Terminale > Géopolitique et sciences politiques > L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire > Le rôle des individus et des sociétés dans l’évolution des milieux

LE RÔLE DES INDIVIDUS ET DES SOCIÉTÉS DANS L’ÉVOLUTION DES MILIEUX

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La néolithisation : révolution ou transition ?

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Les révolutions néolithique et industrielle sont deux moments forts de l’histoire de l’environnement. Ces deux révolutions font entrer l’humanité dans l’anthropocène, c’est-à-dire une période de l’histoire de la planète où l’homme devient le principal facteur de transformation.

La révolution néolitique intervient à partir de 10 000 av. J.-C., à partir de foyers au Proche-Orient et en Extrême-Orient et se diffuse dans le monde. Elle est porteuse d’une nouvelle civilisation, agro-pastorale qui s’appuie sur l’agriculture et sur les premiers villages et agglomérations urbaines. Le terme de néolithique signifie étymologiquement « le nouvel âge de pierre ». Il s’agit d’une formule inventée par le savant Lubbock dans les années 1860, par opposition au paléolithique la « pierre ancienne ». On considère cette néolithisation comme la première grande révolution qui fait entrer dans l’anthropocène.

 

I. Une lente transition plurimillénaire

 

Elle commence vers 10 000 av. J.-C. mais se prolonge jusqu’au IVe et IIIe millénaire av. J.-C.. C’est donc un processus extrêmement lent à partir de deux foyers initiaux qui sont le Proche-Orient et la Chine. Quatre autres foyers se rajoutent. Depuis le Proche-Orient, il y a une extension vers les Balkans et l’Europe. Depuis la Chine vers l’Océanie. Un troisième foyer de l’Afrique du Nord vers l’est. Le quatrième foyer de naissance se situe en Amérique où apparaît vers le IVe millénaire av. J.-C. un foyer vers les Andes et beaucoup plus tard au Mexique à partir du IIIe millénaire av. J.-C.. Ce sont ainsi plusieurs foyers étalés dans le temps. On retrouve dans ces différents endroits, les mêmes évolutions :

- D’abord la domestication des plantes et des animaux et la naissance de l’agriculture. Par exemple, pour les animaux, le chien est adapté à partir du loup dès l’époque du néolithique et le chat est domestiqué pour protéger le foyer et les troupeaux. Ce qui importe, c’est surtout la domestication du bétail. Celui-ci se comporte des buffles, des bœufs ou encore de la volaille, domestiqués et servant à l’élevage. Du côté de la domestication des plantes et des céréales, il y a le riz, le millet, le maïs en Amérique.

- Cela donne naissance aux premiers villages. Les populations se sédentarisent, et se regroupent dans des agglomérations. On a pu prouver que la plupart étaient fortifiés et protégés. La question des guerres au néolithique est débattue par les archéologues. La découverte de l’hypogée de Roaix (Vaucluse), avec des témoignages d’un massacre important qui laisse penser que les premières guerres entre sociétés humaines peuvent dater du néolithique.

Que sont devenues les anciennes populations de chasseurs-cueilleurs ? La plupart du temps elles ont été acculturées ou alors elles ont gagné des biotopes moins recherchés comme les biotopes des lacs, des rivières ou des mers. Ou alors elles se sont réfugiées dans les forêts comme les populations de pygmées qui ont refusé de se sédentariser et qui ont vécu jusqu’au XXe siècle.

 

II. Les facteurs explicatifs

 

Trois facteurs permettent d’expliquer ces changements.

- Le facteur climatique : on sait que la planète a vécu une période de réchauffement climatique favorable à l’agriculture et à la sédentarisation des hommes et à l’élevage de nouveaux animaux. Cette période interglaciaire débute environ entre -12 000 et -10 000.

- L’évolution des techniques : avec les techniques de conservation des céréales qui sont conservées dans des jarres fermées ou dans des fosses colmatées. On protège les récoltes grâce aux chats qui protègent des rongeurs. On sait aussi que les contemporains réalisaient à partir de la pierre, des haches polies pour la chasse, d’où le nom de néolithique. Ils maîtrisaient déjà l’art de la poterie, de la céramique pour l’art et l’agrément. Il y a donc une série d’innovations techniques.

- Les facteurs mentaux : jusqu’au néolithique, l’homme se percevait comme un simple élément de la nature, comme les animaux, plongé dans un environnement hostile. Désormais, il y a une sorte de révolution des symboles comme le dit l’archéologue J. Cauvin. L’homme se sent désormais capable de dompter la nature et de la maîtriser. On le voit à travers de nouvelles attitudes, comme celle des pratiques funéraires. Les défunts commencent à être inhumés, avec de la poterie, leurs armes. Cela montre un changement de la relation à la nature et au sacré.

 

III. Des conséquences « révolutionnaires »

 

Pour certains spécialistes, la révolution néolithique fait entrer la planète dans l’anthropocène. L’Homme devient un facteur agissant, transformateur de la nature. Cela a des conséquences jusqu’à aujourd’hui :

- Un boom démographique : les femmes du néolithique, du fait d’une plus grande sécurité alimentaire et d’une sédentarisation, font un enfant tous les ans alors que par le passé, l’intervalle était à trois années. C’est le début d’une expansion démographique qui s’accélère.

- De nouveaux risques : les populations qui mangent davantage et mieux, voient arriver les risques de surpoids et d’obésité. Le fait que la population vive au milieu du bétail crée des pandémies nouvelles (comme la brucellose) qui sont des maladies relativement à grande échelle. La peste apparaît en Europe au IVe millénaire.

Ce n’est pas seulement l’homme qui se met en danger en transformant son environnement, c’est aussi la biodiversité qui commence à se réduire à partir du néolithique. Par exemple, certains grands mammifères ont disparu en Amérique du Nord, comme le Mammouth, ou en Europe. Il s’agit d’une réduction de la biodiversité et de la mise en danger du règne animal dont on est les très lointains héritiers. Inversement, dans les premiers villages et agglomérations urbaines, on a l’apparition de plusieurs espèces invasives comme le rat des villes ou le ragondin. Certains types de frelons apparaissent à l’époque du néolithique.

 

Conclusion

 

On est bien entre continuités et ruptures. Ce qui frappe, c’est que les sociétés humaines anthropisent toujours davantage leur environnement, pour le meilleur et pour le pire.