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STAGE - MARCHÉ DU TRAVAIL ET POLITIQUES POUR L'EMPLOI

Exercice d'application


Travail, emploi, chômage

  • Exercice : Etude de documents - Travail et emploi

    Lire les documents suivants et répondre aux questions.

     

    La réduction du temps de travail à 3 conditions

    Si les décideurs politiques étaient absolument certains que la réduction du temps de travail  pouvait créer 500 000 emplois en deux ans, ils l’auraient mis en œuvre depuis longtemps, compte tenu du bénéfice politique qu’ils pourraient en tirer, et cela en dépit du coût immédiat de la mesure pour une partie de leur clientèle électorale. La vraie question, c’est qu’on n’en est pas sûr. […] Cela suppose des conditions micro-économiques : les entreprises ne doivent pas voir leurs coûts s’accroître tout en étant fortement incités à prendre des mesures de réorganisation porteuses de gains d’efficacité. Mais cela implique aussi des conditions macro-économiques : la réduction du temps de travail doit s’inscrire dans le cadre d’une politique de relance assurant aux entreprises les débouchés qui leur permettront d’utiliser les nouvelles capacités de production liées aux réorganisation mises en oeuvre dans le cadre de la réduction du temps de travail . [...] Or, si à croissance égale, une explosion des coûts salariaux réduit mécaniquement la compétitivité des entreprises, une réduction du temps de travail  qui s’inscrit dans une dynamique de croissance peut s’accommoder d’un accroissement des salaires horaires. Les pertes de pouvoir d’achat sont alors largement évitées. D’autant que les rentrées de cotisation sociales induites par la relance de l’emploi permettraient de réduire les cotisations sociales au profit des salaires directs. [...] Les entreprises sous-estiment leur capacité à diminuer encore leurs coûts en se réorganisant et en tirant mieux parti de leurs équipements, notamment en allongeant leur durée d’utilisation.

    Philippe Frémeaux, Alternatives économiques, “Spécial emploi”, 3e trimestre 1994

     

    Le temps partiel : une forme de sous-emploi discriminant

    Dans des secteurs entiers de l’économie, on voit se développer des offres d’emploi à temps partiel qui sont proposées à des femmes (ou des jeunes) qui les acceptent faute de mieux, en attendant d’avoir un emploi à temps plein. Or, les emplois à temps partiel pour les femmes se développent au détriment des emplois à temps plein : depuis 1982, l’évolution de l’emploi salarié féminin reste positive parce que se créent quatre emplois à temps partiel quand disparaît un emploi à temps complet. Depuis 1982 en effet, le temps partiel se développe sur les décombres de la crise de l’emploi. Au fil des années, le travail à temps partiel est devenu une forme de sous-emploi discriminant. A une époque marquée par l’homogénéisation des comportements d’activité masculins et féminins, son essor vient “remarquer” les différences. En dépit de tous les discours sur le temps choisi, il est devenu la figure moderne de la division sexuelle du marché du travail.

    Margaret Maruani, Alternatives économiques, juin 1990

     

    Des réticences à lever

    L’amélioration de la situation du marché du travail par réduction de l’horaire n’est pas la solution idéale : elle ne fait que répartir la contrainte, permettant à certains chômeurs de retravailler, mais obligeant certains à travailler moins qu’ils ne le souhaiteraient. Compte tenu de la contrainte de ne pas augmenter les coûts de production, il n’est pas envisageable de compenser plus fortement les réductions d’horaires. Aussi comprend-on que les travailleurs dont l’emploi n’est pas directement menacé puissent être réticents, voire hostiles à cette mesure, qui diminue nettement leurs salaires et dans certains cas les oblige à pratiquer un travail par équipes, qui leur impose certaines contraintes. Du fait des processus de sélection, lors des embauches ou des licenciements, les chômeurs sont en moyenne moins compétents et moins aptes au travail que les salariés en place. Les chefs d’entreprise préfèrent avoir une main-d’oeuvre peu nombreuse, qualifiée, travaillant longtemps plutôt que de devoir embaucher massivement des travailleurs, moins compétents, qu’il faudra former.

    De plus, dans les secteurs (industrie lourde, grands magasins) où la formule réduction du temps de travail + travail en équipe était particulièrement rentable, elle a été déjà mise en oeuvre spontanément. Aussi la réduction globale de la durée du travail ne peut-elle survenir comme le résultat spontané des négociations entre partenaires sociaux. Elle ne peut qu’être imposée par une loi-cadre contraignante, qui fixerait un horizon de réalisation  et laisserait à la négociation entre partenaires sociaux le soin de fixer les modalités pratiques de mise en oeuvre. En tout état de cause, cette stratégie demanderait une forte mobilisation des travailleurs et des chefs d’entreprise pour augmenter de 10% les effectifs de chaque entreprise, sans augmenter les coûts de production. Elle aurait le mérite de faire rentrer les chômeurs dans les entreprises. Ce pourrait être l’occasion d’améliorer la qualité du dialogue social dans les entreprises. Mais quelles forces sociales soutiendraient une telle stratégie, autres que les chômeurs et les salariés menacés de licenciements, dont le poids dans les négociations sociales et même la vie politique est faible ?

    Henri Sterdyniak et al, Observations et diagnostics économiques, OFCE, janvier 1994

     

    Le gisement des emplois de service aux personnes  

    Dans l'industrie et l'agriculture, ainsi que dans une partie des services (les transports, la banque ou les assurances), les gains de productivité sont du même ordre de grandeur en France et dans les autres pays capitalistes industrialisés. Les techniques mises en œuvre et l'organisation de la production sont analogues et la concurrence internationale joue à plein dans ces branches largement mondialisées. En revanche, dans les services “relationnels” (enseignement, santé, publicité, nettoyage, aide aux personnes…), les gains de productivité sont nuls ou presque : tout accroissement de la demande entraîne donc une création d'emplois. Mais cet accroissement de la demande repose à son tour soit sur une socialisation du revenu (c'est la collectivité qui prélève de quoi payer les enseignants, les soignants ou les aides familiales), soit sur une inégalité croissante des revenus (les bien placés peuvent alors se payer du temps fourni par les moins bien placés).

    En Europe, et en France en particulier, c'est plutôt la voix de la socialisation qui a été retenue. La conséquence, c’est une dynamique d'emplois freinée par la tendance à limiter, voire à réduire, les prélèvements obligatoires. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, au contraire, c'est la voix des inégalités croissantes qui a été choisie, en raison de l'absence ou de la faiblesse du salaire minimum : les créations d'emploi y sont donc nettement plus nombreuses. Enrichir la croissance en emplois suppose que soit résolue la question du financement de ces emplois nouveaux.

    Si ce n'est pas la collectivité qui les finance, totalement ou partiellement, ces emplois nouveaux ne pourront voir le jour que s'ils sont peu rémunérés ou s’ils s’accompagnent d'une protection sociale réduite. Le problème est autant social économique et suppose qu'un choix de société, particulièrement lourd de conséquences, soit effectué.

    Denis Clerc, Alternatives économiques, “Spécial emploi”, 3e trimestre 1994.

     

    Le Japon a choisi

    “Le Japon a bien fait la différence entre l'industrie tournée vers l'exportation, qui doit être compétitive, et les activités intérieures, comme les services ou l'agriculture où l'emploi peut être préservé”, explique un banquier français. Si les constructeurs automobiles appliquent la règle du zéro sureffectif, le pays protège toujours ses agriculteurs grâce un prix administré du riz six fois supérieur au cours mondial.

    Autres exemples : le métro de Tokyo n'a pas supprimé son “poinçonneur des Lilas”, les hôtels continue de poster de chaque côté de leur entrée deux chasseurs qui se plient en deux en saluant “Konnichiwa san” (bonjour monsieur). [...] Car, entre la qualité du service et des prix plus bas, les Japonais ont choisi : ils préfèrent payer davantage qu’être mal servis. 

    Etienne Gingembre, Capital, Septembre 1993

     

    Diminuer le coût du travail non qualifié ?

    Lorsqu'en effet la législation sur le salaire minimum est contraignante, elle empêche l'éventail des salaires de s'ouvrir vers le bas, et provoquerait ainsi une aggravation du chômage parmi les salariés les moins qualifiés. Leur productivité serait inférieure au salaire minimum, ce qui empêcherait leur embauche.

    La moindre rigidité du marché du travail s'est traduite aux Etats-Unis par une forte croissance des inégalités salariales, bien plus forte qu’en Europe continentale, ce qui explique les bonnes performances de ce pays en matière d'emploi. Mais, là aussi, il faut se méfier des généralisations hâtives.

    La croissance de l'emploi est-elle le fait d'une politique peu généreuse en matière de salaire minimum – celui-ci n'a pas été réévalué en termes nominaux de 1980 à 1989 – ou provient-elle du fait que les États-Unis, contrairement à la plupart des pays européens, aient utilisé librement et de façon massive tous les instruments de la politique économique, y compris la politique de change ? Or la sous-évaluation d'une monnaie est un moyen autrement plus puissant que la baisse du salaire minimum pour accroître la compétitivité d'un pays.

    Le Royaume-Uni, qui n'a pas de législation sur le salaire minimum et où les inégalités de salaires se sont considérablement accrues, ne semble d'ailleurs pas avoir connu en ce qui concerne le chômage, un sort très différent de celui de la France. Le taux de chômage des travailleurs les moins qualifiés y est au moins aussi important qu'en France.

    Faudrait-il arbitrer entre deux types de pauvreté : celle suscitée par le chômage et celle qui résulte de salaire trop bas ? Cela ne laisserait le choix que d'éviter Charybde pour rencontrer Scylla. Car les cultures de nos pays, pour diverses qu'elle soient, ont fait du travail le moyen privilégié de l'intégration sociale. Mais cela implique la réunion d'au moins deux conditions : l'emploi et une rémunération suffisante pour que la socialisation de l'individu soit effective.

    La suppression du salaire minimum, et par voie de conséquence la révision de tout le dispositif français de protection sociale – car qu’adviendrait-il si la rémunération d'un salarié se rapprocher trop du RMI ? –, paraît, tout compte fait, être une mauvaise mesure aux conséquences sociales néfastes, et dont, de surcroît, les effets escomptés sur l'emploi sont des plus incertains. 

    Jean-Paul Fitoussi, “Le SMIC, instrument de cohésion”, Le Monde des débats, septembre 1994

     

    L'austérité salariale néfaste sur le long terme

    Mais l'argument essentiel consiste a remarquer que les stratégies de flexibilisation défensive par austérité salariale – atténuation des contraintes juridiques du contrat de travail ou encore précarisation des syndicats – n’ont pas produit les résultats attendus en matière de création d'emplois. Des comparaisons internationales montrent que ce ne sont pas les pays caractérisés par les salaires les plus bas et/ou les plus concurrentiels qui ont accru leurs parts de marché à l’échelle internationale.

    L'exemple des États-Unis est éclairant : la déliquescence des conventions salariales fordiennes est allée de pair avec un ralentissement durable de la productivité, car les facilités d'une flexibilité défensive (lutte contre l'établissement de syndicats, immigration des entreprises dans les états les plus permissifs en matière de pouvoir patronal…) l’'ont emporté sur la pression à l'innovation que constitueraient de haut salaires dont la croissance est programmée sur le moyen terme.

    Robert Boyer, L’Après-Fordisme, Syros, 1993



    Questions :

    1) En quoi la réduction du temps de travail apparaît-elle comme une des rares mesures capables de résorber le chômage de masse que nous connaissons ? Résumer l’argumentation de ses partisans en quelques lignes.

    2) Rappeler les principales modalités de la réduction du temps de travail (durée hebdomadaire, etc.).

    3) Pourquoi le développement du travail à temps partiel ne constitue-t-il pas une solution idéale ?

    4) Expliquer les motifs de résistance à la réduction du temps de travail de la part des syndicats de salariés et du patronat. Quel pourrait être le rôle de l’Etat ?

    5) Comment éviter la baisse des salaires en même temps que la réduction du temps de travail ?

    6) Expliquer le mécanisme selon lequel des gains de productivité faibles permettent de créer de l’emploi lorsque le temps de travail diminue.

    7) Quels sont les risques d’une politique de bas salaires et de suppression du salaire minimum ? 

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