Cours Stage - La IIIe République

Exercice - Les symboles de la République

L'énoncé

Document 1 : La Marseillaise

La Marseillaise est un chant révolutionnaire composé en 1792 par Rouget de Lisle pour l'armée du Rhin, alors que la France a déclaré la guerre à l'Autriche. Reprise par les armées du Sud de la France, l'hymne militaire devient La Marseillaise. 

Document 1a : Paroles

Premier couplet

Allons, enfants de la Patrie,

Le jour de gloire est arrivé !

Contre nous de la tyrannie

L'étendard sanglant est levé, (bis)

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent jusque dans vos bras

Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain :

Aux armes, citoyens,

Formez vos bataillons,

Marchons, marchons !

Qu'un sang impur

Abreuve nos sillons !

Couplet 2

Amour sacré de la Patrie,

Conduis, soutiens nos bras vengeurs.

Liberté, Liberté chérie,

Combats avec tes défenseurs ! (bis)

Sous nos drapeaux que la victoire

Accoure à tes mâles accents,

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et notre gloire !

 

Document 1b : Compte rendu de la séance du vendredi 14 février 1879 (Extraits)

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion sur la prise en considération de la proposition de loi de M. Talandier et plusieurs de ses collègues, ayant pour objet de faire reconnaître à La Marseillaise, conformément au décret du 26 messidor an III (14 juillet 1795), son caractère de chant national français.

M. Barodet(1). Messieurs, quand M. Talandier, quelques-uns de nos amis et moi, avons déposé la proposition de loi tendant à faire reconnaître à La Marseillaise le caractère de chant national, nous avions plusieurs ministres et un Président de la République qui paraissaient avoir horreur de ce chant sublime dont Lamartine a dit qu'il est gravé dans l'âme de la France.(2)

On interdisait La Marseillaise aux citoyens, on l'interdisait aux musiques militaires, on l'interdisait dans les cérémonies officielles, aussi bien en France qu'à l'étranger, et nous nous rappelons tous qu'au Palais de l'Industrie, à la distribution solennelle des récompenses aux exposants, on a préféré nous faire entendre du plaint-chant et des cantiques(3).

Aujourd'hui, Messieurs, les temps sont bien changés ; nous avons deux chambres républicaines, des ministres républicains, un Président de la République républicain. Nous avons donc lieu de croire que La Marseillaise a désormais conquis sa pleine liberté, et que le décret du 26 messidor an III [14 juillet 1795], qui attribue à La Marseillaise le caractère de chant national, recevra son entière exécution.

Si donc, Messieurs, le ministère, notamment M. le ministre de la guerre, veut bien nous en donner l'assurance à la tribune, nous retirerons notre proposition.

M. le général Gresley, ministre de la guerre. Messieurs, il ne peut entrer dans ma pensée, comme ministre de la guerre, de m'opposer à l'exécution d'un décret. J'appliquerai donc le décret du 26 messidor an III [14 juillet 1795] dans toutes les circonstances où il y aura lieu de l'appliquer. (Applaudissements prolongés à gauche et au centre.- Murmures à droite)

[...]

M. de La Rochefoucauld, duc de Bisaccia(4). Nos pères ont été guillotinés à ce chant-là.

M. Barodet (1). Nous n'avons guillotiné personne.

M. Louis Le Provost de Launay(5). On a fait la Commune(6) avec ce chant-là.

M. Barodet(1). On a sauvé la patrie avec ce chant-là.

M. le président, après quelques observations, conclut en demandant à la Chambre de cesser des interpellations qui sont « un véritable anachronisme dans les deux sens » (Approbation sur un grand nombre de bancs).

Source : Site de l'Assemblée nationale

(1) M. Désiré Barodet est le député républicain de la Seine.

(2) Jusqu'en 1876, la Chambre des Députés est largement dominée par les monarchistes (légitimistes, orléanistes et bonapartistes). Après plusieurs victoires des républicains à diverses élections, le président Mac-Mahon, monarchiste, finit par démissionner en janvier 1879. Le républicain Jules Grévy est élu pour le remplacer : c'est la première fois depuis le début de la Troisième République (1870) que la Chambre des Députés, le gouvernement et le président de la République sont tout trois républicains.

(3) Le plain-chant et les cantiques sont deux formes de chants religieux.

(4) M. Sosthène de la Rochefoucauld, duc de Bisaccia, est le député monarchiste de la Sarthe.

(5) M. Louis Le Provost de Launay est le député bonapartiste des Côtes-du-Nord (actuels Côtes-d'Armor en Bretagne).

(6) La Commune de Paris est une insurrection d'extrême-gauche menée à Paris contre le Gouvernement nommé après la proclamation de la République. Elle a été réprimée dans le sang par le Gouvernement d'A. Thiers, réfugié à Versailles.

 

Document 2 : 1792 - 1892 : Le centenaire de la République Française

En 1892, la IIIe République est un régime encore jeune, et tout juste assuré de survie (voir la note 2 ci-dessous). Elle célèbre avec faste la naissance de la Ire République en 1792. Le roi Louis XIV avait fui à Varennes avec son épouse et leurs enfants. Pour les révolutionnaires, c'est un signe de haute trahison : le roi voulait rejoindre les armées étrangères pour mener la guerre contre la France et regagner son pouvoir. En réaction à cette fuite, la monarchie est abolie le 21 septembre 1792. Ainsi, née la Ire République, qui prend fin en 1804 avec la proclamation du Ier Empire par Napoléon Ier.

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Source : Wikimedia commons


Question 1

Résumer le sens des deux premiers couplets ainsi que du refrain de la Marseillaise. Quelle opposition ce chant met-il en scène ?

La Marseillaise est un chant militaire. Il appelle les amoureux de la liberté ("Liberté chérie"), c'est-à-dire les révolutionnaires, à combattre ses ennemis, à savoir dans le contexte de sa composition, les monarchies étrangères qui combattent la France révolutionnaire et républicaine depuis peu. La Marseillaise met donc en scène l'opposition entre les Français républicains révolutionnaires et le reste de l'Europe monarchiste réactionnaire.

La Marseillaise est un chant militaire en faveur des Français révolutionnaires.

Question 2

Indiquer la raison avancée par le député Désiré Barodet afin de justifier l'utilisation de La Marseillaise comme hymne national. Quel sens cela a-t-il ?

Le député Barodet entend remettre en vigueur un décret (une loi), votée le 14 juillet 1795, qui fait de La Marseillaise l'hymne national de la France. Il rappelle que c'est à cause des monarchistes que La Marseillaise était interdite, et qu'elle était alors remplacée par des chants religieux. Le gouvernement étant maintenant républicain, La Marseillaise doit être de nouveau l'hymne national. Cela manifeste d'une part que la République triomphe de ces ennemis, d'autre part, que les régimes politiques qui ont eu cours entre 1795 et 1879, c'est-à-dire entre la Ire et la IIIe République n'ont été qu'une parenthèse, puisque la loi votée en 1795 doit continuer de s'appliquer en 1879.

Question 3

Indiquer quels sont les reproches faits à La Marseillaise par l'opposition monarchiste (légitimiste et bonapartiste). Quel sens prennent alors selon vous les paroles de La Marseillaise dans le contexte de la IIIe République ?

Les monarchistes reprochent à La Marseillaise d'être un chant utilisé par les révolutionnaires, et notamment par les régimes les plus tyranniques comme la Terreur. Il rappelle ainsi que ce chant a été utilisé alors que de nombreux Français, nobles, religieux, monarchistes mais aussi des personnes considérées comme "ennemis de la Patrie" souvent pour le simple fait d'être opposées au gouvernement, ont été tuées par la guillotine.

Par ailleurs, les monarchistes rappellent que La Marseillaise est aussi le chant utilisé par la Commune de Paris contre la IIIe République elle-même.

Pour les monarchistes, et probablement pour beaucoup de républicains, La Marseillaise, qui appelle à l'origine les Français révolutionnaires à lutter contre les étrangers monarchistes, prend sous la IIIe République un sens différent : elle appelle les Français républicains à lutter contre les Français monarchistes.

Les monarchistes reprochent à La Marseillaise d'être un chant utilisé par les révolutionnaires...

Question 4

Repérer les deux symboles de la République reconnaissable sur l'affiche du centenaire de la République. Quels sont les autres éléments associés à la République et quel est leur sens ?

Les deux symboles de la République sont Marianne, qui est l'allégorie de la République, c'est-à-dire la représentation de la République sous des traits humains. Marianne est une femme portant un bonnet phrygien (bonnet rouge symbole de liberté) et des vêtements bleu-blanc-rouge. Le second symbole est le drapeau bleu-blanc-rouge.

Les autres symboles représentés autour de Marianne sont d'abord la corne d'abondance à ses pieds. Corne remplie de fruits, il s'agit d'un symbole d'abondance, c'est-à-dire de richesse et de forte production. Le deuxième symbole est la palme d'olivier que tient Marianne dans sa main avec le drapeau français : elle représente la paix. Enfin, le troisième symbole est les deux enfants, qui représente à la fois la fécondité (la République "donne des enfants", c'est-à-dire de nouveaux droits, de nouvelles libertés...) et qui représente la sécurité puisque Marianne semble protéger et nourrir ces enfants.

Question 5

Décrire brièvement le paysage de l'affiche. Que suggère-t-il ?

Le paysage de l'affiche représente au premier plan la campagne. On voit une bergère gardant ses moutons et un paysan labourant la terre à l'aide de deux boeufs. Le second plan montre une ville, avec un pont et une usine dont la cheminée fume abondamment. Ce paysage, que regarde et surplombe la République, sous les traits de Marianne, indique donc que la République protège l'économie et participe au développement de la France via les deux grands pôles économiques d'alors : l'agriculture et l'industrie.

Que représentent la campagne et l'industrie ?