Cours Stage - Genres et registres

Exercice - Les registres littéraires

L'énoncé

Pour chacun des textes ci-dessous, identifier le registre utilisé et relever quelques passages pour se justifier.

 


Question 1

« Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance !
Oui je te loue, ô Ciel, de ta persévérance !
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir ;
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli.
Hé bien : je meurs content, et mon sort est rempli »

Andromaque, Jean Racine, 1667

Extrait d’Andromaque : registre tragique

Champ lexical de la fatalité : « mon malheur », « mon sort »
Référence aux dieux : « grâce aux dieux », « ô Ciel »
Expression de la souffrance : « douleur », « je meurs »

 

Question 2

« Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.

Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Mon chien aussi a quatre pattes.

Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Alors, c’est un chat.

Le Vieux Monsieur, au Logicien après avoir longuement réfléchi.
Donc, logiquement, mon chien serait un chat.

Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai. »

Rhinocéros, Eugène Ionesco, 1959

Extrait de Rhinocéros : registre comique

Comique de mot et incohérence : « Donc, logiquement, mon chien serait un chat. […] Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai. »

Question 3

« Il contempla longtemps les formes magnifiques
Que la nature prend dans les champs pacifiques ;
Il rêva jusqu'au soir ;
Tout le jour il erra le long de la ravine,
Admirant tour à tour le ciel, face divine,
Le lac, divin miroir » 

Les Rayons et les Ombres, « Tristesse d'Olympio », Victor Hugo, 1840

Extrait de Les Rayons et les Ombres : registre lyrique

Champ lexical de la nature : « nature », « champs », « ravine », « ciel », « lac »
Expression de la nostalgie : « contempla longtemps », « rêva », « erra »
Musicalité du poème

Question 4

« À la voix de leur chef, tous se sentent plus forts
Et resserrent les rangs. — Après bien des efforts
On voit monter, construits de pierres ajustées,
De grands murs qui tiendront les maisons abritées :
De même, en ce moment, casques et boucliers
Semblent, en se touchant, unir tous ces guerriers,
Et leur masse présente une vaste étendue
Où sur tous les cimiers l'aigrette est confondue. » 

L’iliade, Chant XVI, Homère, environ -800 av. J.C.

Extrait de L’Iliade : registre épique

Emplois de termes évoquant l’intensité : « tous », « grand », « plus fort », « vaste »
Champ lexical des combats : « casques et boucliers », « guerriers »

Question 5

« Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu’une certitude : condamné à mort ! Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un couteau. »

Le dernier jour d‘un condamné, Victor HUGO, 1829

Extrait de Le dernier jour d‘un condamné : registre pathétique

Champ lexical de la souffrance : « sanglante », « mort », « convulsif »,
Vocabulaire affectif : « pensée infernale », « seule et jalouse », « m’obsède »
Comparaison, hyperboles, phrases exclamatives suscitant l’émotion

Question 6

« J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.
J'accuse les trois experts en écriture, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement…
En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose… Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour. J'attends. »

Lettre ouverte au Président de la République, L'Aurore, Émile Zola, 1898

Extrait de Lettre ouverte au Président de la République : registre polémique

Lexique péjoratif : « scélérate », « monstrueuse », « mensongers et frauduleux »
Utilisation de la première personne et procédé d’interpellation : « J'accuse »           
Attaque des adversaires : « J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary […] »