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STAGE - DISSERTATION : AVOIR RAISON

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La vérité

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Par définition, la vérité est l’adéquation entre un jugement et la réalité. Il ne faut donc pas confondre réalité, ce qui est, et la vérité et la fausseté, qui n’existent qu’à partir du moment où je me prononce sur la réalité. Il existe deux grandes problématiques. La question de l’accès à la vérité est une idée très large traitée dans les chapitres sur la démonstration, l’interprétation, théorie et expérience. La seconde problématique interroge la valeur de la vérité, et c’est celle qui est abordée dans ce cours. La recherche de la vérité a-t-elle un sens ?

 

I. Critique du relativisme et du scepticisme

 

La recherche de la vérité a un sens car la vérité existe. Cela amène donc à une critique du relativisme et du scepticisme.

Le relativiste dit « à chacun sa vérité ». On le retrouve par exemple dans le relativisme culturel selon lequel les mœurs, les traditions, les vérités morales sont relatives à une époque. Or, il y a une confusion entre vérité et opinion dans le relativisme. La vérité est objective, là où l’opinion est subjective. Ensuite, la vérité est universelle alors que l’opinion peut être générale, particulière ou singulière. Il faudrait donc dire plutôt « à chacun son opinion ». Ensuite, le relativiste se contredit, puisque s’il dit « à chacun sa vérité », il énonce une vérité qu’il pose comme universelle. La thèse relativiste s’auto-réfute.

Un sceptique va dire que l’on ne peut pas accéder à la vérité. La fondation du scepticisme est attribuée au Grec Pyrrhon qui a fondé l’École des sceptiques. Le scepticisme prend ainsi parfois le nom de pyrrhonisme. Le sceptique prétend que l’on n’a pas accès à la vérité. Or, en disant cela, il sous-entend qu’il sait que l’on n’a pas accès à la vérité, et il sait donc au moins une vérité. Il se réfute lui-même. L’attitude du sceptique consisterait donc à ne rien dire, à pratiquer la suspension du jugement, en grec épochè. Cette attitude est intenable car on a besoin dans la pratique de s’orienter à partir de certaines vérités. Diogène Laërce rapporte à ce propos une anecdote sur Pyrrhon : un jour, un chien enragé se jette sur Pyrrhon, et celui-ci se réfugie dans un arbre, alors qu’il aurait peut-être dû mettre en doute ses perceptions. Ces disciples le lui reprochent, et Pyrrhon répond alors qu’il est difficile de dépouiller l’Homme de fond en comble. Autrement dit, il est presque impossible d’appliquer la thèse sceptique dans la vie pratique.

Quand Descartes part à la recherche de la vérité, il a bien en tête qu’elle existe. Pour rechercher la vérité, il faut selon Descartes une méthode. La méthode cartésienne repose sur quatre préceptes. Le premier est l’évidence : on ne tient pour vrai que ce qui paraît être évidemment tel. Le deuxième est l’analyse : on décompose les difficultés en leurs éléments les plus simples. Le troisième précepte est la synthèse : on va recomposer la connaissance en déduisant les vérités les unes des autres. Enfin, le quatrième précepte est le dénombrement : on fait un retour sur le raisonnement pour voir si rien n’a été oublié.

 

II. Critique de la valeur de la vérité

 

La valeur de la vérité fait problème. Tout d’abord, est-il toujours louable de chercher la vérité ? On peut songer à la curiosité ou au voyeurisme : la recherche de la vérité n’est pas acceptable dans ces cas car elle empiète sur la vie privée.

La valeur de la vérité elle-même est critiquable. La vérité est douloureuse. Quand quelqu’un s’apprête à nous dire « nos quatre vérités », on ne se sent pas très bien. De même, on dit parfois que l’on aurait préféré ne pas savoir. La vérité fait parfois mal. De ce point de vue, l’illusion qui réconforte peut être préférable à la vérité qui dérange. C’est la distinction entre erreur et illusion. L’illusion sert des intérêts, c’est pourquoi la désillusion peut être douloureuse.

La référence ici est Freud qui, en parlant des grandes découvertes scientifiques, parlent d’autant de « blessures narcissiques ». Il en dénombre trois. La découverte de l’héliocentrisme par Copernic, idée selon laquelle c’est la Terre qui tourne autour du Soleil, car elle apprend à l’Homme qu’il n’est pas au centre du monde. La deuxième grande découverte est l’évolutionnisme de Darwin, qui apprend qu’il n’y a pas de rupture qualitative entre le règne animal et le règne humain, mais qu’il s’agit plutôt d’une simple différence de degrés de complexité. Il n’y pas d’unicité de la création humaine car on peut inscrire l’Homme dans la lignée de l’animal. Enfin, troisième découverte scientifique : l’inconscient avec Freud. Cela pose que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». L’Homme n’est pas transparent à lui-même et la conscience de soi n’est pas une connaissance de soi. Les relations sociales, de même, supposent toujours une forme d’hypocrisie. Il est nécessaire de ne pas dire tout ce que l’on pense. Pascal dit ainsi : « Peu d’amitiés subsisteraient si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, bien qu’il en parle alors sincèrement et sans passions. »

 

III. La nécessité de la recherche de la vérité

 

Pourtant, cela ne veut pas dire forcément qu’il faille renoncer à la recherche de la vérité.

Dans un premier temps, la recherche de la vérité permet d’agir. Connaître la manière dont fonctionne la nature, le réel, permet d’anticiper ce qui va se passer, ce qui permet d’agir et de maîtriser la nature. Auguste Comte a écrit : « Science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action. »

Ensuite, la connaissance de la vérité peut permettre une forme de libération. Dans l’optique psychanalytique par exemple, connaître la vérité sur soi, c’est-à-dire connaître ses pulsions et ses vérités refoulées, permet de se libérer de son passé. La connaissance de la vérité libère aussi des préjugés, des fausses opinions.

Enfin, même si on ne trouve pas la vérité, la recherche de la vérité en elle-même a une vertu. Elle permet de déployer des capacités intellectuelles comme la ténacité, l’abnégation, le courage, l’effort, là où le fait de ne pas chercher la vérité peut donner des vices.