Cours Stage - Citations philosophiques 1

Exercice - « La religion est l’opium du peuple »

L'énoncé

« La religion est l’opium du peuple », Karl Marx.


Question 1

Donner une définition ou des pistes de définition des termes « religion », « opium » et « peuple » dans le langage commun.

Religion :

- Système de croyances et de pratiques mises en œuvre par un groupe d’individu.

- « Religare » (latin) : relier -> lien entre Dieu et les Hommes, lien soudant les individus d’une même société entre eux ; « relegere » (latin) : relire -> relecture de l’action de Dieu (= méditation), relecture des rites effectués (= vérification de la validité du culte rendu), relecture de sa relation à Dieu (= choix permanent de s’en remettre à Dieu).

- Fait de rendre un culte à la divinité (Dieu ou des dieux).

Opium : drogue addictive dont l’effet principal chez le consommateur est la somnolence.

Peuple :

- L’ensemble des habitants d’un ensemble géographique (peuple d’un continent, d’un pays, d’une région…)

- Un ensemble d’individu partageant une origine ou une ethnie commune (on peut parler d’un peuple juif, alors qu’il y a des Juifs dans le monde entier) : peuple est alors proche de Nation.

- Partie de la société de condition modeste, de naissance inférieure (par opposition à l’élite, à l’oligarchie, à la bourgeoisie).

 

Question 2

A partir des pistes de définitions de la question précédente, expliquer le ou les objectif(s) principaux de la religion (opinion commune).

Du fait de son étymologie « religare », la religion a pour but principal de relier les Hommes à la divinité par un culte plus ou moins institutionnalisé (la messe, les prières, les sacrifices). C’est une interaction : Dieu (ou les dieux) parle(nt) à travers un ou des livre(s) saint(s) (Coran par exemple) ou au travers de prêtres ou prophètes (la Pythie de Delphes parlait au nom d’Apollon) et les Hommes en retour rendent un culte au(x) dieu(x) afin de recevoir leurs bonnes grâces.

De la même étymologie, on peut tirer que la religion est le ciment d’un peuple, car elle relie les Hommes entre eux. La pratique de cultes communs, la soumission à une ou des divinité(s) commune(s) permet de créer un lien social au-delà de toutes les différences (St Paul : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni Homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ » Ga III, 28).

La religion est aussi une clef de lecture du monde : elle permet d’expliquer le monde. L’exemple le plus clair est celui des religions animistes, qui croient en un esprit dans chaque élément de la nature : si un fleuve sort de son lit et crée une inondation, c’est que le dieu du fleuve est en colère, si la récolte est abondante, c’est que le dieu de la Terre est content). Mais cela se trouve aussi dans les monothéismes actuels (l’Homme est condamné à la souffrance sur cette Terre car il porte le péché d’Adam, le premier Homme).

Ne pas oublier de la mettre en parallèle avec la notion de peuple.

Question 3

Dans les définitions de la question 1, choisir la définition la plus appropriée de « peuple » dans la pensée de Marx.

Pour Marx, la société se divise en classes depuis la nuit des temps, une classe dominante et une classe dominée : patriciens/plébéiens, maître/esclaves, seigneurs/serfs, bourgeois/prolétaires.

Dans la pensée de Marx, le peuple correspond à la classe dominée, à son époque, le prolétariat.

Question 4

A partir de cette définition marxiste du peuple, justifier sa définition de la religion comme « conscience de soi inversée ».

Pour Marx, la religion est conscience de soi, c’est-à-dire qu’elle est une représentation que l’Homme se donne de lui-même. Autrement dit, le(s) dieu(x) d’un peuple est (sont) toujours la représentation idéalisée de l’Homme. Dans les religions polythéistes antiques, chaque dieu représente une qualité et/ou un défaut : Héra est extrêmement jalouse, Zeus est le roi des Dieux très infidèles, Athéna représente la sagesse, Harès est le dieu guerrier. Dans les religions monothéistes, Dieu est le plus parfait (le plus intelligent, le plus grand, le plus haut, le plus beau, le plus miséricordieux…)

Or, cette conscience de soi est pour Marx « inversée », c’est-à-dire faussée, car elle est en fait une conscience de soi qui est imposée par la société dans laquelle l’Homme vit, c’est-à-dire dans sa conception d’une société de classe, elle est l’image non que l’Homme se donne de lui-même mais la vision de l’Homme que la classe dominante (bourgeoisie) impose par un biais détourné (la religion) à la classe dominée.

Ce n’est donc plus le divin qui renvoie l’image que l’Homme se donne de lui-même, mais l’Homme qui s’adapte à l’image du divin, imposée par la classe dirigeante.

Procéder par étape, en étudiant d’abord la notion de « conscience de soi », puis celle d’« inversée ».

Question 5

A partir de cette définition de la religion par Marx, justifier la maxime « la religion est l’opium du peuple ».

Pour Marx, la religion est donc le moyen pour l’élite d’imposer au peuple une certaine vision.

Au XIXe siècle, c’est donc principalement le christianisme qui est visé puisque c’est la religion principale en Europe. Pour Marx, l’idée d’une vie comme un simple passage terrestre avant la délivrance de l’âme et son accession au paradis, et de fait une vie qui doit être pieuse, éviter toute violence ou rébellion (« aime tes ennemis »), idéaliser la pauvreté et la misère, sacraliser le travail (« tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », « celui qui ne travaille pas, qu’il ne mange pas non plus »). C'est simplement le moyen d’assurer la paix sociale, d’endormir le peuple (comme l’opium), afin que la bourgeoisie l’exploite en toute liberté.

La religion justifie donc un ordre du monde en le sacralisant alors qu’il est une pure construction historique selon Marx.

 

Question 6

Expliquer la théorie de Marx selon laquelle la religion contient en elle-même son propre anéantissement. Qu’est-ce que cela induit ?

Si la religion exprime la misère de l’Homme, elle exprime aussi une contestation de cette misère : le christianisme insiste sur l’injustice de la pauvreté et défend donc la charité des plus riches envers les plus pauvres.

Ainsi, en promettant ou en espérant un monde meilleur, la religion incite à la solidarité collective : dans ce cas, la religion n’est plus nécessaire puisqu’il n’est plus nécessaire de justifier un monde injuste.

Cette critique de la religion est donc pour Marx une critique de la société et du monde dans lequel il vit : un monde qui a besoin d’être justifié n’est pas un monde juste.