Le blog des Bons Profs

Ces professeurs qui font encore peur aux élèves

Article publié le 06 Oct 2021

Voici les consignes d’une d’interrogation de mathématiques donnée en septembre 2021 à une classe de collège à public privilégié de centre-ville. Force est de constater que certains profs n'y vont pas de main morte. Mais pourquoi font-ils encore peur aux élèves ? Voilà ce qu'en pensent les Bons Profs.



Chez Les Bons Profs, nous avons été sidérés en lisant ce texte.

Le ton utilisé suppose un rapport de méfiance de l’enseignant à sa classe. Il anticipe à l’avance les problèmes qui pourraient se poser sans mettre en avant ce qui pourrait motiver les élèves à réussir.

Il s’agit à nos yeux d’une évaluation sanction avec un message du type “on va voir ce que vous savez faire et vous serez seuls pour le faire.”

La consigne est volontairement anxiogène, sans empathie ni encouragement.

Au risque d’apparaître comme donneurs de leçons, nous invitons ce professeur à trouver d’autres mots pour accompagner ses élèves. Il ne voudra peut-être pas y réfléchir (surtout s’il ne lit pas cet article) mais nous tentons notre chance.

Le stress favorise-t-il la réussite ?

Nous comprenons que des consignes neutres et précises soient utilisées lors d'un contrôle de fin de trimestre ou un examen, mais le ton est-il ici adapté à la première interrogation de collégiens en début d’année ? Nous pensons que non.

Soyons honnêtes, ce ton fonctionne pour des élèves très investis, bien suivis et ayant les ressources internes pour faire face au stress. Pour les autres, cela génère anxiété et contre-performance.

Pourquoi le professeur utilise-t-il ce type de consigne ?

Le professeur fait selon nous une erreur : il prévoit que ses élèves ne prendront pas de plaisir à réaliser ce travail, qu’ils essaieront de tricher et qu’ils se moqueront du travail des autres.

C’est un postulat hélas très présent dans le système éducatif français. La réponse est connue : puisque les élèves sont hostiles aux apprentissages, on va les contraindre par la perspective des mauvaises notes, de l'autoritarisme et de la peur.

Nous le savons désormais grâce aux neurosciences, cette démarche est contre-productive et participe sans doute à rendre certains de nos enfants anxieux et à baisser le niveau moyen que l’on observe en mathématiques et en français depuis quelques années.

La proposition des Bons Profs

Ce texte alternatif aurait permis de transmettre le même message en mobilisant d’autres ressentis chez les élèves :

“ Cette interrogation (facile et sans piège) se fera sans l’aide de vos voisins ou de votre professeur. Vous aurez le droit de rêver en silence si vous finissez avant les autres. Bon courage ! "

En faisant moins preuve d’autoritarisme, le professeur gagnerait en autorité et encouragerait ses élèves à réussir. En transmettant l’idée de travailler sans contrainte, il s’assurerait des futures heures de cours plus apaisées : nous n’y voyons que des avantages.

Qu’en pense l’élève concerné ?

Ce document nous a été remis par une mère d’élève, alertée comme nous par le ton de la consigne. Son enfant a eu en revanche une réaction d’approbation “Ben non, c’est normal et puis le professeur est très sympa et explique bien.”

Ce n’est guère étonnant mais cela fait tout de même froid dans le dos : cet élève est habitué à des conditions de travail dans la méfiance avec l’idée que professeurs et élèves ne partagent pas de projet commun. L’élève s’en satisfait et reconnaît même les compétences de son professeur (nous n’en doutons pas et n’abordons ici que le ton de la consigne)

Chez Les Bons Profs, nous pensons que la soif d’apprendre est présente chez tous les enfants et adolescents. Nous le mesurons avec le plaisir que nos élèves ont à visionner nos vidéos et les millions de commentaires positifs qu’ils nous écrivent.

Nous avons envie de dire à cet élève qu’il mérite de travailler dans une atmosphère de plaisir partagé et nous aimerions dire à son professeur qu'il devrait porter ce projet.

Garder le cap quoi qu'il arrive

Nous ne sommes pas naïfs et mesurons bien que cette envie d’apprendre n’est pas présente à chaque instant de vie mais elle est là, toujours présente quelque part, en attente qu’un professeur la réveille, la stimule.

Ce métier n’est pas simple, nous le savons, nous enseignons en classe et observons les moments de démotivation. Néanmoins, notre approche est toujours la même : nous espérons sans relâche que l’élève prendra du plaisir à travailler, c’est le moteur des apprentissages et notre responsabilité nous impose de ne jamais l’oublier.

Nous encourageons ce professeur à ne pas renoncer à ce qui l’a conduit à enseigner : le plaisir de partager des connaissances à un public qui est heureux de les recevoir.

Cher collègue, glissez donc un petit mot doux dans votre prochaine évaluation, vous ne le regretterez pas.