intérieurement par son dilemme, devient presque deux personnes. Elle souligne le dilemme tragique de la scène.

Pourquoi Titus n'utiliserait-il pas plutôt la première personne du singulier (le "je") ? Quel effet l'usage de la deuxième personne produit-il ?