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STAGE - LE TÉMOIGNAGE ET LE THÉÂTRE TRAGIQUE

Exercice - Le théâtre tragique



L'énoncé

Tirade de Phèdre dans la scène 3 de l'acte I de Phèdre de Jean Racine (1687)

Phèdre déclare à sa nourrice, Oenone, son désir de mourrir : elle est tombée amoureuse d'Hippolyte, fils que son mari, Thésée, a eu avec une autre femme.

PHÈDRE.

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée (1),
Sous les lois de l'hymen (2) je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue.
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,
Je sentis tout mon corps et transir (3), et brûler.
Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Par des voeux assidus je crus les détourner,
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner.
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens.
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce dieu, que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j'osai me révolter.
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre (4),
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre (5),
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Oenone ; et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen (2) je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée
J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné.
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur.
J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire.
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats.
Je t'ai tout avoué, je ne m'en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approches
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur, tout prêt à s'exhaler.

Phèdre, I, 3, Jean Racine, 1687.

NOTES :

(1) Egée : père de Thésée, l'époux de Phèdre.

(2) Hymen : dieu du mariage chez les Grecs antiques, il désigne dans la littérature le mariage.

(3) Transir : glacer.

(4) Idolâtre : qui voue une adoration à quelqu'un ou quelque chose.

(5) Marâtre : belle-mère. 


  • Question 1

    Présenter le document.

  • Question 2

    Rappeler ce qu'est un monologue. 

  • Question 3

    Montrer que cet extrait est bien une tragédie classique. Pour cela, utiliser des exemples. 

  • Question 4

    Pour le quatrain ci-dessous, découper les syllabes, marquer en rouge la césure (définir ce terme) et décrire les rimes avec le vocabulaire vu en cours. 

    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler, 
    Je sentis tout mon corps et transir, et brûler. 
    Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables, 
    D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.

  • Question 5

    Mettre en avant deux champs lexicaux qui relèvent de la tragédie.

  • Question 6

    Pour chacune des figures de style ci-dessous, donner une définition et un exemple tiré du texte :

    • Une personnification.
    • Une antithèse.
    • Une allégorie.
    • Un oxymore.
  • Question 7

    Expliquer le passage suivant :

    Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables, 
    D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables. 
    Par des voeux assidus je crus les détourner, 
    Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner. 
    De victimes moi-même à toute heure entourée, 
    Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée. 
    D'un incurable amour remèdes impuissants ! 
    En vain sur les autels ma main brûlait l'encens. 
    Quand ma bouche implorait le nom de la déesse, 
    J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse, 
    Même au pied des autels que je faisais fumer, 
    J'offrais tout à ce dieu, que je n'osais nommer. 

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