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ANALYSE DE LA STRUCTURE SOCIALE

Exercice d'application


Classes, stratification et mobilité sociales

  • Exercice : Classes, stratification et mobilité sociales

    Sujet : Dans quelle mesure peut-on parler de moyennisation de la société française ?

    A partir de vos connaissances et des documents ci-dessous, définir la problématique ainsi qu’un plan détaillé présentant votre argumentation.

     

    DOCUMENT 1

    Pour Jean Jaurès, " La société française, et en général la société européenne, se compose de trois classes : le prolétariat, la classe moyenne et la classe capitaliste. Ces trois classes communiquent entre elles par des degrés intermédiaires ; elles n’en sont pas moins parfaitement distinctes […] La classe moyenne se compose de tous ceux qui, ayant un certain capital, vivent beaucoup moins de ce capital que de l'activité qu'ils y appliquent. Ce sont : les petits entrepreneurs, les petits commerçants, les petits industriels, les boutiquiers qui ont une certaine clientèle […], les propriétaires cultivateurs qui ont un domaine suffisant pour y vivre, eux et leur famille […]. Enfin, la classe moyenne comprend tous les employés assez appointés pour pouvoir faire quelque épargne et attendre sans trouble une place nouvelle, tous les membres des professions libérales et des administrations publiques assimilées à ces professions […]. Leur capital a été bien souvent absorbé par les frais d'éducation, mais cette éducation même le représente. […] A l'inverse du prolétariat, la classe moyenne est caractérisée, au point de vue économique, par une sécurité relative de la vie et par une assez large indépendance". Selon Serge Berstein, les classes moyennes se définissent selon trois critères : le premier est « la conscience de classe moyenne, c’est-à-dire le sentiment clairement perçu par les intéressés d’appartenir, au sein de la société française, à des catégories intermédiaires qui ne se confondent ni avec les prolétaires, ni avec les strates supérieures de la société». Le deuxième critère est « l’aspiration à la promotion sociale […], l’objectif étant de parvenir à s’agréger aux strates supérieures, […], cette volonté passe, à chaque époque, par la tentative d’imitation du mode de vie du groupe considéré comme le modèle ou l’archétype de la strate de la société à laquelle on entend accéder ». Le troisième critère est « la vive conscience de la fragilité du statut ainsi établi. Pour ceux qui considèrent qu’ils ont échappé au sort peu enviable des strates inférieures de la société, la grande crainte est de retomber à ce niveau, de refaire en sens inverse le chemin parcouru, de descendre l’échelle sociale ».

    Source : Régis Bigot, Une comparaison des hauts revenus, des bas revenus et des "classes moyennes", CREDOC, Novembre 2007

     

     

    DOCUMENT 2 : L'évolution de la part des PCS dans l'emploi en France (1962- 2009) (en %) - Source INSEE 2011

    Terminale SES doc 2

     

     

    DOCUMENT 3

    Les dix dernières années des « Trente Glorieuses », les années 1970, ont permis une ascension sociale inédite pour les classes moyennes et populaires. Le pouvoir d'achat progresse de 4,3 % par an entre 1945 et 1975, soit un doublement en vingt ans : l'avenir des enfants est nécessairement meilleur que celui des parents. C'est l'époque où un jeune ouvrier accède immédiatement au rêve d'une vie de ses parents : acheter une voiture. Le premier boom scolaire, qui voit la part d'une génération accédant au baccalauréat passer de 13 à 28 %, n'engendre pas de dévaluation des titres scolaires : il y a aussi deux fois plus d'emplois de cadres et de professions intermédiaires qui sont créés. Le taux de chômage des jeunes sortant de l'école ne dépasse pas 5 %. Par rapport aux parents entrés dans la vie active dans les années 1930, qui ont connu la crise, puis la guerre et la reconstruction, les perspectives de vie sont totalement différentes. [...] Cette situation est le résultat du projet socio-économique né dans les années 1940 [...]. Ce projet suppose le développement d'un capitalisme d'Etat capable d'investir, de produire et d'employer une immense classe moyenne grâce au développement des infrastructures (SNCF, EDF), de l'innovation (CEA1 , PTT, Aérospatiale), de l'industrie (Renault, la sidérurgie). Ces investissements assurent des emplois qualifiés pour les ouvriers, qui deviennent contremaîtres et techniciens, comme pour les employés, qui deviennent fonctionnaires et cadres. Et ce projet est un succès.

    1 : commissariat à l'énergie atomique

    Source : Louis Chauvel, « Les frustrations des classes moyennes peuvent déstabiliser une société », Le Monde de l'économie, 25 juin 2005.

     

     

    DOCUMENT 4 : Pratiques culturelles à l’âge adulte et équipement des ménages selon la catégorie sociale (en %)

      Bas revenus 1980 Bas revenus 2007 Classes moyennes 1980 Classes moyennes 2007 Hauts revenus 1980 Hauts revenus 2007
    Propriétaire de leur logement 45 33 46 46 51 70
    Dispose d'une automobile 60 63 73 81 83 91
    Dispose d'un téléphone mobile 2 76 2 76 6 84
    Dispose d'un ordinateur 4 40 9 48 35 85
    Part en vacances 41 42 59 52 82 86
    Visite un musée 25 25 30 29 64 66

      

    DOCUMENT 5

    Une part du malaise social français est aussi liée au ralentissement du processus de rattrapage entre catégories sociales, comme l’a analysé le sociologue Louis Chauvel. Au milieu des années 50, les cadres touchaient en moyenne quatre fois plus que les ouvriers, mais ces derniers pouvaient espérer rattraper le salaire moyen des cadres de 1955 vers 1985, compte tenu du rythme de progression des salaires. Au milieu des années 90, les cadres ne touchaient plus «que» 2,6 fois le salaire moyen des ouvriers, mais il fallait à ces derniers trois siècles pour espérer arriver à ce niveau. Le temps de rattrapage entre catégories sociales a été multiplié par dix, avec le ralentissement de la croissance. Les couches sociales moyennes sont composées pour partie de catégories issues des milieux parfois très modestes, qui ont progressé par leur travail et la forte croissance des Trente Glorieuses. Les mêmes observent aujourd’hui avec désespoir que bon nombre de leurs enfants « galèrent » entre stages plus ou moins sérieux, CDD et chômage et ne sont pas promis à la même progression sociale qu’eux, voire sont menacés de régression. Une partie du ressentiment de la jeunesse défavorisée vient du « no future » qui les attend : les jeunes savent qu’il existe une autre société, mais qui n’est pas pour eux. Le ressentiment social dans la France de 2006 repose d’abord sur des bases objectives : non seulement les inégalités sont fortes et tendent à s’accroître après des décennies de baisse, mais l’ascenseur social est en panne. Il découle aussi du décalage qui augmente entre les discours officiels sur l’égalité des chances et la réalité quotidienne vécue par les catégories populaires et moyennes.

    Source : Louis Maurin, La France inégale, Alternatives économiques n° 244, février 2006

      

    DOCUMENT 6

    Terminale SES doc 6

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